mardi, janvier 15

Bougez-vous qu'y disaient

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un rapport compliqué avec le sport.

Déjà en maternelle, la perspective de devoir grimper à la corde à nœuds me tordait l’estomac. J’étais, et je suis encore, pas très bien latéralisée. Je fais la différence entre la gauche et la droite, ça ça va encore. Mais dès qu’il s’agit de faire plusieurs mouvements différents en même temps, ça ce complique. Donc, monter les jambes, en repérant les nœuds pour poser les pieds, tout en montant les mains, aïe pas facile, surtout à quatre ans. Alors évidemment tout le monde rigole.

Les années passant j’en ai pris mon parti et suis devenue la marrante du cours de sport, celle qui râle tout le temps, qui se prend le ballon dans la tronche ou met deux plombes à comprendre les consignes du prof. Même au Club Mickey personne ne me voulait dans son équipe pour avoir une chance de gagner les épreuves et d’emporter les plus beaux lots. Moi j’ai passé le mois d’août à récolter des échantillons de crème solaire quand les autres repartaient avec des supers jeux de plage ou des tee-shirts. La honte je vous dis.

Si on ajoute à ça que je souffre de vertige, je vous laisse imaginer le calvaire que fut le sport à l’école. Je ne plonge pas, je tiens à peine sur une poutre alors ne me demandez pas d’y faire des sauts gracieux, je refuse d’aller en haut des barres asymétriques, je ne sais pas faire le poirier, la roue c’est (enfin, c’était) tout juste. Les courses de vitesse m’angoissent (les quelques secondes avant le coup de sifflet de départ étaient un calvaire sans nom), et une inscription (par ma mère, toujours pas compris pourquoi) en équipe d’athlétisme n’a fait qu’empirer le problème.

Je n’étais pas mauvaise en lancer mais le jour où, suite à une estimation assez médiocre de ma part j’avoue, mon javelot a cassé une fenêtre du lycée et a manqué de peu la tête d’une prof, j’ai abandonné poids et autres projectiles.

Le basket ce n’était pas trop ça parce que j’avais tendance à mal vivre le fait d’être marquée par quelqu’un de l’équipe adverse, alors quand cette personne inconsciente insistait un peu trop pour me prendre le ballon, je n’hésitais pas à lui coller un bourre-pif. Au premier sang, le prof de 3ème a stoppé net ma future carrière de basketteuse. Comme j’étais grande, on m’a plus tard collée dans la cage pour les matchs de hand. Une balle de hand c’est dur et ça fait super mal, alors au cinquième tir reçu en pleine poire, j’ai fui.

Le jour du bac, j’avais déjà trois points de retard grâce à mes talents sportifs.

Mais j’ai la tête dure et je sais que, dans le fond, le sport ça fait du bien. Pas sur le moment mais ça finit par payer, ça vaut le coup. Encore faut-il trouver la bonne formule.

Etudiante, j’ai donc testé deux inscriptions annuelles au Gymnase truc, abonnement s’élevant au niveau du PNB du Lichtenstein et qui te donne le droit d’être regardée de haut, toi et ton pauvre bas de survêt lambda, par des nanas super bien fichues aux tenues toutes coordonnées, et elles doivent en avoir trois douzaines parce qu’elles ne portent jamais la même. Pour ce prix là tu as aussi le droit de te faire mater par tout un tas de mecs qui font semblant de pédaler ou de soulever des poids mais qui en fait ne viennent là que pour se rincer l’œil et se dégotter des rencards. Quand on est comme moi, planquée au fond de la salle pendant un cours de step, dégoulinante, à bout de souffle et toujours en retard d’un enchaînement de mouvements, ce n’est vraiment pas le moment d’oser un « ça te dis un café après ? »
Non, après il me fallait une tente à oxygène et une bonne heure pour ne plus ressembler à un coulis de tomate sur pattes.

Adieu le Gymnase truc où je n’ai finalement pas beaucoup usé mes baskets.
Ruinée, et culpabilisée par un abonnement encore en cours, j’ai tenté l’option piscine avec une copine. Je dirais juste que la personne à la caisse n’a pas eu le temps de trop s’attacher à nous.

Pourquoi je vous raconte tout ça, au risque de vous perdre en cours de route par la longueur de mes fascinants exploits ? Mais parce que j’ai remis ça.

L’idée d’aller me renseigner à la YMCA du coin traînait bien dans le fond de ma tête mais il me manquait quelque chose pour me décider à le faire. Comment motiver la folle d’aérobic qui sommeille en moi ? Lui dire qu’à la YMCA il y a un arsenal imbattable de tapis, vélos, poids et engins qui musclent tout sans presque aucun effort ? Bien tenté, mais non. Lui dire qu’il y a un service de baby-sitting gratuit pour les mères de famille ultra motivées ? Oh mais en voilà un club de sport qui sait interpeller ma Jane Fonda intérieure.
Je n’ai pas pu résister à la perspective d’avoir quelques heures grappillées. A suer, souffrir et maugréer, ok, mais sans avoir à me demander si, par hasard, Chesapeake ne serait pas en train de perfectionner sa technique de frappe sur fiston.

Pour ceux qui tenteraient l’inscription à la YMCA un de ces jours, il n’est pas nécessaire de chanter le refrain en faisant la chorégraphie, ni de venir déguisé en indien, ça fait longtemps que ça ne les fait plus marrer.

5 commentaires:

Flo a dit…

Oh, la, la, je me souviens de l'EPS a l'ecole... Moi non plus, je n'etais pas fortiche, et on me l'a bien fait comprendre des le CE1. Ce qui m'a sauvee au bac, c'est la partie ecrite de l'epreuve de sport qui avait ete instauree l'annee ou je l'ai passe (1986). J'avais etudie a fond et elle a compense mes performances athletiques desastreuses, m'evitant ainsi de perdre des points dans une matiere ou j'etais encore moins bonne qu'en maths!

Marie a dit…

Moi je réussissais l'exploit d'être bien pire en maths (2 au bac). Par contre, pas eu d'épreuve écrite en sport, et c'est pas plus mal parce que les règles je ne les connaissais pas vraiment, j'y allais au feeling.

Gaelle a dit…

Oh la la, ben t'es bien courageuse de quand meme aller t'inscrire au Y... moi, curieusement, cela ne m'a effleure l'esprit [c'est peut-etre pour ca que j'ai 10 kg de trop qui s'accrochent desesperement !]

yibus a dit…

Ah, le beau billet, que j'ai fini en sueur. Souvenirs, souvenirs... Ceci dit, j'ai pas l'impression qu'ils rigolent des masses avec le sport ici. C'est du sérieux, du lever à 6h du mat' pour aller courir, même aujourd'hui où il fait -5°C. En tout cas, si on joue au volley entre expats et locaux, madame rêve toujours d'une piscine publique à Washington DC, et pas moyen d'en trouver une... Hormis au fameux YMCA, tarif prohibitif.

Marie a dit…

Pour le tarif, ça a beau être une des solutions les moins chères, la note reste en effet un peu salée. Mais on économise sur le baby-sitting (15$ de l'heure aux dernières nouvelles...), donc ça permet de rentabiliser : oui, j'ai des motivations tirées par les cheveux pour faire travailler mes pauvres muscles atrophiés.