lundi, septembre 7

Bac -15



Avec un fiston de bientôt deux ans et demi, moi aussi j'ai droit à ma première rentrée.


Attention, nous ne vivons pas au doux pays de l'éduc nat', il n'y a pas de système équivalent à celui des maternelles, l'école ne commence vraiment qu'à 6 ans et avant ce cap fatidique, c'est le règne du fais comme tu peux pour y comprendre kekchose.


Quand l'enfant atteint les deux ans, le choix s'élargit et il était temps : des garderies, des nounous en garde simple ou partagée, des nounous regroupées à deux ou trois dans des maisons privées, des "preschools" soi-disant plus orientées pédagogie que les simples garderies mais ça dépend où, difficile d'y voir clair.


J'ai fait comme tout le monde, j'ai demandé autour de moi, j'ai paniqué à l'annonce des tarifs, j'ai râlé devant certaines procédures d'admission – il faut quasiment présenter un book des œuvres réalisées par l'enfant ainsi qu'une vidéo mettant en valeur son potentiel… heu les incrustations de cheerios ramollis à la bave sur tissu d'ameublement, ça compte ?, j'ai regretté d'avoir pris mon temps en entendant parler d'années de liste d'attente, et j'ai fini par choisir une preschool près de chez nous, gérée par une église luthérienne, fini de rigoler.


A partir de la semaine prochaine, fiston va devoir affronter une scolarisation intensive, deux fois deux heures par semaine, et j'en connais une qui va speeder pour faire les courses, c'est moi qui vous le dis.


C'est jeudi dernier que les choses sérieuses ont commencé, avec réunion des parents pour faire connaissance avec l'école, l'instit et blabla, rafraîchissements not included.

Déjà, j'avais tout bien anticipé et placé le gros sac de fournitures à acheter dans le coffre.


Oui, parce qu'on n'a peut-être que deux ans, n'empêche qu'on a une liste de trucs à dégoter digne d'un khâgneux pensionnaire. Quand j'ai reçu le papelard, fin juin, je me suis dit que j'avais le temps et que je verrais ça en août. Puis, quand j'ai voulu relire la fameuse liste à Justin pour le faire halluciner et que j'ai bien failli ne jamais remettre la main dessus, je me suis vue, la seule à arriver les mains vides le jour de la pré-rentrée, honteuse et aussitôt élue mère indigne saison 2009-2010.


Du coup, je me suis mis la pression et le sac était au complet mi-juillet avec, entre autres choses fascinantes :

- du savon liquide pour les mains inodore – mine de rien j'ai fait deux magasins pour échapper à la senteur pomme, grande tendance de la rentrée;

- le paquet de 250 serviettes en papier – vendues en général par 200, et ne me demandez pas ce que fiston va bien pouvoir faire d'autant de serviettes, lui qui va cumuler quelque chose comme 64 jours de présence d'ci la fin de l'année;

- le gros paquet de lingettes et le rouleau maxi de sopalin – là c'est sûr, les luthériens se préoccupent de la fonte des banquises comme d'une guigne;

- le papier soie – l'école ne précisant pas le nombre de feuilles à fournir, grand a été mon désarroi au rayon papeterie parce que vous ne voulez pas être celle qui a acheté le paquet de 5 feuilles alors que tout le monde aura pris celui de 10, mais vous ne voulez pas non plus être celle qui se la pète avec son paquet de 50, oui je sais, j'ai une vie compliquée;

- le liquide vaisselle grand modèle – soit les activités pédagogiques à destination des 2 ans sont à vocation ménagère, soit j'en connais qui refont les stocks de leurs placards, bref, le compte était bon, j'avais tout et j'étais même à l'heure.


Dès mon arrivée dans le hall, mon gros sac à la main, j'ai flairé l'arnaque. Personne pour le réceptionner et cocher une petite case face à mon nom, personne pour identifier ledit sac, rien qu'une pile écroulée où j'ai vite repéré des mini paquets de lingettes même pas pour peaux sensibles et des papiers de soie vendus par 2.

Après avoir maugréé qu'on ne m'y reprendrait pas et récupéré mon "parent handbook", j'ai été dirigée vers la classe du fiston.


L'instit s'occupe de deux classes de huit enfants par semaine, et avait donc regroupé tous ses parents d'élève dans la même salle.

Le plus dur, à part s'asseoir – et rester - sur une chaise pour schtroumpfs, est de conserver un semblant de sérieux pendant les discours de présentation de la titulaire du poste et de son assistante quinqua à l'air béat. Pour vous la faire courte, le thème était "les enfants sont teeellement formidables", avec décorticage du menu des snacks et du déroulement des activités à venir – rondelles de bananes à grignoter pour illustrer la semaine thématique sur le cercle jaune par exemple et les parents ont respiré, soulagés de savoir leur progéniture en des mains si savantes.


Je sentais venir le tour de salle, avec présentation, mains moites et English qui fout le camp mais non, à la place on a eu droit aux questions des parents.

C'est mercredi prochain le vrai premier jour qui inquiète. Mais c'est normal rassure la prof, c'est pour ça que les enfants ne vont passer que 45 minutes dans la classe, en demi-groupe, pour qu'elle et la surdosée en prozac n'aient que deux enfants chacune à gérer, parfait pour leurs deux épaules.

Vent de panique dans les rangs parentaux, ça va si mal se passer que ça ? Mais soyons rassurés, des thermos de thé et café nous attendront dans le hall et nous pourrons y passer les 45 minutes, avec quelqu'un qui viendra très régulièrement nous informer du déroulement des opérations, un peu comme une famille attendrait des nouvelles de son greffé cerveau-cœur-poumons.

Tant qu'à faire, fallait mettre une glace sans tain à la place du tableau noir.


Allez, une nouvelle ère commence, fiston va apprendre à faire le chant du coq anglophone – "cock-a-doodle-doo" s'il vous plait, et ma vie sociale va sortir du néant dans lequel elle stagne depuis deux ans. La preuve, y'a déjà une mère d'élève qui m'a laissé un message pour réunir les 8 enfants de la classe, histoire qu'ils fassent connaissance et qu'enfants et parents soient moins stressés le D-day.


Peut-être que je m'illusionne complètement, mais j'ai un peu de mal à saisir l'enjeu de cette rentrée. Nos enfants vont passer deux fois deux heures dans la semaine à s'amuser avec des jouets qu'ils n'ont pas chez eux, sous la surveillance d'adultes dont c'est le métier et qui parlent hyper doucement sans jamais s'énerver, et peut-être même qu'au passage ils vont apprendre un truc utile ou deux, genre la propreté – OK, là je m'illusionne -, où est le stress ?


Allez, je dis ça, je me la boucle et je vais m'avaler un prozac avec mon mimosa.




10 commentaires:

gaellou a dit…

Tu plaisantes ou quoi ? C'est achement important le choix de la preschool pour leurs futurs etudes ! ;)

Tiphaine a dit…

euh, sans rire, c'est vraiment comme ça aux states ??? pffff....et moi qui me faisait du souci....c'est de la rigolade par ici !!!

L. M. a dit…

Moi je ne sais pas comment ça se passe, mais toujours est-il qu'une petite américaine (de père français mais pas du tout du tout bilingue) a été larguée dans mon établissement, à la rentrée, (classe de 6e) et ses cahiers, son écriture et sa logique sont bluffant, époustouflant, rapport aux pattes de mouches des petits français qui ne savent pas s'il faut ouvrir le cahier pour écrire, si on ne le leur dit pas.. Tu nous raconteras par quel miracle pédagogique on arrive à un tel résultat? Sinon, il faudra que je fasse un stage..

Caroline a dit…

Et t'as pas encore vu la "graduation party" en fin d'année, avec petit chapô sur la tête!
Bonne rentrée à ton bonhomme!

Anonyme a dit…

Bienvenue à l'école pour fiston, l'école, ce truc dont on sait (approximativement) comment ça commence mais pas comment (ni quand) ça finit.Le stress? Peut y en avoir...ou pas.Mais si fiston te regarde partir le premier jour en hurlant de chagrin, le visage trempé de larmes incoercibles, la bouche tordue d'une douleur insondable, le souffle court, hoquetant à la limite de l'étouffement, comme si tu étais l'héroïne du "choix de sophie" et que ce n'était pas lui que tu avais choisi, je te fiche mon billet que tu vas savoir illico ce que stress de rentrée veut dire. Donc, ok pour le prozac. En revanche, pourquoi du mimosa ? Ca se mange ? Ca fait passer le goût du prozac ? A l'occasion, éclaire-moi !
M53

Yibus a dit…

Sinon, il y avait aussi l'option lycée français, maternelle petite section... qui aurait fourni un billet bien moins drôle...

Marie a dit…

Gaellou, t'as raison mais d'ici là, retour dans le giron de l'educ nat'.

Tiphaine, heu, on va dire que ça a été comme ça pour moi, pas très prévoyante comme tu peux remarquer.

L.M., peut-être était-elle home-schooled, ou chez Montessori ?

Caroline, non??? Tu crois qu'il va y avoir une graduation party ? Hou, je me marre déjà.

M53, pour les sanglots et le reste, réponse dans moins d'une demi-heure. Pour le mimosa, non, je ne m'enfonce pas une branche dans la narine pour faire joli, ce n'est plus de saison... je veux parler du coquetel incontournable des brunchs, champagne-jus d'orange, ou comment gâcher un bon jus de fruit et planquer un mauvais champ', ou l'inverse.

Yibus, fais pas ton modeste, je suis sûre qu'il y a beaucoup à dire sur la rentrée Rochembesque.

Nine a dit…

Alors, comment s'est passé cette "rentrée"?
La preschool la plus proche de chez moi (critère de choix au moins aussi important que le nombre de ses "étudiants" ayant intégré une université de l'Ivy league à mes yeux de feignasse) n'accepte les enfants qu'à partir de 3 ans, j'ai donc un an pour me préparer psychologiquement. A la lecture de ton témoignange (hilarant comme d'hab), je me demande si ça sera assez? Par contre, je vais demander la liste de fournitures dès maintenant...
Juste pour info, la preschool qui m'intéresse est aussi luthérienne (et moi non). Ils sont prosélytes ou pas par chez toi? Bon Mimosac!

Yibus a dit…

Pas mal oui, mais j'ai mon devoir de réserve, tu me comprends bien.

tchouckinette a dit…

Je te lis souvent sans laisser de commentaires ... mais là j'ai bien lu ... et oui oui tu ne couperas pas à la graduation party ...
Vécu pour vous dans ma High school lorsque les petits bénévoles viennent passer une semaine pour montrer aux grandes filles comment se passe un kindergarden :o