vendredi, avril 25

Devinette du jour

Devinez qui a allumé les phares de sa voiture sans le faire exprès en actionnant les essuie-glaces ?
Devinez qui ne s’en est pas rendu compte, même en entendant la petite sonnerie censée le lui signaler quand elle a coupé le contact?
Devinez qui s’est dit « tiens, il est joli ce « gling gling », on dirait le début du thème du film Les poupées russes » ?
Devinez qui a repris sa voiture sans réaliser que les phares étaient allumés?
Devinez qui s’est garée chez elle, tranquillement et sans l’ombre d’un soupçon qu’il se passait un truc pas net ?

Devinez qui s’est retrouvée le lendemain devant une voiture qui refusait de s’ouvrir puis de démarrer, avec une poussette pliée en équilibre au bout d’un bras et un fiston sous l’autre bras et bien décidée à aller à la gym ?

Quand ça veut pas, ça veut pas.

mercredi, avril 23

Raymond, R.I.P.

Mes amis, c’est un bien triste jour, notre petit jardin est en deuil, Raymond, l’écureuil passé maître en trapèze, nous a quitté cette nuit.
Chesapeake, outre sa maladresse légendaire, a un alibi en béton : il dormait sur la chaise du bureau.
Les lieux du délit offrent peu d’indices, mais le corps, placé au milieu de la route, me donne une idée de l’arme du crime. Je n’irai pas jusqu’à faire un moulage de l’empreinte du pneu sur son petit corps broyé pour retrouver le malotru qui a mis fin à une brillante carrière d’acrobate, mais le cercle des voltigeurs de moins de 320 grammes ne lui dit pas merci.
Raymond, tu t’es goinfré à la barbe des oiseaux. Tu as défié le Justin et ridiculisé le Chesapeake. Raymond, t’étais pénible et on ne t’aimait pas plus que ça mais tu faisais rigoler fiston.
Fallait apprendre à regarder avant de traverser, ça sert à quoi de faire des doubles saltos si on n’est même pas fichu de traverser la route ?

lundi, avril 21

Le mystère de la table beige

Comme vous avez été nombreux, voire 3 ou 4, à vous en lamenter, ce blog est passé à l’heure d’été, il s’est mis au vert.

Youkaïdi, les beaux jours arrivent, ce que je prenais pour de jolies petites fleurs blanches s’avèrent être des mauvaises herbes qui essaiment tant qu’elles peuvent dès qu’on fait mine de les arracher, les arbres nous noient de pollen, des insectes de la taille de mon petit doigt ont l’air de raffoler de ma compagnie et se précipitent dès que je mets le nez dehors et les moustiques sont de retour, quelle joie, quel bonheur.

Le grand porche protégé d’une moustiquaire, celui qu’on a dédaigné tout l’hiver parce qu’il y faisait trop froid, nous tend les bras et je l’aime déjà d’amour. On se dit qu’il doit être doux d’y boire le café et d’y somnoler. Mais pour ça, il faut d’abord répondre à la question : où s’asseoir ? Un besoin urgent de meubles s’est fait sentir.

On a opté pour des meubles en plastique parce que je n’ai pas trop envie que notre salon de jardin en acacia écolo-friendly-la-Terre-te-remercie se retrouve à l’autre bout de la baie de Chesapeake dès qu’on aura le dos tourné plus de 24 heures, vu que les portes des porches ne se verrouillent pas. Et puis, sois honnête ma fille, pas très envie de me coltiner avec le bidon d’huile de graisse de castor tous les printemps non plus.
Je pensais qu’en une heure nos chaises et notre table seraient trouvées et qu’on pourrait passer le reste de la journée à buller à l’abri des bestioles. Et bien non, il a fallu se donner beaucoup de mal pour dénicher 8 chaises et une table rectangulaire de n’importe quelle couleur, sauf blanc parce que blanc pour des meubles de jardin je n’aime pas, c’est salissant et c’est vilain.
Là je sens que je viens de franchir la ligne du politiquement incorrect, ça ne ce fait pas du tout d’insulter des meubles de jardin en public et ça va me valoir une flopée de commentaires indignés mais c’est un sujet trop crucial, je ne pouvais pas ne pas prendre position.
On a donc fait la tournée des grands Ducs : Ikea, Strosnider, Wal-Mart (ne me frappez pas, j’ai honte, pardon aux enfants chinois et tout ça), Target (oh ça va là, Target, on a le droit ?) et Home Depot.

Résultat des courses : des chaises en plastique beige ou vert, oui, des tas. Des confortables et qui ne s’effondrent pas au-delà d’une charge de soixante kilos, un peu moins mais on a encore le choix entre deux ou trois modèles, on est contents. Pour trouver une table, là ça ce complique. Il y en a en fer forgé, celles dont le poids approche de celui d’un mammouth adulte. En bois ou en bambou tressé, mais en plastique, à part la petite ronde blanche, rien.
Je me résume pour ceux qui font des allergies au pollen et qui ont mal à la tête : on peut acheter des chaises en plastique, mettons beige, mais il ne vaut mieux pas compter sur un arrivage prochain de tables assorties, nulle part.
Mais…. ggnnneeueu ?
Alors depuis je cherche une explication, j’essaye de percer à jour ce mystère. Dans ce pays les chaises en plastique ne sont pas utilisées avec une table, elles doivent avoir un usage réservé, ailleurs. Je veux bien mais où ? Ou alors au pays des tornades, elles sont jugées trop légères et on leur préfère les métalliques ? Je veux comprendre mais les indices se font rares.

Si vous habitez ailleurs qu’ici et que vous connaissez un chef magasinier sympa qui souhaite se lancer dans l’export de table beige en plastique rectangulaire 6 couverts, filez-lui ma commande, mais ne le faites pas tous en même temps merci.



jeudi, mars 27

Ça peut toujours être pire


La loi de Murphy, ou loi de l’emmer maximum expliquée aux nuls.
Commençons par le commencement. Hier matin.
De bonne heure, après une nuit sans interruption, donc en grande forme, me voilà partie avec fiston vers le centre ville. Comme je suis overbookée, j’avais deux trucs à caser avant l’heure de la sieste : faire faire un double de clé, et porter ma montre chez le bijoutier pour qu’il y mette une pile neuve vu que ça fait au moins trois mois que je me fie à la position du soleil pour savoir où j’en suis dans ma journée.


En cinq minutes, paf, réglé, je ressors du magasin de bricolage avec mon double de clé. Je suis toute guillerette parce que cette clé c’est pour donner à la nounou que j’ai enfin fini par trouver et qui s’occupe de fiston deux après-midi depuis la semaine dernière. A moi les promenades sans me soucier d’emporter la poussette, le goûter, des mouchoirs, un peu d’eau, quelques jouets c’est mieux, un gilet au cas où et une couche de rechange parce qu’on ne sait jamais.

Il était neuf heures et on m’a assuré que les boutiques du petit centre commercial seraient ouvertes et que comme, par le plus grand des hasards, c’est là que m’attendait ma pile toute neuve, en avant toute.
En attendant de traverser, je remarque une mère de famille avec poussette, en tenue de sport genre c’est l’été et je vais mourir de chaud alors que fiston est en combi de ski, moufles et bonnet, et que j’ai même sorti mon béret (mais que oui, quand je mets mon béret, je me promène toujours avec mon clacos et ma baguette sous le bras, pourquoi, il faut pas ?) Il fait 0,5°C.

Je traverse en regardant la sportive réchauffée pousser sa cargaison vers le mall et je me demande comment on peut être aussi pressée d’aller acheter un truc de si bon matin. Ce petit
mall est à la pointe de la déprime. La moitié des boutiques ont fermé depuis des lustres et personne n’est assez fou pour s’attendre à une reprise, et l’autre moitié ne croule pas sous la clientèle, ce qui se comprend vu la qualité des produits. Mais on peut y trouver des piles de montre alors ne crachons pas sur le beau carrelage seventies.

Je m’engouffre derrière la sportive et je remarque que l’éclairage est au minimum et qu'absolument tout est fermé. Mais je croise plusieurs femmes et j’entends des cris, c’est très bizarre. Je mets quelques secondes à réaliser que l’étage où je suis sert de piste d’entraînement à une armée de mères à poussettes qui courent en rond tout autour du puit central, encouragées par le sosie de Barbie qui hurle des « Great job girls, yahou ! » en poussant Skipper dans une poussette sport rose.
J’ai quand même fait le tour de l’étage pour m’assurer que la bijouterie était bien fermée, en manteau, béret et limite mes après-ski, doublée par ces joggeuses en shorts aux enfants ballottés mais stoïques car endormis ou la bouche pleine, et répondant aux cris enthousiastes de leur meneuse par des « yeah, youhou » suraigus.

Fiston me jetait des regards en coin en rigolant : pour lui dès qu’il y a du monde et du bruit, c’est le meilleur moment de sa vie. Moi je le cachais bien mais à l’intérieur j’étais pliée de rire, yahou.
C’est à partir de ce moment que les choses ont commencé à se gâter et je ne sais pas si je dois y voir un rapport, une malédiction des Dieux du stade courroucés par mon hilarité ?

Arrivée à la maison, je me rends compte que le double de la clé ne fonctionne pas, rien à faire. Réjouissons-nous, je n’ai pas cassé la serrure en forçant comme une brutasse.
Après le déjeuner de fiston, je me rue donc à nouveau au magasin de bricolage, en espérant avoir ma clé avant l’arrivée de la nounou. C’est que ce serait dommage de rester bloquée à la maison, ce n’est pas trop le but de la manœuvre. Le gars observe sa copie, en refait une autre en me disant qu’à son avis ça ne changera pas grand-chose. Ne me demandez pas pourquoi une clé toute simple et qui fonctionne impeccablement ne peut pas être dupliquée, il doit y avoir une raison que la raison ignore.

J’enchaîne, direction la bijouterie. La vendeuse change la pile, referme la montre en oubliant une pièce, rouvre, a du mal à refermer, s’énerve un peu et finit par me tendre ce qui s’avère être une montre cassée. Je reste calme – il va falloir que je pique un sprint pour arriver avant la nounou – et je lui explique qu’elle a pété ma montre, qu’il va donc falloir qu’elle la répare. Elle fait l’étonnée « Ah bon, elle est cassée ? », mais accepte de la montrer au bijoutier quand il reviendra, c’est trop gentil.
La nounou arrive, je lui explique que ce n’est pas que je n’ai pas confiance mais il va falloir attendre pour la clé, et pour me rattraper, je lui tends le contrat qu’on a fini par remplir. Oh ben c’était pas la peine parce qu’elle a trouvé quelque chose à temps complet et donc, elle fait ses deux aprèm cette semaine et basta. La semaine prochaine je suis seule avec fiston pour 8 jours, avec 0 nounou donc.
Je me couche déprimée, l’impression que tout part de travers et Justin me rappelle que ça peut toujours être pire, toujours, loi de Murphy oblige.
La confirmation ne s'est pas faite attendre. Le lendemain matin, courses avec fiston au Safeway du coin. Au moment de sortir du parking, plein de gens qui marchent partout sans regarder, moi qui fais attention à ne tuer personne et bam, le poteau. Aile éraflée, portière idem,
ratio heures de conduite/accidents qui en reprend un petit coup pour la route et moral en chute libre. Et signe qui ne trompe pas, indice absolu de la poisse intégrale : mon pain d’épices est resté collé au moule.
Alors je prends tout : prêtre vaudou pour désenvoûtement, exorciste ou chaman cherokee, il me faut quelqu’un de toute urgence, même d’occase.



jeudi, mars 20

Souriez, vous êtes matés

J’ai déjà eu l’occasion de vous signaler comme parfois la vie d’une mère de famille peut virer au casse-tête.

Ellen « Treffly » Coyne en a fait les frais, le 8 décembre dernier, lorsque lui est venue l’idée d’emmener ses 3 enfants et la fille d’un voisin au Wal-Mart du coin, pour que les filles puissent donner les sous qu’elles avaient récoltés pour aider les sans-abri.

« Treffly », qui a un petit nom à coucher dehors soit dit en passant, s’est garée à moins de 10 mètres de l’endroit de la quête. Il caillait et, en plus, il bruinait, sa petite dernière de deux ans dormait dans le siège auto, et ses deux autres filles et la voisine n’avaient besoin que de quelques minutes pour déposer leurs sous, sourire à l’objectif de « Treffly » décidée à immortaliser ce joli conte de Noël, et hop, emballé c’est pesé. Pas besoin de transformer un saut de puce en véritable expédition, bébé hurleur en prime.

Ce qui fut dit fut fait, sauf qu’en revenant vers son véhicule, «Treffly » s’est fait arrêter, menottes, hurlements de policiers et tout le tralala parce qu’elle avait mis la vie de sa fille en danger en la laissant dans une voiture tiède, portes verrouillées et alarme activée pendant cinq minutes à tout casser, tout en étant à moins de dix mètres et n’ayant jamais perdu le véhicule des yeux… au lieu de la réveiller et de la prendre avec elle sous le crachin.

On aurait presque envie de sourire devant tant d’énormité, mais sachez qu’elle risquait tout de même 1 an de prison et jusqu’à 2500$ d’amende.

Tout est bien qui finit bien puisque les charges ont été abandonnées la semaine dernière.

Il faut dire que la « Treffly » a été aidée par le fait que les flics ont tout bonnement oublié de récupérer ses deux filles (8 et 9 ans), qu’ils avaient mises à l’intérieur du Wal-Mart le temps que « Treffly » soit emmenée au poste, et qu’elles y ont donc passé de longues heures, livrées à elles-mêmes, et qu’elles avaient trop peur des policiers pour demander de l’aide. Difficile après ça de venir témoigner en accusant cette femme de ne pas surveiller suffisamment ses enfants.

Comme cette affaire a fait beaucoup de bruit ces derniers jours, je l’avais à l’esprit hier, quand rentrant de la « Y », sous une pluie battante, je me suis dit que c’était le moment idéal pour m’arrêter récupérer un costume de Justin chez le teinturier. Je m’approche et je vois une place de parking pile face à la porte de la boutique. Il tombait des trombes d’eau, j’avais payé la veille et la patronne se souvient toujours de mon nom, donc je savais que j’allais en avoir pour moins d’une minute. J’ai décidé de faire ma « Treffly » et j’ai laissé fiston au sec. Je suis entrée dans la boutique, récupéré le costume que la patronne était déjà en train de me tendre, et je suis ressortie. Chrono, 30 secondes, bonjour-au revoir inclus. Et bien croyez-le ou non, la conductrice de la voiture d’à-côté était au volant et attendait que je revienne, montre en main et, j’imagine, prête à composer le numéro des flics. J’ai eu droit à un regard scandalisé et presque haineux.

Je dirais deux mots : au secours.


samedi, mars 8

Au voleur !

J’étais en train de vous concocter un petit texte sur un sujet qui me trottait dans la tête depuis un bon moment. Je prenais mon temps, je peaufinais parce que je voulais que ce soit drôle, pas trop cliché mais quand même chouette à lire enfin, vous voyez quoi. Et puis ce n’est pas comme si je n’avais rien d’autre à faire non plus – ça c’est pour ceux qui seraient tentés de me dire « mais alors, ton blog se meurt, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? » Je passe, entre autre, un temps infini à relever un fiston qui se laisse tomber sur son derrière rembourré et tient pour acquis le fait que je vais le relever et le remettre en bonne position pour gesticuler un peu avant de se laisser retomber. En ce moment je fais tire-fesse.

Mais ça n’empêche pas de cogiter. Alors j’ai profité de mes séances de natation pour chercher des idées et prendre des notes mentales – trois longueurs à me répéter la même phrase comme si c’était un joyau de la langue française, puis deux longueurs à tenter de m’en souvenir, suivies par au moins quatre longueurs à constater le déclin de ma mémoire, à repenser à un reportage sur les coraux au cours duquel on voyait des plongeurs qui dessinaient sur des tablettes amphibies et à me dire que j’ai trouvé la solution et qu’il ne me reste plus qu’à nager avec une de ces tablettes pour sauvegarder mes traits de génie, pour ensuite constater avec dépit que j’en suis arrivée par je ne sais quel chemin mental, à me dire que fatalement, gênée par la tablette, je finirais par nager aussi vite que ma voisine de ligne qui est assez lente et fait de grands mouvements de bras qui donnent l’impression qu’elle est sur le point de se noyer alors qu’en fait elle nage, et que nager à sa vitesse ça ne rentabilise pas trop l’effort de s’être mise en maillot et tout le toutim, d’autant que le maître-nageur finirait par me faire dégager de ma ligne qui a un panneau qui dit « fast », donc j’accélère pour ne pas me faire virer, même si la piscine est aux trois-quarts vide, et pour finir je me demande comment j’en suis venue à m’intéresser au règlement intérieur de la piscine et au fait que les surveillants ont tous l’air d’avoir largement dépassé l’âge de la retraite et qu’en cas de noyade j’ai des doutes sur les taux de sauvetage.

Mes phrases, si joliment construites, à l’équilibre parfait et à l’humour croustillant sous la dent sont tombées au fond de la piscine, où elles tiennent dorénavant compagnie au petit pull marine d’Isabelle Adjani, maigre consolation s’il en est.

J’allais mettre les bouchées doubles pour boucler ce post quand, paf, Justin m’appelle dans le bureau et me montre un article du Monde à l’écran.
Comment est-ce que c’est possible qu’un journal français fasse un article sur le même sujet que moi, pile poil, alors qu’il ne s’approche ni de près, ni de loin, à quoi que ce soit qui puisse ressembler à de l’actualité ? Hein, je vous le demande : la « mère hélicoptère », c’était mon idée, pourquoi me la piquer ?

Je suis restée la bouche ouverte de stupéfaction, à me demander qui avait bien pu me balancer.

Et puis tout de suite après je me suis demandée si y’avait moyen d’attaquer pour plagiat, mais là je crois que ça va être duraille, surtout que je n’ai pas encore fini d’écrire.

Alors, qui m’a vendue au Monde ? Qui est en mal d’inspiration au point d’installer des mouchards dans les ordis d’honnêtes bloggeurs, si ce n’est pas malheureux de voir ça ?

Du coup, pour mon texte, il va falloir attendre parce que le sujet étant devenu chaud-bouillant, j’ai peur de déclencher un phénomène, un truc incontrôlable où je me retrouverais bombardée spécialiste et où je serais obligée de fournir des explications, des analyses et des conclusions, voire des conseils.

Donc, je tourne le dos à cet avenir de gloire, de respectabilité scientifique et de petits-fours au pâté et je retourne à mon obscur labeur de tire-fesse.


jeudi, février 28

Le casse du siècle

Comme cela a été précisé dans un épisode précédent, Raymond, l’écureuil acrobate, a fait l’école du cirque, option trapèze.

Ce petit truc en plus lui a permis, dans un premier temps, d’atteindre à l’aise la mangeoire disposée dans un arbre pour les oiseaux suralimentés du quartier.

On a essayé de le contrer, mais Raymond a survolé l’épreuve du câble faisant pendre les graines à cinquante centimètres de toute branche et comme, en plus, ce morfal n’en laissait pas une miette, ça a commencé à nous agacer.

Chesapeake a été envoyé, non pas pour lui faire le coup du boulotteur boulotté, mais pour lancer un signal stratégique fort, un message subliminal et angoissant : « Attention, chat de la maison rode, grand danger, urgence à trouver un autre resto ». Mais ce benêt de Chesapeake, autant il n’est pas contre l’idée de rendre service de temps en temps, autant là, non.

Evitez de le répéter à n’importe qui, mais notre chat a peur de Raymond. Est-ce de s’être retrouvé bloqué dans un arbre après l’avoir pourchassé juste après notre arrivée ici ? Le mystère reste entier. Si Chesapeake sort prendre le frais dans le jardin et aperçoit l’écureuil, il se fige, limite il arrête de respirer pour faire moins de bruit. Le temps de s’assurer qu’il n’a pas été repéré et il se précipite vers l’issue de secours la plus proche. Après ça, l’ego de notre félin est comme piétiné par une horde de mouettes ricanantes, il lui faut de longues heures de sommeil, si possible au soleil ou, au pire, près d’un radiateur, pour rassembler un semblant de dignité et être en état d'affronter nos sarcasmes.

Ne pouvant donc compter que sur lui-même, Justin a rallongé le câble, et repoussé la mangeoire encore plus loin de toutes branches latérales.

Raymond a rappliqué sans attendre, a examiné la situation, a essayé à peu près tous les accès et a dégringolé de sa branche un bon paquet de fois avant de s’avouer vaincu. Il ne lui restait plus qu’à manger les graines tombées au sol, honte absolue, sort de quadrupède quand lui se croyait voltigeur.

Je pensais que l’affaire en resterait là, mais j’avais mal jugé le psychopathe qui nous tient lieu d’écureuil attitré.


Raymond était amer, la défaite en travers du gosier.

Raymond a fait des centaines de schémas, des dizaines de simulations.

Raymond est revenu de nuit, pour s’entraîner en douce.

Ça a pris le temps que ça a pris, mais Raymond tient sa vengeance.

















samedi, février 23

Darla dirla dada

Pour passer des vacances autres que chez moi ou chez des gens assez aimables pour m’accueillir, je connaissais :

- le camping avec de l’eau chaude dans la douche si et seulement si tu as pensé à prendre une pile de pièces sinon ça va être du rapide. Je n’ai survécu à cette semaine-là que grâce aux Anglais de la tente d’à côté, ceux qui faisaient le tour des plages françaises à vélo et qui refilaient du jambon en boîte pas très bon mais qui tombait bien quand même parce qu’avec ma pineco, soi-disant pro du camping, on n’avait pas pensé au réchaud.

- l’hôtel de 3 527 chambres en Espagne. Une piscine taillée dans un timbre poste et un barman qui croyait que je lui demandais de la drogue à chaque fois que j’avais le malheur de vouloir un chocolat frappé – soi-disant que chocolate ça voudrait dire autre chose. Au bout du cinquième clin d’œil lourdingue suivi de ricanements, je suis passé au jus d’orange. C’est dans cet hôtel que j’ai appris les rudiments de la valse avec des vieux nostalgiques qui répétaient que du temps de Franco c’était quand même autre chose.

- l’appart loué entre potes à la Grande Motte. Là c’est simple, tout est immonde, c’est le Tchernobyl de l’esthétisme. Du carrelage de la micro-kitchenette – qui ne doit son nom qu’à l’évier sous-dimensionné coincé derrière la porte d’entrée, jusqu’au bord de mer – où tu n’es bien que dans l’eau, dos à la plage : dès que tu te retournes face aux immeubles les plus moches de l’Univers, tu pleures. Mais on s’est bien marré quand même parce qu’on était jeunes et qu’on n’avait pas de quoi se payer un truc mieux dans un endroit un peu beau, et puis en plus on s’en foutait pas mal.

Il manquait à cette liste non-exhaustive des vacances les plus intéressantes que vous n’ayez jamais connues, le séjour en resort.
C’est tout un concept le resort, entre l’hôtel et le club de vacances, mais avec quelque chose en plus, le resort spirit j’appellerais ça si on me demandait ce que j’en pense.

En principe, le resort est grand, c’est un peu à ça qu’on le reconnaît. Celui que nous avons découvert, à Puerto Rico, a 600 chambres, pour vous donner une idée des proportions. Quand on est Directeur de resort, on veut que les gens restent sur place car dès qu’un touriste décide d’aller visiter par lui-même, c’est un peu comme si vous fraisiez une dent sans anesthésie au Directeur, ça lui fait mal. Pourquoi ? Mais parce que les sous que ce touriste aventureux va dépenser tout au long de sa journée n’iront pas dans ses caisses, horreur, malheur.

Donc, le Directeur s’est donné un mal de chien pour que vous ne quittiez pas son domaine. Et comme vous êtes censé vous y détendre en oubliant que votre banquier vous harcèle et que vous êtes au bord du gouffre, le resort est un monde parallèle, on ne parle pas d’argent parce que c’est vulgaire et on part du principe que vous en avez, des tas, sinon vous seriez au camping qui n’a pas d’eau chaude. Donc, lâchez-vous, tout est en « room charge », on donne son numéro de chambre, on signe un papier minuscule, et c’est tout. Lâchez-vous on vous dit.

Pour votre convenance vous trouverez, entre autres :
- huit restaurants, plus ou moins spécialisés et plus ou moins habillés. Quand on a jeté un coup d’œil aux prix affichés sur les menus, on se dit que la diète a du bon.

- une bakerie, où vous boirez le plus mauvais expresso de la côte est de Puerto Rico, on n’a pas essayé la côte ouest donc on ne peut pas s’avancer mais la barre est haute.

- deux bars intérieurs et un bar extérieur qui ouvrent dès l’aube parce qu’il y en a qui prennent les vacances très au sérieux.

- un casino, si jamais vous étiez en manque.

- un jardin avec promenade le long de la plage, option fendage de crâne par noix de coco.

- un golf, option éclatage de boîte crânienne par balle perdue.

- deux piscines, une pour les familles et une réservée aux adultes. Non, on n’est pas autorisés à s’y baigner tout nu, ce n’est pas du tout resort spirit ça.

- un spa. Pendant une des crises d’angoisse des bichons maltais d’à côté, j’ai pris le temps de lire l’annuaire des services offerts et c’est Byzance. J’étais assez tentée par l’« harmonie océanique », me faire masser au soleil couchant sur la plage, avec le bruit des vagues et le ronron des moustiques en fond sonore, mais le tarif du dixième de seconde était un chouïa au-dessus de mon budget global.

- un club qui s’occupe des enfants, pas de bol, c’était à partir de 4 ans. On a bien essayé d’y inscrire fiston, l’air de rien, mais la gentille animatrice soutient qu’à 4 ans un enfant ça marche. Le resort cultive le sens du détail.

- des animations journalières, bingo en tête, ce qui vous donne une idée de la moyenne d’âge des occupants des serviettes de la piscine adulte.

- un parking au tarif parisien, censé vous décourager de louer une voiture pour aller voir ailleurs et y manger à prix normal, horreur, malheur.



jeudi, février 21

Capri, c'est fini

Nous voilà rentrés depuis plusieurs jours alors autant s’y faire, c’est la fin des cocotiers.

« Alors, c’était comment ? » Des vacances au soleil, un hôtel au bord de la mer avec un jardin magnifique et deux piscines, une plage avec des chaises longues placées perpendiculairement à la mer, face au soleil, et des parasols qu’on ne se donne même pas la peine de déplacer, ça ferait de la peine au garçon de plage qui n’attend que ça. Si j’ai dépeint correctement le tableau, vous comprendrez que c’était pas mal.

« Vous vous êtes bien reposés ? » Ah…, parce que c’était ça le but ? Ben non alors. Pourquoi donc ? Voyons, soyons originaux, fiston a célébré la venue d’une nouvelle quenotte en sacrifiant le sommeil parental et en se faisant sourd à toutes nos menaces. A une situation déjà au top sont venus s’ajouter nos charmants voisins de chambre, indécrottables sentimentaux qui n’avaient pas pu se résoudre à laisser leurs deux bichons maltais à la maison tant ils les aiment. Mais pas au point de les emmener avec eux à la plage ou au restaurant – faut pas exagérer, l’amour des bêtes a ses limites – donc les gentils toutous ont hululé leur envie de sortir jusqu’à très tard dans la nuit, et puis l’après-midi aussi, juste à l’heure de la sieste. J’ai ainsi pu passer quelques heures de veille forcée à peaufiner des façons d’accommoder le bichon maltais qui me vaudraient bien une étoile au Michelin si j’avais réussi à me procurer la matière première mais le bichon est retors, il ne se jette pas spontanément par la fenêtre.

« L’hôtel était bien ? » Puisque vous me le demandez, je dirais que oui. Impossible de se douter qu’il y a six cent chambres, très bien agencé, magnifique jardin, oui ça je l’ai déjà dit mais il a beaucoup impressionné la tueuse de lierre et autres plantes réputées d’entretien facile que je suis. Je suis dure en affaires donc je ne donne pas le nom de ce beau resort parce qu’ils ont refusé de m’offrir des nuitées gratuites dans leur plus belle suite contre un peu de pub sur mon blog, leur sens du commerce laisse à désirer moi je dis.

« Le petit truc en plus de Puerto Rico ? » Ses cocktails, délicieux, et ses moustiques, gourmands. J’ai essayé de boire tellement de cocktails que mon sang en serait devenu toxique mais j’ai échoué.

lundi, février 11

Quittez pas

Qu’est-ce qui fait rêver quand il fait -10°c dans mon jardin comme ce matin ? Des vacances au soleil pardi.

Décollage demain matin, direction Puerto Rico pour une petite semaine de farniente avec Justin et le fiston.

Si vous êtes sages pendant mon absence, je vous raconterai. Et puis, tenez, je vous donnerai même des nouvelles de Raymond, le rongeur acrobate qui fait à nouveau des siennes depuis deux jours.

Peut-être aura-t-il monté un cirque avec ses copains devant nos fenêtres pendant notre absence ?

Chesapeake aura peut-être préparé un gâteau pour fêter notre retour et arrosé les plantes ?

Et peut-être même qu’à mon retour je découvrirai que le 500ème visiteur est venu me rendre visite, on n’est pas bien loin, il faut que je prépare le tapis rouge avant de partir.

Allez, à la semaine prochaine et n’oubliez pas d’éteindre la lumière en sortant.