samedi, novembre 29

La tache


Je peux dater avec exactitude le moment où mon appareil photo a cessé d'être l'incarnation de la perfection technique à mes yeux, pour commencer à me gratouiller les nerfs dans le mauvais sens du poil.
Nous étions sur un bateau, en vacances chez des amis aux Seychelles, et le cul bien bordé de nouilles si vous voulez mon avis.

Aparté : si vous ne résidez pas à proximité d'une mer un peu chaude, d'une montagne un peu jolie, d'un village un peu médiéval ou d'une campagne un peu attrayante, pas la peine de poser candidature, vous ne serez pas mon ami, ou alors je ne viendrai jamais vous voir.
J'arrête tout de suite ceux qui s'apprêtent à me laisser des messages sur le thème… alors comme ça je ne suis pas assez bien pour toi, parce que Madame pense qu'on crève tous d'envie de le voir son Maryland ? tu sais ce qu'elle te dit ma ville moche de 58 329 habitants ?
Déménagez ou taisez-vous, merci.

Le ciel était limpide, la mer transparente et l'alternance de bancs de sable et de corail nous offrait toutes les teintes de bleus et de vert imaginables. En somme c'était beau. Je me suis alors dit que ça valait bien la 359ème photo du jour, et j'ai collé mon œil à l'oeilleton.
Le paysage est apparu, mais avec un petit quelque chose en plus, le genre de détail qui énerve et qui flingue tout, une horrible tache de poussière en haut à droite, bientôt rejointe par une plus petite, en plein milieu parce que c'est plus pratique pour gâcher tous les clichés.
Je suis restée calme, descendue dans ma cabine pour nettoyer tout ce petit monde, boîtier et objectif, soyons fou. Les taches continuaient à me narguer et il me semblait même en voir une troisième.
Je restai zen, no panic, genre photographe de guerre qui en a vu d'autres et qui ne s'en laisse pas compter, re-nettoyage de printemps, re-tache.
Là, j'ai eu une pensée jalouse envers les photographes de Roland Garros qui déposent leurs appareils au stand et vont boire un café avant de récupérer leur matos aspiré du sol au plafond.
Après un cinquième nettoyage, et une aggravation de la situation, je me suis dit qu'il était temps d'arrêter et que ce devait être l'humidité, malgré les nombreux sachets absorbants qui tapissaient mon sac. Pour être honnête, je me le suis dit après ce cinquième nettoyage, mais aussi après avoir envisagé la soulageante possibilité de prendre le boîtier et de le fracasser contre le mur, quitte à faire un trou dans la coque.

J'ai passé le reste des vacances à pourrir des photos, et à râler parce que des fois, on a beau savoir qu'il y a toujours Photoshop pour se récupérer derrière, c'est quand même déprimant.
Si je vous dis que les Seychelles c'était en février 2006, vous comprendrez – parce que je vous idéalise complètement et que je vous imagine fort en calcul mental – que jusqu'à hier matin ça fait un nombre hallucinant de photos pourries par des taches en tous genres, le phénomène ayant eu plutôt tendance à s'aggraver avec le temps et les changements d'objectifs. Allez, je dirais au bas mot 3 ou 4 milliers de clichés.
Et, si j'ai bien le logiciel, et même un livre pour me dire comment m'en servir, Photoshop ne m'a pas encore été présenté en bonnes et dues formes, alors mes nerfs ont peu à peu lâché.
Donc, un matin d'énervement plus explosif, j'ai remis la bête les boyaux à l'air, j'ai trituré, dépoussiéré comme une maniaque, soufflé, humecté, astiqué, fait briller… pour retrouver mes jolies taches.
Allez hop, j'ai tout rangé, juré de ne plus jamais faire une photo dans ces conditions, déprimé… pour à nouveau embarquer mon tortionnaire en vadrouille.

Mes mots avaient dû être trop violents pour lui et mon désaveu sincère, il ne pouvait plus continuer dans ces conditions de récriminations incessantes et mon D70S s'est fait hara-kiri, miroir bloqué, message d'erreur, barré en congés sans solde et sans préavis.

J'ai fulminé, re-trituré les entrailles sans vie, en vain. En pleine parade de Thanksgiving, sommet de l'agitation culturelle de par chez moi, je me suis retrouvée seule, avec deux objectifs à présent orphelins sur les bras et un chagrin de matin de Noël, quand non seulement on n'a pas les bonnes piles pour faire fonctionner le jeu qu'on a reçu, mais qu'en plus c'est pas celui qu'on attendait.

Après une étude de marché poussée, réalisée grâce aux prospectus publicitaires, je me suis vite rendue compte qu'une réparation coûterait sans doute moins cher qu'un boîtier neuf. Direction E Street en ce matin de Black Friday, le jour de toutes les folies dépensières.

Verdict : boîtier réparable, c'est heureux.
Juste comme ça, un peu poussée par Justin, je lui parle de mes taches.
Il me demande si j'ai bien nettoyé le chip.
Ben oui, merci, ça va, je sais qu'il faut nettoyer mon appareil, je suis pas débile non plus.
Il me fait une petite démonstration, avec un genre de coton-tige géant, visiblement prévu pour ça.
En observant la tête carré de son engin, et en l'entendant dire que la forme est différente selon les appareils, je me dis qu'il serait bon de reposer une question, pour être sûre.
Mais, quand vous dites le chip, vous voulez dire le miroir ?
Ah non, le miroir on n'y touche pas. Non, c'est le chip qu'il faut nettoyer.

Vous savez où il est, le chip ?
… Montrez pour voir.

La lumière s'est faite mes amis. Je suis une photographe libérée, je sais où est mon chip, adieu taches et crises de nerfs (là c'est Justin qui est content).
Il se trouve que j'ai possiblement pété mon boîtier à trop y triturer, mais c'était pour l'édification de la nulle qui est en moi, celle qui veut faire de belles photos sans jamais avoir pris un cours de sa vie. No comment.


7 commentaires:

Anonyme a dit…

Trop drôle ton article (comme d'hab!). Je suis le niveau d'en dessous en photo. On a un beau réflex numérique parce que mon chéri lui il sait s'en servir mais moi je continue à faire des photo en mode auto: la tâche, c'est moi!
Juste au cas où, tu veux pas nous dire c'est quoi le chip? Allez, s'il te plaît?

Anonyme a dit…

C'est cool, maintenant que je suis au bord de la mer rouge, je fais de nouveau partie de tes amis!!!
Je suis curieux de savoir pourquoi il y a des chips dans ton appareil. C'est peut-être pour ça, les taches de ketchup sur tes photos.
Fais attention à ton appareil, la spécialité de Justin, c'est les chips au four!
Plus sérieusement, quand je te lis, je sais pourquoi je reste à l'argentique mécanique. Même sans pile je peux faire des photos ;-)
des bisous tous chauds de la mer rouge.
Vincent

Yibus a dit…

Face à l'adversité (un manuel d'au moins 100 pages) et vu mon désintérêt pour la chose, j'appuie sur le bouton de l'appareil photo numérique.
Et généralement, c'est le miracle, il y a une photo potable.

pour le reste, en effet, no comment.

Marie a dit…

Alors, Nine,parce que c'est toi, je m'en vais te révéler où se situe ce fameux chip, ça peut en effet te servir un jour.
Tu verrouilles ton miroir (en passant par le menu) et c'est là que tu peux accéder au chip, en l'air ou en arrrière, je ne visualises pas encore très bien. Tu ne peux pas te tromper, c'est rectangulaire et ce n'est pas le miroir... Suis-je claire (pas bien sûre) ?
Vincent : les piles, la cellule et gnagnagna, oui mais moi je peux faire 264 photos à la suite si je veux, sans que ça me coûte les zeuilles de la tête, alors bon... Et pssiit, tu me montreras comment c'est beau la Mer Rouge dis ?
Yibus : t'as bien de la chance si la photo est belle sans effort, chez moi c'est plus tortueux. C'est quoi ton appareil magique (ou c'est le talent pitêtre) ?

Anonyme a dit…

Merci, j'ai tout noté mais je confie la tâche (ah ah) du nettoyage à mon cher et tendre.
1) Je me tape déjà toute la maison :-)
2) Il flippe déjà quand je change l'objectif alors me laisser nettoyer, sans doute pas avant longtemps.
Je sens quand même que je vais gagner un max de point avec cette astuce qu'il ne doit pas connaître (où qu'il sera tout épaté de me voir connaître).
Vivement les photos de la mer Rouge!

Yibus a dit…

j'ai un tout petit Panasonic Lumix X30 (pour les photos du blog) et madame a un Canon Powershot S5 IS, sans doute un appareil moins performant que celui que tu as...
L'avantage, c'est qu'il a un objectif intégré 38-404mm... Et que les photos sont naturellement lumineuses (sans des masses de talent).

Anonyme a dit…

Tu as raison pour les 264 photos à la suite mais pour l'instant ça me couterait les yeux de la tête pour avoir l'équivalent de mon argentique en numérique.
Et après il faut lire trois cents pages pour apprendre à se servir de la bête et surtout pour qu'elle accepte de faire des photos comme je veux. Je déteste ces appareilles qui refuse de faire des photos parce que la lumière ou je ne sais quoi ne lui convienent pas.
Mais avec le temps et la vue qui baisse peut-être que la mise au point automatique me tentera!
Pour l'instant, j'ai surtout des photos du chantier au bord de la mer rouge mais les grues sont belles!
Vincent