mercredi, octobre 21

Merveille



Le 18 octobre, est née Alice, belle plante de 3,8 kg et 54 cm.
Nous sommes évidemment très heureux de l'accueillir, et je la remercie d'avoir pris de l'avance sur le calendrier.

Alice n'est pas arrivée les mains vides et a offert une voiture télécommandée à son frère, ce qui lui vaut, d'entrée de jeu, un bonus de 100 points. Et comme, en plus, elle dort tout le temps – sauf la nuit, mais lui si - il ne la trouve pas si encombrante que ça et ne lui a pas encore dit "bye bye" en montrant la porte, pour l'instant.

Une arrivée réussie donc.

mercredi, octobre 7

Cheeeese


Allez, un dernier effort, plus que trois petites semaines de rien avant d'arriver au terme officiel de cette grossesse.
Que dis-je, "chouette, ENCORE trois semaines à profiter".

A ça oui, je profite, à fond, jusqu'à la lie.

Chaque soir, le spectacle de mes pieds-chevilles-mollets fait l'objet de nos commentaires s'étonnant des possibilités du corps humain et j'aurais deux trois trucs à dire à la science si elle venait à passer dans le coin.

Je me délecte des montées d'escalier et retours de parc avec un fiston de 13 kilos dans les bras parce que la marche ça va, il maîtrise depuis le temps, non, il veut revenir aux valeurs sûres, les bras de sa reum et le biberon au chocolat.

Je redécouvre le bonheur des insomnies de deux heures, surtout précédées d'un réveil dudit fiston, avec transport de matelas dans notre chambre, pleurs et rendormissement renvoyé aux calendes grecques. Insomnie d'autant plus savoureuse que le sommeil qui suit explose en plein vol au bout d'une misérable soixantaine de minutes car fiston en a marre et se verrait bien commencer sa journée, c'est qu'il va à l'école, il a des trucs à faire avant, il faut le comprendre.

Je déguste les conséquences de mon laisser-aller estival sur l'histoire de la propreté. Fiston refusait le pot et je ne me voyais pas le poursuivre avec une serpillière toute la journée alors j'ai laissé tombé, je me suis dit qu'on verrait ça après la naissance et les régressions en tous genres.
Hou, quelle mauvaise idée c'était.
Maintenant, une aprèm sur deux, à l'heure de la sieste, alors que je devrais profiter du silence de la maisonnée pour pioncer peinarde sur mon canap, j'entends des petits petons qui gambadent et ne font même pas semblant d'aller se coucher en m'entendant monter l'escalier pour venir râler. A la place, je découvre un pantalon en vrac sur le sol, et des fesses heureuses d'être à l'air, body or not body. S'ensuit alors le challenge d'aller ouvrir les rideaux pour mesurer l'étendue des dégâts, sans s'y vautrer les pieds, vous suivez ? A trois semaines d'accoucher il va donc falloir sortir la serpillière, tant pis pour mes lombaires.

Je bondis de joie à chaque fois que j'appelle les infirmières de mon cabinet médical pour leur donner mes relevés de taux de sucre, afin de contrôler mon diabète gestationnel. Je serre les dents quand je me fais enguirlander comme une gamine qui aurait dévalisé la boulangerie pour un taux à peine limite. Je reste polie quand on me demande de justifier l'absence d'un taux puisqu'il ne vient à l'idée de personne qu'un dimanche matin à 10 heures je puisse avoir autre chose à faire ou à penser qu'à me piquer le bout du doigt pour faire tomber une goutte de sang sur une bandelette de la largeur d'une allumette, cornegidouille.

J'apprécie au plus haut point les miaulements geignards et incessants de Chesapeake, planté devant la porte, pour entrer ou pour sortir peu importe, les deux actions étant distantes de deux à huit minutes. Je suis à un cheveu de l'étriper et je me dis que je ferais aussi bien de lui payer une greffe des mains pour lui apprendre à ouvrir la porte. Peut-être même qu'il pourrait passer la serpillière pour se rendre utile.

Je prends un grand plaisir à errer dans les rayons des quelques magasins à ma disposition, en quête de vêtements chauds pour un bébé d'hiver. Toute cette débauche de polaire et de motifs cœurs dans les roses et fuchsia ne me donne pas du tout la nausée. Je comprends tout à fait le pourquoi des pyjamas en coton fin, des manches courtes, de l'absence de laine et de couleurs un peu subtiles. Imaginer mon bébé déguisé en barbe à papa me ravit, pensez donc. Remarquez, c'est économique, je n'achète quasiment rien et cette pauvre petite ira nue dans la neige.

Mais le plus difficile, quand je me projette dans trois semaines, est de me dire qu'il va falloir reprendre une alimentation normale, abandonner le régime haricots verts en salade – aliment qui ne donne la pleine mesure de sa saveur qu'après le premier quintal, brocolis vapeur et épinards au fromage blanc 0%.
Comment ? Il va falloir déguster tous les petits chocolats qui vont débouler à la maison, les faire couler avec un peu de champ' pour digérer, avant d'enchaîner par cette incroyable tarte tatin ? Renouer avec les pains au choc du samedi matin, reprendre du gratin dauphinois et m'extasier sur le coulant du saint-nectaire ? Peut-être même retrouver la saveur d'une cuisse de canard confite alanguie sur ses pommes de terre à la sarladaise ?

Non, là c'est trop, je refuse d'accoucher.

Comment ça, quand on lit ce que tu manges on comprend d'où vient ton diabète ? Pff, le régime tarbais, vous connaissez pas ?

dimanche, septembre 27

Tu la reverras ta mère


Il y a une semaine, à l'école, j'étais la mère qui a de la chance, celle dont l'enfant se précipite dans la salle de classe en riant, sans même prendre le temps de lui dire au revoir, et qui le récupère tout joyeux, distribuant des "encore ! encore !" à la ronde.

Cette semaine, je suis la mère qu'on plaint, celle dont l'enfant est un des derniers à hurler dans le couloir en s'accrochant à son cou avec toute l'énergie du désespoir, et qu'elle récupère deux heures plus tard, hoquetant et assénant des "bye bye" définitifs.

Fiston est un diesel, j'aurais dû me méfier avant de fanfaronner sur son adaptabilité à toute épreuve.

Il travaille dur à saboter toutes les occasions de séparation.

L'école, c'est niet. L'instit a l'habitude et accepte de le prendre dans la classe, même hurlant et déchaîné, mais ça ne durera peut-être pas. Elle a déjà lancé l'idée de raccourcir les séances… le temps qu'il s'habitue.

La nounou, qui me relaie quelques heures hebdomadaires depuis la rentrée, en voit aussi de toutes les couleurs. Pour le moment elle le prend bien et ne s'en laisse pas compter, mais mon diesel pourrait bien l'avoir à l'usure.

Les nuits sont devenues un enfer. Fiston, après avoir essayé l'endormissement qui n'en finit pas, vociférations perçantes à l'appui, a capitulé pour mieux se réveiller quelques heures plus tard. Là, c'est bien simple, son objectif est de venir dormir avec ses parents, de préférence sur ses parents, vautré en travers du matelas et d'agrémenter la séance de nombreux coups de coude dans la tronche maternelle, ou réveils dans les cris, l'un n'excluant pas l'autre. Toute tentative de raisonnement ayant pour but de le circonscrire dans sa chambre, même au prix de gâteaux, biberons et autres denrées spécialisées dans la carie dentaire, se solde par une série de "non" catégoriques et sans appel, avant passage express en mode sirène.

Si l'on ajoute à ce tableau que j'entre dans le dernier mois de grossesse, et que je suis donc au top de ma patience et de mon énergie, aidée en cela par un régime alimentaire concocté tout spécialement pour mon diabète gestationnel à base de pas sucré - pas gras - pas bon – pas trop, vous comprendrez que la prochaine qui, au parc, me promet l'horreur une fois que le bébé sera là, va recevoir l'expression de ma furie hormonale déchaînée, ou mieux, fiston sur le pas de sa porte avec des vivres pour quinze jours.


vendredi, septembre 18

On se magne, Charles

Maintenant que la rentrée est passée, je peux bien vous l'avouer, mes boyaux étaient un peu noués au moment de préparer les affaires de fiston.

Quand j'étais élève en primaire, ma plus grande angoisse – à part me faire mater par le dessus de la porte des toilettes par des CE2 complètement obsédés, était d'arriver en retard, et l'idée de me retrouver face à la porte fermée me rendait malade. C'est arrivé un matin : je m'étais cassé la margoulette sur le trottoir, et le temps que je me ramasse, que je me lamente sur mon pantalon déchiré et que je réapprenne à marcher avec un genou écorché, l'heure fatidique était passée. C'est une dame, elle-même très en retard pour déposer son enfant, qui m'a trouvée, appuyée à la fameuse porte et comptant y prendre racine incognito jusqu'à 16h30.

A présent, je suis une adulte, et en plus j'élève un fiston, je contrôle donc complètement mes névroses d'hier, je ne projette rien et je suis mégazen.
Et si je suis en retard ? Et bien je suis en retard.
Le tout c'est de s'organiser en avance, de prévoir les aléas, faire des listes, des itinéraires, noter les numéros d'urgence, apprendre à changer un pneu crevé, s'orienter avec le soleil et la mousse des arbres, savoir lire une carte et avancer les horloges de 10 minutes.

C'est donc totalement détendue que j'envisageais ce premier jour d'école. Un léger frémissement psychotique s'est néanmoins fait sentir quand l'instit a lourdement insisté, pendant la réunion de pré-rentrée, sur l'importance d'arriver à l'heure, mais te stresse pas ma fille, c'est pas des épreuves de concours non plus, me suis-je dit.

St Luke nous attendait à 10h45 en ce premier jour, et vu qu'une mouette manchote arriverait à destination en deux minutes, pas besoin de s'affoler avant 10h30.
Alors, comment expliquer que fiston se soit trouvé harnaché à son sac dès 10h, et que mes lacets aient été noués si longtemps à l'avance que mes pieds légèrement enflés de baleine en aient ensuite gardé l'empreinte jusqu'au lendemain ?

Je vous rassure, cette semaine-ci s'est mieux passée, si l'on met de côté le matin où j'ai failli faire descendre une vieille dame de sa voiture, pour l'aider à dégager vite fait son char d'assaut de la seule place potentiellement dispo du parking.
Je peux gérer mon heure de départ et le temps de trajet deux fois plus long parce que c'est la fin de l'heure de pointe, mais ce que je ne peux pas prévoir, ce sont les jours d'enterrement.
Ces jours-là, non seulement les places de parking sont chères, mais il faut manœuvrer hyper précautionneusement parce qu'écraser la moitié de la famille du mort, ça fait désordre et le règlement de l'école est plutôt contre.

lundi, septembre 7

Bac -15



Avec un fiston de bientôt deux ans et demi, moi aussi j'ai droit à ma première rentrée.


Attention, nous ne vivons pas au doux pays de l'éduc nat', il n'y a pas de système équivalent à celui des maternelles, l'école ne commence vraiment qu'à 6 ans et avant ce cap fatidique, c'est le règne du fais comme tu peux pour y comprendre kekchose.


Quand l'enfant atteint les deux ans, le choix s'élargit et il était temps : des garderies, des nounous en garde simple ou partagée, des nounous regroupées à deux ou trois dans des maisons privées, des "preschools" soi-disant plus orientées pédagogie que les simples garderies mais ça dépend où, difficile d'y voir clair.


J'ai fait comme tout le monde, j'ai demandé autour de moi, j'ai paniqué à l'annonce des tarifs, j'ai râlé devant certaines procédures d'admission – il faut quasiment présenter un book des œuvres réalisées par l'enfant ainsi qu'une vidéo mettant en valeur son potentiel… heu les incrustations de cheerios ramollis à la bave sur tissu d'ameublement, ça compte ?, j'ai regretté d'avoir pris mon temps en entendant parler d'années de liste d'attente, et j'ai fini par choisir une preschool près de chez nous, gérée par une église luthérienne, fini de rigoler.


A partir de la semaine prochaine, fiston va devoir affronter une scolarisation intensive, deux fois deux heures par semaine, et j'en connais une qui va speeder pour faire les courses, c'est moi qui vous le dis.


C'est jeudi dernier que les choses sérieuses ont commencé, avec réunion des parents pour faire connaissance avec l'école, l'instit et blabla, rafraîchissements not included.

Déjà, j'avais tout bien anticipé et placé le gros sac de fournitures à acheter dans le coffre.


Oui, parce qu'on n'a peut-être que deux ans, n'empêche qu'on a une liste de trucs à dégoter digne d'un khâgneux pensionnaire. Quand j'ai reçu le papelard, fin juin, je me suis dit que j'avais le temps et que je verrais ça en août. Puis, quand j'ai voulu relire la fameuse liste à Justin pour le faire halluciner et que j'ai bien failli ne jamais remettre la main dessus, je me suis vue, la seule à arriver les mains vides le jour de la pré-rentrée, honteuse et aussitôt élue mère indigne saison 2009-2010.


Du coup, je me suis mis la pression et le sac était au complet mi-juillet avec, entre autres choses fascinantes :

- du savon liquide pour les mains inodore – mine de rien j'ai fait deux magasins pour échapper à la senteur pomme, grande tendance de la rentrée;

- le paquet de 250 serviettes en papier – vendues en général par 200, et ne me demandez pas ce que fiston va bien pouvoir faire d'autant de serviettes, lui qui va cumuler quelque chose comme 64 jours de présence d'ci la fin de l'année;

- le gros paquet de lingettes et le rouleau maxi de sopalin – là c'est sûr, les luthériens se préoccupent de la fonte des banquises comme d'une guigne;

- le papier soie – l'école ne précisant pas le nombre de feuilles à fournir, grand a été mon désarroi au rayon papeterie parce que vous ne voulez pas être celle qui a acheté le paquet de 5 feuilles alors que tout le monde aura pris celui de 10, mais vous ne voulez pas non plus être celle qui se la pète avec son paquet de 50, oui je sais, j'ai une vie compliquée;

- le liquide vaisselle grand modèle – soit les activités pédagogiques à destination des 2 ans sont à vocation ménagère, soit j'en connais qui refont les stocks de leurs placards, bref, le compte était bon, j'avais tout et j'étais même à l'heure.


Dès mon arrivée dans le hall, mon gros sac à la main, j'ai flairé l'arnaque. Personne pour le réceptionner et cocher une petite case face à mon nom, personne pour identifier ledit sac, rien qu'une pile écroulée où j'ai vite repéré des mini paquets de lingettes même pas pour peaux sensibles et des papiers de soie vendus par 2.

Après avoir maugréé qu'on ne m'y reprendrait pas et récupéré mon "parent handbook", j'ai été dirigée vers la classe du fiston.


L'instit s'occupe de deux classes de huit enfants par semaine, et avait donc regroupé tous ses parents d'élève dans la même salle.

Le plus dur, à part s'asseoir – et rester - sur une chaise pour schtroumpfs, est de conserver un semblant de sérieux pendant les discours de présentation de la titulaire du poste et de son assistante quinqua à l'air béat. Pour vous la faire courte, le thème était "les enfants sont teeellement formidables", avec décorticage du menu des snacks et du déroulement des activités à venir – rondelles de bananes à grignoter pour illustrer la semaine thématique sur le cercle jaune par exemple et les parents ont respiré, soulagés de savoir leur progéniture en des mains si savantes.


Je sentais venir le tour de salle, avec présentation, mains moites et English qui fout le camp mais non, à la place on a eu droit aux questions des parents.

C'est mercredi prochain le vrai premier jour qui inquiète. Mais c'est normal rassure la prof, c'est pour ça que les enfants ne vont passer que 45 minutes dans la classe, en demi-groupe, pour qu'elle et la surdosée en prozac n'aient que deux enfants chacune à gérer, parfait pour leurs deux épaules.

Vent de panique dans les rangs parentaux, ça va si mal se passer que ça ? Mais soyons rassurés, des thermos de thé et café nous attendront dans le hall et nous pourrons y passer les 45 minutes, avec quelqu'un qui viendra très régulièrement nous informer du déroulement des opérations, un peu comme une famille attendrait des nouvelles de son greffé cerveau-cœur-poumons.

Tant qu'à faire, fallait mettre une glace sans tain à la place du tableau noir.


Allez, une nouvelle ère commence, fiston va apprendre à faire le chant du coq anglophone – "cock-a-doodle-doo" s'il vous plait, et ma vie sociale va sortir du néant dans lequel elle stagne depuis deux ans. La preuve, y'a déjà une mère d'élève qui m'a laissé un message pour réunir les 8 enfants de la classe, histoire qu'ils fassent connaissance et qu'enfants et parents soient moins stressés le D-day.


Peut-être que je m'illusionne complètement, mais j'ai un peu de mal à saisir l'enjeu de cette rentrée. Nos enfants vont passer deux fois deux heures dans la semaine à s'amuser avec des jouets qu'ils n'ont pas chez eux, sous la surveillance d'adultes dont c'est le métier et qui parlent hyper doucement sans jamais s'énerver, et peut-être même qu'au passage ils vont apprendre un truc utile ou deux, genre la propreté – OK, là je m'illusionne -, où est le stress ?


Allez, je dis ça, je me la boucle et je vais m'avaler un prozac avec mon mimosa.




mardi, août 11

Fiston en TROFAST

Prenez une maison avec trois chambres.
Jusque là, tout va bien : par respect des proportions fiston a reçu la plus petite, Justin a un bureau rien qu'à lui, Chesapeake dispose d'un confortable clic-clac au sous-sol pour ses siestes récupératrices, pendant que nous nous étalons dans la plus grande des trois, dite "master bedroom", qui, pour mériter cette appellation devrait être munie d'un dressing à la Joan Collins et d'une salle de bain privative mais là il faut vous calmer, dois-je vous rappeler qu'en ces temps caniculaires nous n'avons que quatre appareils de climatisation obstruant élégamment autant de fenêtres et ne rafraîchissant que modérément l'atmosphère ? Alors pour le placard multi-rangements intégrés, éclairage indirect, glace amincissante et bain à remous, vous vous êtes trompés d'adresse.

Mais ce parfait équilibre n'a eu qu’un temps et l'arrivée de la petite dernière dans moins de trois mois nous a obligés à revoir notre organisation.


Il a été question – enfin, j'ai suggéré – d'exiler le bureau au sous-sol, là où il fait frais en été et tiède en hiver, avec eau courante et accès illimité à mon elliptique personnel, mais le télé-travailleur occasionnel s'est braqué : les fenêtres sont petites et en hauteur, on ne peut pas mater dehors pour passer le temps et puis Chesapeake n'aime pas qu'on le regarde dormir.

Il a été question – enfin, Justin a suggéré – de faire une « chambreau », hybride de chambre de bébé/bureau, mais là c'est moi qui me suis braquée : si le télé-travailleur espère passer des coups de fil ou lancer l'imprimante alors qu'une sieste aussi inespérée que précaire aura à peine commencé, atomisant par là mes espoirs de boire un café tranquille ou, folie des folies, prendre le temps de retrouver figure humaine en me séchant les cheveux ou en comatant vingt minutes, c'est même pas en rêve.

Résultat des courses, le bureau va s'installer provisoirement dans la chambre de bébé, vide pour quelques mois encore, et fiston va récupérer la grande pièce laissée libre. Le bureau viendra transformer notre chambre en "executive suite", machine Nespresso, siège en cuir à roulettes et rangements horizontaux compris dans le prix.
Mais si le bébé a déjà son lit, sa commode et tout le tremblement en héritage, le fiston, lui, se trouve bien dépourvu.

Depuis maintenant des années je dis, râle et jure que Ikea y'en a marre, que je veux de vrais meubles, en vrais matériaux et qui ressemblent à autre chose qu'aux cubes de la planète Chapi Chapo. Seulement voilà, quand on cherche aussi du pas trop cher, du marrant parce que c'est pour une chambre d'enfant et si possible coordonné, quel choix reste-t-il ?
Ikea nous voilà. Le week-end dernier.
Ikea, nous revoilà. Hier.
Ikea, devine qui vient déjeuner ? Dimanche prochain.

Maintenant fiston vit et dort entre les pages 253 et 254 du catalogue 2010.
Et j'ai bien dit "dort".
Vous le changez de pièce, le collez dans un lit inconnu et dont il peut descendre à volonté et Monsieur finit par s'endormir, sans tentative de squattage du lit parental en plein milieu de la nuit.

Y'a des trucs qui m'échappent parfois.


vendredi, juillet 31

Bons baisers de Moscou


Comment ça, c'est même pas encore août et c'est déjà la rentrée, pfft, envolées les vacances ?
Et puis, quelles vacances, d'abord ?

Oui, j'ai joué ma provinciale en poussettant dans la grande ville, à Boston, en léchant les vitrines et en renonçant à entrer dans des boutiques perchées à deux marches de hauteur et munies de portes plus étroites que mon châssis pourtant européen.
Oui, j'ai mangé plein de chocolatines d'une boulangerie française au petit-déj, à l'abri d'un mignon jardin de ville.
Oui, j'ai initié fiston au gavage de canard en l'entraînant au lancer de pain dur sur étang… avant de tomber sur de grosses pancartes m'expliquant que si les coin-coin crèvent tous cet hiver ce sera ma très grande faute, j'ai un peu les boules.
Oui, Tony, j'ai redécouvert le clafoutis aux cerises grâce à toi, ta merveille étant bien au-dessus du truc chtouffe que ma grand-mère osait appeler clafoutis.
Oui, j'ai vu la mer, j'y ai même mis les pieds.
Oui, ça va, j'ai compris où vous voulez en venir.

Oui, je suis partie en vacances.

Mais il faut me comprendre, pauvre chose légèrement fatiguée.
Bien avant le départ, j'anticipais les grasses mat' d'un fiston overdosé en iode, je souriais en l'imaginant rêvasser des heures sur la plage, me laissant comater pépère.
J'étirais mes orteils à cette idée et je m'y croyais déjà, en vacances.

Ce que je voulais, c'était du re-pos.

Et ben, rââ-té.

Le fiston n'aime pas qu'on le bouscule.
Et quand il veut vous rafraîchir la mémoire, le fiston sait être very pénible:
- refuser de manger,
- ne penser qu'à regarder son DVD d'Elmo,
- ne plus faire de sieste,
- se réveiller inconsolable en pleine nuit et ne se rendormir qu'après moultes menaces, calé entre ses deux parents hagards,
- se réveiller autour de six heures du mat' parce que ce serait bien le genre de ce bouffon d'Elmo de lui en avoir donné l'idée.

- Et nous, se dire que dans trois mois, tout ça nous fera doucement ricaner, en nous croisant au-dessus du chauffe-biberon, vers les 1h48.

Mais le bilan n'est quand même pas si sombre, sur la fin du séjour fiston s'est transformé en expert de l'authentique bisou, le français, celui qui claque sur la joue. Depuis, il régale.
Il sait comment retourner une situation celui-là.

vendredi, juillet 24

Et même pas de cidre


Je sais, ça fait bien longtemps qu’on ne s’est vus, certains me pensaient dévorée par mes cochons d’Inde et d’autres s’imaginaient que je n’avais plus rien à dire, mais la vérité est ailleurs et ce n’est pas joli à voir.

Je me traîne, mes journées sont faites de choix plus cornéliens les uns que les autres, genre « Tiens, est-ce que je mange pour éviter de tomber dans les pommes ou est-ce que je garde de la place pour continuer à respirer ? », et la taille de mon ventre fait flipper l’échographe qui, du coup, me surveille tous les mois et me prédit un bébé tellement au-delà des courbes qu’il plane dans la stratosphère des statistiques… ce qui ne m’angoisse absolument pas concernant l’accouchement, mais alors pas du tout, vous imaginez.

Mais c’est les vacances, alors j’oublie tout et quoi de mieux que de traîner ses pieds gonflés et son dos à moitié bloqué pour de longues marches oxygénantes sur un sable trop mou pour le soutien de la voute plantaire, avec en prime le souci d’éviter la noyade à un fiston qui se prendrait bien pour un phoque à en juger par ses tentatives de roulé-boulé près des rouleaux tentateurs.
En règle générale, je n’aime pas la plage en été, alors vous noterez l’effort démesuré, tout ça pour que fiston puisse manger du sable et collectionner des plumes de mouettes mortes.

Je ne sais pas comment vous faites, vous, mais moi je ne possède pas le gène du phoque, et je n’aime pas les rouleaux. Je n’arrive jamais à dépasser cette fichue barre derrière laquelle l’eau est toujours calme. Je suis celle qui fait comme si elle allait venir et qui en fait, ben non, reste à barboter dans l’écume et vous regarde partir nager sans pouvoir vous rejoindre. Et, à moins d’aimer se retrouver avec l’équivalent de son poids en sable dans la culotte, le roulage dans l’écume ça va bien deux minutes et puis après, que reste-t il ? L’incontournable chorégraphie dite du grille-pain, un quart d’heure côté pile, un quart d’heure côté face, le tout en tenant son magazine sans se faire de l’ombre, et en gérant au mieux la répartition d’ensoleillement aux centimètres carrés, avec déplacement des bretelles et autres coutures fessières à intervalles réguliers. Autant dire qu’avec ma peau de rousse et ma tendance à l’allergie solaire, le grille-pain et moi c’est sous parasol avec un indice de protection à 3 chiffres.

Comme on avait trop chaud à Washington, on s’est dit qu’il fallait migrer vers le nord pour trouver un coin de plage sympa et supportable. Nous voilà donc dans le Massachusetts, dans le brouillard et la bruine un jour sur deux, avec des températures autour de 20°C.
Avant d’y choisir sa plage, il faut réfléchir, longtemps. Parce qu’entre celles qui nécessitent un abonnement pour la saison, celles desservies par des parkings à 20$ la journée et celles où ne peuvent se garer que les contribuables de la commune, le choix est stratégique. Nous, on est allé au plus simple et on s’est abonnés à celle qui est la plus proche de la maison qu’on a louée. Et ben on ne l’aime pas. Tant pis qu’on s’est dit, on va rouler un peu plus loin, c’est pas grave, on a payé l’abonnement. Ben non, parce que celle qui nous faisait envie n’est pas gérée par la commune, mais par les Parcs nationaux, donc ce n’est pas le même système, il faut repayer. Quand on sait qu’il faudra repartir au bout d’1h30 max pour tenter d’alimenter un fiston qui passerait volontiers ses journées un bib aux lèvres et n’arrive pas à piger l’intérêt de mâcher des trucs, on se dit que ça fait chérot de la minute.

Mais c’est les vacances et c’est bientôt terminé, alors je me la boucle et comme ils disent ici : Enjoy !

dimanche, mai 31

Châtié

Oui, je sais, les ponts printaniers ont eu raison de votre déprime saisonnière et vous ne pensez plus qu'a barbequiouter en rêvant aux vacances à venir. Le p'tit rosé était bien frais et la salade de fruits plutôt bonne mais ce n'est pas une raison pour ignorer les drames qui frappent le monde animal, bande de rien à péter.

Puisque aucune organisation œuvrant pour améliorer le sort des bébêtes n'a encore trouvé bon de sponsoriser ce blog, je ne vais pas me fatiguer non plus à vous donner mauvaise conscience, y'a pas de raison. Je préfère m'en tenir à la cause du malheureux carnivore domestique qui nous tient lieu de chat.
Je ne m'étendrai pas sur le sauvetage de la bête acculée et prostrée, réalisé en quatrième vitesse hier soir, pour arracher le misérable des pattes des deux chats d'en face venus lui chercher des noises jusque devant notre porte, l'humiliation a été totale. Bientôt deux ans de guerre des gangs et toujours le même constat : Chesapeake est à la bagarre ce que la serpillière est à la haute couture.

Hélas, il y a encore pire dans la vie de ce chat.

Chesapeake est devenu la tête de Turc d'un oiseau.
A peine posait-il sa patte dehors que le volatile reprenait en boucle son chant d'alerte, sonore et très fatiguant pour les nerfs. A croire qu'en cette saison de montage de nids en kits et ponte à gogo il n'avait rien d'autre à faire que glander devant notre porte d'entrée.
Quand je me suis rendu compte du manège, je me suis dit "Hé, hé, je connais un emplumé qui va passer un sale quart d'heure".
Mais le matou a continué sa vie, en faisant celui qui ne remarquait rien, toujours très poli.
Le Mockingbird, oiseau qui porte bien son nom, en a fait une affaire personnelle, ce chat devait en vouloir à sa descendance, il fallait s'en débarrasser.
Les choses se sont donc corsées pour notre benêt à rayures.
Le Mockingbird s'est lancé dans une campagne intensive de bombardements en piqué, visant de préférence l'arrière-train dudit benêt en train de regarder ailleurs, et ne voyant donc jamais rien venir. Les assauts laissaient peu de répit à notre chat zen, stoïque, assis à découvert et n'essayant même pas de se défendre. Je peux vous dire que ça faisait pitié.
S’il lui prenait l’envie de calmer le jeu en partant se faire oublier au bout de la rue, il le faisait sous les huées et les piqués, une fuite honteuse à la truffe de tout ce que le quartier compte de quadrupèdes et rongeurs domestiques, morts de rire devant ce spectacle.

Pensez-vous que le chat aurait déclaré "Non mais dis donc, laisse béton ou tu vas tâter de ma griffe" ?
Ou qu'il aurait fait celui qui ne voit rien, afin de tromper l'ennemi et de lancer à son tour une attaque éclair, intitulée "Opération édredon éclaté" ?

Ben non, le félin pas finaud a rabattu ses oreilles et attendu que ça passe.
C'est moi qui suis allé ouvrir la porte à intervalles réguliers pour le faire entrer et que l'oiseau rabatte enfin son caquet. Passés quelques jours, j'y suis même allée de mes secouages agressifs de torchons en courant dans le jardin et menaces verbales non-homologuées par la ligue végétarienne. C'est là que je me mise beaucoup sur l'absence de mes voisins immédiats.
Pour toute réponse, l'oiseau a continué à se moquer du monde en venant taper son bec à la porte fenêtre de la cuisine, pour persécuter le chat qui comatait à côté de ses croquettes. Limite Hitchcock.

Après une dizaine de jours à lâcher des remarques désobligeantes pour galvaniser le valeureux chasseur endormi très profondément chez notre ami le nigaud, quelque chose s'est produit.

Le Mockingbird a arrêté de se moquer, il a tout bonnement disparu du jour au lendemain, pfiout, évanoui, alors que ses congénères sont toujours là, un peu plus loin. Pas de plumes sur la pelouse, aucun témoin ni indice, le mystère est entier.
Interrogé, Chesapeake s'est muré dans un silence dédaigneux et n'a souhaité faire aucune déclaration.
La bête à moustaches aurait peut-être sa fierté malgré tout.

Mais quelque chose me dit que c'est un des deux chats d'en face qui a eu ras le bol du boucan et s'est déplacé en personne pour faire le sale boulot. Ça va se payer cher je sens.

lundi, mai 11

Happy two, coco


Hier, à coup de chocolat, bougies magiques et cadals censés l'occuper des heures durant (si si, même que si ça se trouve, c'est moi qui vais aller l'asticoter dans le salon parce que l'ennui m'aura fait perdre la tête), fiston est entré dans sa troisième année.

Qui dit anniversaire dit grandes réflexions, recherches préparatoires, rétro-planning, publipostage et nuits d'angoisse. Ou, si on se dit que c'est juste l'anniv des 2 ans et qu'on accepte l'idée de passer pour la mère flemmarde du quartier, on délègue à Justin une invitation très peu diffusée par email, et on achète des verres en plastiques décorés avec nappe assortie et hop, c'est la fête. Désolée pour le dresseur de perroquets ventriloques, je sais qu'il a été très déçu de ne pas être de la sauterie mais qui sait, tout peut encore arriver l’année prochaine.

Mais ce n'est pas parce qu'on se moque des cancans du playground qu'il faut pour autant négliger la pression. Oula, non. Elle est énorme. Jusqu'aux magazines pour parents qui font face à la pénurie de sujets printaniers en accumulant les conseils pour être l'hôtesse d'un birthday dégoulinant de perfection et de gâteaux à froufrous.
A force, mon esprit s'est troublé et je me suis retrouvée à écumer les blogs et forums spécialisés dans la préparation de l'anniv parfait. J'ai vaguement envisagé de construire une guirlande en tissu, à base de triangles découpés aux ciseaux cranteurs, c'était super beau sur la photo mais j'ai su me reprendre en visualisant une montagne de triangles effilochés et tout pouilleux à fixer sur une cordelette mochouille dégotée dans le garage. J'ai salivé devant les dizaines de verrines aux couleurs assorties à la déco du jour, mais elle n'est pas née celle qui fera avaler un mix comté-crevette à fiston. J'ai admiré les petits cadeaux réservés aux invités, home made par la maman qui ferait mieux de me revendre un peu de son énergie : jolis sacs, jeux de dominos peints sur galets et porte-clés personnalisés, mais là restons sérieuse deux minutes.

C'est sur le gâteau que ma raison a basculé. Mais c'est bien sûr, un gâteau d'anniversaire c'est autre chose que la tarte aux pommes du mercredi, il faut inventer, décorer, étonner même.
Mon choix s'est arrêté sur quelque chose qui me semblait moins périlleux qu'un château fort ou qu'un train avec wagons, j’ai nommé le gâteau en forme de chat, fiston étant complètement gaga de Chesapeake ça tombait bien comme idée. Je me suis dit "franchement, deux ronds, une queue et deux oreilles, ça doit pas aller chercher bien loin niveau technique", dixit celle qui ne saurait même pas faire un fraisier ou un truc un peu plus sophistiqué que le flan aux fruits, même si sa vie en dépendait. (C’est là que ceux qui ont déjà été nourris par mes soins s’exclament dans les commentaires « mais t’es folle lol, tu cuisines vachement bien, Justin a trop de la chance ;) »)

J'ai commencé à déchanter en trouvant un schéma de découpage pour ledit gâteau. Venaient ensuite les photos des multiples options pour décorer la bête, après assemblage. Et vas-y, lâche-toi sur le glaçage, fais des rayures, construis tes propres moustaches, amuse-toi à faire les petites souris qui font joli en pâte d'amande. Pour une néophyte du glaçage comme moi, une à deux répétitions avant le jour J étaient conseillées, pour se faire la main, et l'anniv étant prévu pour pas plus tard que deux jours après, ça faisait short et c'est à ce genre de détails qu'on voit la pro de l'anticipation.
Justin, qui m'avait quand même un peu forcé la main pour fêter l'évènement en public, a alors entrepris de me calmer sur cette affaire de chat et j'ai accepté de transiger : il faut savoir reconnaître ses limites, je ne ferais que la tête. Oui, mais où trouver les oreilles, et les moustaches ? Et le glaçage était toujours d'actualité.


Que de stress mes amis, que d'angoisse.
Deux jours plus tard la tête du chat s'est transformée en gâteau au chocolat, un rond décoré de mini meringues et ça ira bien comme ça, merci. Fiston a soufflé dix fois sur ses bougies magiques et j'ai risqué l'incendie en me précipitant à l'intérieur pour trouver un point d'eau et noyer ces cochonneries.

Allez, l'année prochaine ce sera gatal festif, avec glaçage et perroquets.