samedi, janvier 9

Après croup


Maintenant que le croup s'en est allé vers d'autres cieux, l'heure est aux bilans.

Remarquez le pluriel. Et oui, non seulement un bilan d'après grande maladie s'impose, mais il est également temps de faire celui intitulé "Alors, 2 enfants, ça donne plus de boulot que 1, ou c'est le contraire ?", ou bilan dit de la gourdasse en maths, parce que 1+1, ça n'a jamais fait 0.5, même en terminale A2.

Que de bonnes choses en perspective.


Commençons par annoncer que fiston est guéri, c'est officiel.

Crevé, donc pénible, mais guéri.

Les microbes ont enfin libéré le terrain, mais le miasme est un Hun qui crame tout en repartant, du sol au plafond et tout est à refaire maintenant, à commencer par le semblant d'éducation que nous avions tenté d'inculquer, genre non le sucre n'est pas un vrai légume et oui la nuit tous les chats sont gris, c'est pas la peine de te réveiller pour vérifier.

Il faut se remettre en situation : un fiston super mal en point, qui gémissait quand il ne pleurait pas, ne voulait manger que des gâteaux et qu'est-ce qu'on a fait nous, pauvres cloches ?, on a aboulé les petits beurres, les palmiers et les cookies parce que, le pauvret, il ne fallait pas le sous-alimenter, idem pour les jus de fruit vu que biberon s'est mis à rimer avec non et que l'eau c'est pas bon, tout pareil pour la télé à volonté parce que le minot était si mal que ses forces suffisaient à peine à le maintenir en position vautrée sur le canapé, alors imaginer le faire jouer au chamboule-tout, revenez donc un peu sur terre.


Donc, maintenant, je me marre.

Il n'a pas encore posé le pied par terre qu'il a déjà dit "Télé ?", suivi d'un "Télééééé !!!! Téléééé !" pour répondre à mon "Non, tu sais qu'il n'y a pas de télé le matin" – règle néofasciste ayant pour résultat de compliquer sévèrement la vie du parent assez maso pour l'appliquer, mais dans le cas présent il s'agit d'un premier enfant, ceci expliquant très certainement cela.

Donc, dès le réveil, la journée se veut joviale, fiston se roule de désespoir au sol pendant que j'essaye de lui faire comprendre que mouflette dort et qu'il n'est pas dans son intérêt de la réveiller, démonstration appuyée par des mises en garde que la flippe d'une intervention de la DASS m'interdit de détailler plus avant. Fiston, qui se tape de mes menaces, et encore plus de réveiller l'affreux bébé qui lui vole sa mère et la rend de mauvaise humeur – puisque ça, ça ne peut pas venir de lui, ben non, c'est obligé que ça vienne du distributeur à lait caillé qui pue, se met à hurler de plus belle pendant que je me répète en boucle le 1er commandement de la mère au foyer "En état de marche le soir ton enfant tu coucheras", en respirant avec le ventre.


Donc, dès le réveil disais-je, ce qui me fait tenir c'est la perspective du coucher. La matinée se poursuit, alternance de crises, "Maman les bras" quand je ne peux pas et "Téléééé" quand je serais enfin dispo pour lire un livre ou faire un jeu.

Puis, vient l'heure de déjeuner. Là, nous pratiquons un ballet très subtile sur le thème "Pâtes nooooon, noooooon, nooooon, gâteaux ouiiiii, ouiiiiii" enchaîné avec roulage au sol, ma partie à moi se bornant à rappeler qu'il n'a pas vraiment le choix, pauvre de lui c'est horrible je sais mais c'est comme ça, maintenant ou tu manges trois pâtes et le canard qui va avec, ou tu montes dans ta chambre et tu n'en redescendras pas avant la sieste. Fiston hoquète un ultime "No, no, nooooon", avant de changer d'avis quand il me voit prendre son assiette et me diriger vers la poubelle, c'est que le direct dans sa chambre il en a déjà tâté et ça lui plaît moyen-moyen. "Pâtes oui, oui, ouiiiiii", pour un peu il me réclamerait des endives braisées.

En général mouflette braille pendant le petit répit qui s'ensuit, parce que tous ces cris et ces menaces ont fini par avoir raison de sa nature contemplative et qu'elle ne me l'envoie pas dire.

Quand le calme revient, j'ai pris 10 ans, j'hésite entre avaler des anxiolytiques ou passer direct aux acides, et je serais prête à commander un écran plat du plus grand format qui existe, avec l'intégrale de Babar et les making-off de Casimir.


Les bons jours fiston fait une longue sieste, pour récupérer. Pendant ce temps, si j'ai de la chance, mouflette dort un peu et alors là c'est le pied, je peux me défouler en mettant la musique à fond – heu non, ça réveillerait la marmaille, bon ben téléphoner à une copine via skype parce que je ne peux pas utiliser le téléphone normal qui coûte tellement cher qu'au début on pensait que les prix étaient annuels – heu non, le son monte et ça réveillerait fiston et vu comment ça caille je ne vais pas m'installer dehors, pffff, bon ben je vais faire un peu d'elliptique – heu non, j'ai oublié que j'ai mis mouflette à dormir au sous-sol (oui, avec le monstre de la cave qui a un p'tit faible pour le lait caillé qui pue, histoire de la tenir à l'œil).


"Téléééé ?" tente fiston dès le réveil.

Vous me direz, "Mais pourquoi tu ne le sors pas un peu, il a besoin de se défouler cet enfant, t'es sadique ou quoi ?"

Je veux bien mais plusieurs éléments sont à considérer avant de se lancer tête baissée dans cette folle entreprise :

- "Téléééé", vous êtes sourds ou quoi ?

- il fait dans les -4°C, et il y a du vent.

- il a encore neigé la nuit dernière et maintenant ça glisse de folie, pas sûre d'être prête pour Holiday on Ice avec mouflette dans l'écharpe.

-il faut trouver un créneau entre bib et couche et, croyez-moi, c'est serré.

- il va faire nuit dans dix minutes.

- fiston est persuadé qu'il est rembourré en thermolactyl et refuse de s'habiller chaudement et je n'ai pas envie de pratiquer un quart d'heure de lutte gréco-romaine pour lui enfiler son manteau et réaliser qu'il fait nuit.


Je vous fais grâce de la fin d'après-midi et du dîner, parce que sinon vous auriez comme une impression de déjà vu.


Arrive enfin le soir, le coucher, hard mais c'est le dernier obstacle alors on ne le sentirait presque pas passer.


Puis vient la nuit. La dernière ça a donné :

- à minuit : "Maman, Mamaaan…." en boucle et en pleurant un peu. Verdict, ben rien de spécial, merci d'être passée.

- 1h : "Mamaaan, Mamaaan…", là c'était pour essayer de descendre au salon, ben non, la nuit on dort, ça commence à bien faire, Maman est fatiguée et un tout petit peu énervée alors tu vas dormir et arrêter de l'appeler sinon gare.

- 4h : "Maman ? Maman ?" d'une petite voix qui aurait un truc à demander mais qui oserait pas trop. Merci de relancer la boîte à musique qui est à portée de ma main et que je manie avec une dextérité sans pareil. Mais tu ne te ficherais pas un peu de ma biiiiip par hasard ? Je te préviens que si tu me rappelles encore une fois, je te vends au plus offrant, je te biiip, biiiip et biiiiiiiiiiiiiiip. D'accord ? D'accord.

- 6h : "Mamaaaan, Mamaaaan" d'un ton plaintif. Quoi encore ? … Qu'est-ce qu'il y a ? … Un fiston qui fait semblant de dormir, en serrant fort les paupières et en se retenant de rire. Alors là, c'est trop, je craque ! Je te rererepréviens que si tu m'appelles encore une fois, je… je… je ne me lèverais pas ! – et ben voilàààà, il était temps.


Fiston a ensuite dormi jusqu'à 8h, pas moi merci.

Et qu'a-t-il fait en se levant ?

"Bonjour Maman", petit bisou et un sourire.

Là j'en suis pas revenue, autant de politesse, ça ne peut pas venir de moi.

"Téléééé ?"




4 commentaires:

Nine a dit…

Si cette description de ta journée ne ressemblait pas autant à celles que je viens de traverser, je hurlerai de rire. Histoire de te réconforter (ou pas) de mon côté, tu rajoutes le paramètre "retour de 3 semaines de vacances en France" (avec Papi et Mamie pour saper toute autorité et les règles les plus élémentaires) et décalage horaire. L'intégrale de Petit Ours Brun, ça t'intéresse?

ariana lamento a dit…

ouais, ca passe, qu'y disent, mais en attendant...

Lizzie a dit…

je me sens moins seule, d'un coup! Ca fait du bien de ne plus compatir qu'avec soi même... si si, ça passe, ça enchaîne sur adolescence, puis sur "c'est qui cette pouffe". Vive le grandmamaria, on y croit!

hankla2 a dit…

LOL!! Je m'y retrouve, c'est a mourir de rire. Merci! ma derniere nuit ressemblait exactement a ca!

Ah, let's remember: petits enfants, petits soucis....
Comme dirait ma mere: tu ne dors pas pour le moment parce qu'elle se reveille, mais dans 15 ans, tu ne dormiras pas, parce qu'elle n'est pas dans son lit!