J’ai été taguée, oh yeah, c’est la gloire. Comme je me battais un peu le clavier à hésiter entre vous parler de la neige qui me sort par les nasaux tellement y’en a partout et qu’on ne peut plus aller nulle part, ou attirer votre attention sur l’éveil de fiston à la propreté – billet qui se serait résumé à « On y a cru, ben on n’aurait pas dû », je saute sur l’occasion offerte par Yibus d’avoir quelque chose à dire.
Comme je ne veux me brouiller avec personne, laissez-moi rendre à Ariana ce qui revient à Ariana, la toute première à m’avoir taguée sur les livres de ma bibliothèque, tag à forte teneur en matière grise, avec plein de lettres dedans. Comment dire ? La photo est prise, l’inventaire des livres a été vite fait vu que deux Billy – On dit Billies du coup ?, même accolées ça na fait jamais que 2 fois 22 centimètres sur 1 mètre et des broutilles… mais je me suis perdue en chemin. Peut-être le cerveau qui m’a fait défaut. Mais sache, Ariana, que ton tag hante ma boîte crânienne et demande à être libéré. Un jour bientôt.
En attendant, je rends ma copie. Le principe de ce tag est de raconter 8 trucs sur sa vie et de vous laisser deviner les 2 qui ne sont pas vrais. Donc, a priori, dans ce qui va suivre, il y a 6 vérités inédites et incroyables sur ma vie-mon œuvre.
1- Un jour, j’ai vidé un verre de coca à la tronche de mon ancienne prof de math du lycée.
2- Enfant, ma chambre donnait sur une cour de récréation. Un après-midi, parce que je me barbais et parce que l’idée me semblait génialissime, j’ai taillé tous mes crayons jusqu’au trognon, ensuite j’ai fait la même chose avec mes pastels, jusqu’à avoir une belle quantité de guirlandes de résidus. J’ai alors tout largué petit à petit dans la cour, en admirant mon œuvre, c’était très joli.
3- J’ai raccroché au nez de la valise RTL pendant des vacances chez ma grand-mère, alors qu’elle connaissait toujours le montant exact. Et je ne lui ai jamais dit.
4- Ado, je me suis prise d’affection pour une chauve-souris qui vivait derrière un radiateur. Oh, ça va, je vous entends déjà « Yack, c’est dégueu, fallait la mettre à la poubelle, t’es crade. » Eh bien, sachez, que non seulement on est devenues amies, mais qu’en plus je lui caressais le dos pendant son sommeil diurne, et que c’est très doux le poil de chauve-souris.
5- J’ai toujours trouvé que le fromage blanc sucré servi dans les cantines sentait le vomi, quelle que soit la cantine. Et je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui soit d’accord avec moi.
6- J’ai passé un an dans le même collège qu’Elsa, la chanteuse, et j’ai rajouté « Super » devant le « Bouffonne » qui lui était destiné sur une table de la salle de dessin.
7- Petite, je n’ai jamais voulu être vétérinaire et j’adorais manger du cheval.
8- Je fais partie du triumvirat qui a créé le CDD, le Club des Dracula Détectives, en 1980.
9- (Je fais ce que je veux) Justin vient de lire ce qui précède et il s’est planté. Ça y est, j’ai la preuve formelle qu’il n’écoute pas quand je lui parle.
9(bis) – Il vient de retenter, et il s’est replanté.
Hier, effervescence maximum devant la classe de fiston.
Ma mère de famille préférée, Madame corbeille de Noël, s’extasiait devant une feuille punaisée sur le panneau d’affichage. Pour faire comme tout le monde, je m’approche et que vois-je, qu’y lis-je ? La classe organise une Valentine’s Day Party pour fêter, je vous le donne en mille, la Saint-Valentin.
Quoi quoi quoi ? Mon fiston, dont le cœur ne bat que pour mouâ, sa mère adorée, la plou belle, celle qui sent le meilleur et qui fait les gâteaux les plus bons de la galaxie, OK celle qui crie le plus fort aussi et qui n’a aucun humour passé minuit, celle qui n’aime pas qu’on fasse exprès de pulvériser des matières qui tachent, collent ou chlingent sur les tapis ou dans ses cheveux, enfin bref, fiston qui n’aime que mouâ est prié d’apporter 7 cartes pour envoyer plein de love à ses compagnons de cellule.
Quoi quoi quoi ? Déjà que je suis responsable de l’expropriation d’un nombre indécent de ouistitis – oui, les tous petits qui sont en voie d’extinction en partie par ma faute, tout ça parce que j’avais besoin de huit mille rouleaux de sopalin et autres mouchoirs en papier à fournir en début d’année scolaire et qu’il a bien fallu trouver la cellulose quelque part, maintenant il faudrait que je persiste et signe en allant déraciner un demi-hectare de forêt brésilienne pour pouvoir offrir 7 cartes rose avec cœucœur et angelot gnangnan ?
Et pour qu’ils se disent quoi, d’abord ? Une bonne âme se doit de rappeler à toutes ces instits et mères de famille rendues un tantinet hystériques par l’approche d’une Holiday, que nos enfants ne savent pas lire et qu’en tout cas le mien se rappelle à peine les prénoms des garçons de sa classe alors WTF ? (non, je préfère ne pas traduire et laisser QL à vos imaginations folâtres).
Justin me suggère de fabriquer ces 7 cartes, en pliant des feuilles de papiers colorées que fiston thésaurise puisqu’il ne dessine jamais – la faute à qui, on se le demande. J’ai comme un doute, vu l’étendu rikiki de mes aptitudes pour tout ce qui relève de ce que j’appellerais la sphère Martha Stewart, en gros je suis l’anti-lectrice de Marie-Claire Idées, je sais déjà à peine découper en ligne droite.
Donc, soit j’explique à l’instit que « Les ouistitis, la forêt, fête commerciale toute pourrie, j’aime pas l’amour et le rose me file la migraine », soit je me la boucle et j’achète des cartes moches pour faire comme tout le monde. Autre option, je farfouille le web mondial, j’imprime des cartes un peu jolies sur du papier qui serait recyclé et qui ne ferait pas de bourrage dans mon imprimante jet d'encre hyper moderne qui a connu l'ère Mitterrand, et après je demande à quelqu’un de latéralisé et ayant des acquis supérieurs à la deuxième année de maternelle de me les découper. Ça doit pouvoir se faire.
Sur la petite affichette rose du couloir, il y avait également un tableau, pour que les parents se répartissent les trucs à apporter. Madame corbeille de Noël a été toute désolée de voir un nom déjà inscrit dans la rubrique « Snacks », devancée dans son domaine de prédilection par une pourvoyeuse de Jellos, que l’on remercie d’ailleurs de fournir la dose annuelle de colorants et conservateurs recommandée par l’OMS en une fois, comme ça c’est fait, on est débarrassés.
Mais, qu’à cela ne tienne, Madame corbeille ne s’est pas laissée démonter et s’est rajoutée. Quand l’instit lui a signalé son erreur, Madame la candidate très motivée pour le titre du Cuttiest Pink Cupcake Feb ‘10, a expliqué qu’une fête de Saint Valentin sans petits gâteaux dégoulinants de nappage au sucre fluo, ce n’est plus une fête de Saint Valentin. L’instit devait s’y attendre puisqu’elle lui avait fait le même coup avec les gâteaux de Noël.
J’ai choisi une rubrique fastoche, « Jus de fruit en briquettes ».
Mon challenge va être de m’en souvenir puisque je n’ai toujours pas acheté de calendrier – le choix devenant cornélien entre Hannah Montana et Bob l’éponge, et que j’attends que le ravisseur de mon agenda fasse une demande de rançon pour pouvoir le retrouver avec toute l’émotion qui s’impose.
En attendant, tout est dans ma tête. Tout. Rendez-vous médicaux, dîners, échéances diverses, dates de vacances familiales et séjours des copains, déplacements de Justin, prénoms des enfants et, n'étant pas immunisée contre Alzheimer, si vous devez venir chez nous, parlez-nous-en la veille, c’est mieux.
Oui, ce titre est magnifique, je n'ai pas pu résister.
Il s'est invité dans mon cerveau complètement à la masse la nuit dernière, 4h09 s'affichait et je m'étais dit juste avant "Tiens, je crois que je vais avoir du mal à me rendormir", alors que je venais de me recoucher après être allée rassurer fiston qui hurlait dans sa chambre et qui, quand je me suis approchée de son lit en pensant dire des choses rassurantes, "Chut, Maman est là, tout va bien", s'est mis à pleurer en disant "Fessée, fessée, féssééééée nooon", ce qui est d'autant plus boullifiant quand ledit fiston n'en a encore jamais vraiment reçue mais que, je passe aux aveux, étant seule pour cause de déplacement marital, la soirée d'hier s'était finie de manière très rock 'n roll avec coucher sans lire d'histoires et mère un tantinet à bout répétant des trucs pas du tout angoissants "J'en ai marre, tu me saoules, je ne veux plus te voir", extrait de mes œuvres qui me vaut d'ores et déjà la récompense suprême de Mother of 2010, parce que 338 jours ça va être court pour faire pire.
Donc ce titre. Déjà, vous l'aurez remarqué, il fallait avoir la photo parce que, sinon, "Mouette et lardon" avec ma tronche à la piscine c'était troublant d'incompréhensibilité.
Et j'ai cette photo parce que :
1- fiston, alias lardon, jouait au petit joueur de flûte version maritime et sans la peste en vidant sa boîte de Cherri*s à la ronde, tel Mimi la souris qui nourrit ses poulets, signe indéniable qu'il n'y a pas que le rap ou les jeux vidéo qui ont une influence détestable sur la jeunesse et qu'il est temps de brûler "Mimi à la ferme" – pardon à l'Académie.
2- je viens de découvrir le logiciel de traitement photo de mes rêves, celui que j'attends depuis plus de 5 ans. C'est comme si un geek avait vu de la lumière dans mon cerveau, c'est normal il était 4h09 et le geek est noctambule, pour ne pas dire nyctalope et je reste polie, que du coup il y soit entré et qu'il ait ouvert le dossier "Logiciel de traitement photo de mes rêves" et qu'il l'ait créé, rien que pour moi. Bon, si j'ai un reproche à lui faire c'est qu'il aurait pu laisser au moins une note pour me prévenir parce que je dois être la 7 586 125ème à être au courant et j'aurais pu me vexer. Mais si, vous le connaissez, vous ne pouvez pas être encore plus en marge de tout ce qui se fait de bien et d'intéressant que moi. Si ? Vous pouvez ? Allez, je ne vous prends pas de haut, je vous mets à la page, c'est Pi*ni* et je vous donne un indice, ça rime avec la chanson "Véronique, nique nique lalala". Si vous vous la jouez sceptique (tique tique lalala), sachez que c'est la première fois de ma vie que je trouve un produit informatique (lalala) tellement bien – si je n'étais pas si crevée je n'en dormirais plus pendant quelques nuits, que j'ai accepté de payer un abonnement. Et non, je ne viens pas de dire, à peine faussement suggéré, que je n'ai jamais auparavant dépensé un centime pour un logiciel, de toute façon c'est pas moi M'sieur l'agent. Enfin, tout ça pour dire que maintenant vous allez manger de la photo, j'espère qu'il n'y a pas d'allergiques dans la salle.
Je ne sais pas vous mais moi ce titre, m'a donné envie de boire du champ'.
Voilà.
Bon, la prochaine fois j'essaye de raccourcir mes phrases.
Sinon, à 4h26 j'ai pensé à un titre avec Tchékhov dedans mais je ne me souviens plus bien.
Maintenant que le calme est revenu à la maison, à nous la Floride.
Comme on est un peu amnésiques parfois, on a fait l'impasse sur certains souvenirs de Puerto Rico avec un fiston de 9 mois et un couple de bichons maltais désespérés pour voisins de chambre, et on remet ça, mais cette fois avec une mouflette de 3 mois ET un fiston de 2,5 ans, ça va être quelque chose et il y a des chances que les voisins pénibles ce soit nous - je ris sardoniquement si je veux.
Donc, ce coup-ci, ce n'est pas le concept du resort que nous allons découvrir mais celui du family suites, un endroit pour familles séduites à l'idée d'avoir une chambre séparée du living room et coin cuisine avec micro-ondes, rien que de l'écrire j'en ai des frissons.
Fiston est tout content de partir à la plage et ne parle plus que de ça, le seul hic c'est qu'il ne veut prendre ni avion ni fusée pour y aller et qu'à pied ça risque d'user les souliers.
Maintenant que le croup s'en est allé vers d'autres cieux, l'heure est aux bilans.
Remarquez le pluriel. Et oui, non seulement un bilan d'après grande maladie s'impose, mais il est également temps de faire celui intitulé "Alors, 2 enfants, ça donne plus de boulot que 1, ou c'est le contraire ?", ou bilan dit de la gourdasse en maths, parce que 1+1, ça n'a jamais fait 0.5, même en terminale A2.
Que de bonnes choses en perspective.
Commençons par annoncer que fiston est guéri, c'est officiel.
Crevé, donc pénible, mais guéri.
Les microbes ont enfin libéré le terrain, mais le miasme est un Hun qui crame tout en repartant, du sol au plafond et tout est à refaire maintenant, à commencer par le semblant d'éducation que nous avions tenté d'inculquer, genre non le sucre n'est pas un vrai légume et oui la nuit tous les chats sont gris, c'est pas la peine de te réveiller pour vérifier.
Il faut se remettre en situation : un fiston super mal en point, qui gémissait quand il ne pleurait pas, ne voulait manger que des gâteaux et qu'est-ce qu'on a fait nous, pauvres cloches ?, on a aboulé les petits beurres, les palmiers et les cookies parce que, le pauvret, il ne fallait pas le sous-alimenter, idem pour les jus de fruit vu que biberon s'est mis à rimer avec non et que l'eau c'est pas bon, tout pareil pour la télé à volonté parce que le minot était si mal que ses forces suffisaient à peine à le maintenir en position vautrée sur le canapé, alors imaginer le faire jouer au chamboule-tout, revenez donc un peu sur terre.
Donc, maintenant, je me marre.
Il n'a pas encore posé le pied par terre qu'il a déjà dit "Télé ?", suivi d'un "Télééééé !!!! Téléééé !" pour répondre à mon "Non, tu sais qu'il n'y a pas de télé le matin" – règle néofasciste ayant pour résultat de compliquer sévèrement la vie du parent assez maso pour l'appliquer, mais dans le cas présent il s'agit d'un premier enfant, ceci expliquant très certainement cela.
Donc, dès le réveil, la journée se veut joviale, fiston se roule de désespoir au sol pendant que j'essaye de lui faire comprendre que mouflette dort et qu'il n'est pas dans son intérêt de la réveiller, démonstration appuyée par des mises en garde que la flippe d'une intervention de la DASS m'interdit de détailler plus avant. Fiston, qui se tape de mes menaces, et encore plus de réveiller l'affreux bébé qui lui vole sa mère et la rend de mauvaise humeur – puisque ça, ça ne peut pas venir de lui, ben non, c'est obligé que ça vienne du distributeur à lait caillé qui pue, se met à hurler de plus belle pendant que je me répète en boucle le 1er commandement de la mère au foyer "En état de marche le soir ton enfant tu coucheras", en respirant avec le ventre.
Donc, dès le réveil disais-je, ce qui me fait tenir c'est la perspective du coucher. La matinée se poursuit, alternance de crises, "Maman les bras" quand je ne peux pas et "Téléééé" quand je serais enfin dispo pour lire un livre ou faire un jeu.
Puis, vient l'heure de déjeuner. Là, nous pratiquons un ballet très subtile sur le thème "Pâtes nooooon, noooooon, nooooon, gâteaux ouiiiii, ouiiiiii" enchaîné avec roulage au sol, ma partie à moi se bornant à rappeler qu'il n'a pas vraiment le choix, pauvre de lui c'est horrible je sais mais c'est comme ça, maintenant ou tu manges trois pâtes et le canard qui va avec, ou tu montes dans ta chambre et tu n'en redescendras pas avant la sieste. Fiston hoquète un ultime "No, no, nooooon", avant de changer d'avis quand il me voit prendre son assiette et me diriger vers la poubelle, c'est que le direct dans sa chambre il en a déjà tâté et ça lui plaît moyen-moyen. "Pâtes oui, oui, ouiiiiii", pour un peu il me réclamerait des endives braisées.
En général mouflette braille pendant le petit répit qui s'ensuit, parce que tous ces cris et ces menaces ont fini par avoir raison de sa nature contemplative et qu'elle ne me l'envoie pas dire.
Quand le calme revient, j'ai pris 10 ans, j'hésite entre avaler des anxiolytiques ou passer direct aux acides, et je serais prête à commander un écran plat du plus grand format qui existe, avec l'intégrale de Babar et les making-off de Casimir.
Les bons jours fiston fait une longue sieste, pour récupérer. Pendant ce temps, si j'ai de la chance, mouflette dort un peu et alors là c'est le pied, je peux me défouler en mettant la musique à fond – heu non, ça réveillerait la marmaille, bon ben téléphoner à une copine via skype parce que je ne peux pas utiliser le téléphone normal qui coûte tellement cher qu'au début on pensait que les prix étaient annuels – heu non, le son monte et ça réveillerait fiston et vu comment ça caille je ne vais pas m'installer dehors, pffff, bon ben je vais faire un peu d'elliptique – heu non, j'ai oublié que j'ai mis mouflette à dormir au sous-sol (oui, avec le monstre de la cave qui a un p'tit faible pour le lait caillé qui pue, histoire de la tenir à l'œil).
"Téléééé ?" tente fiston dès le réveil.
Vous me direz, "Mais pourquoi tu ne le sors pas un peu, il a besoin de se défouler cet enfant, t'es sadique ou quoi ?"
Je veux bien mais plusieurs éléments sont à considérer avant de se lancer tête baissée dans cette folle entreprise :
- "Téléééé", vous êtes sourds ou quoi ?
- il fait dans les -4°C, et il y a du vent.
- il a encore neigé la nuit dernière et maintenant ça glisse de folie, pas sûre d'être prête pour Holiday on Ice avec mouflette dans l'écharpe.
-il faut trouver un créneau entre bib et couche et, croyez-moi, c'est serré.
- il va faire nuit dans dix minutes.
- fiston est persuadé qu'il est rembourré en thermolactyl et refuse de s'habiller chaudement et je n'ai pas envie de pratiquer un quart d'heure de lutte gréco-romaine pour lui enfiler son manteau et réaliser qu'il fait nuit.
Je vous fais grâce de la fin d'après-midi et du dîner, parce que sinon vous auriez comme une impression de déjà vu.
Arrive enfin le soir, le coucher, hard mais c'est le dernier obstacle alors on ne le sentirait presque pas passer.
Puis vient la nuit. La dernière ça a donné :
- à minuit : "Maman, Mamaaan…." en boucle et en pleurant un peu. Verdict, ben rien de spécial, merci d'être passée.
- 1h : "Mamaaan, Mamaaan…", là c'était pour essayer de descendre au salon, ben non, la nuit on dort, ça commence à bien faire, Maman est fatiguée et un tout petit peu énervée alors tu vas dormir et arrêter de l'appeler sinon gare.
- 4h : "Maman ? Maman ?" d'une petite voix qui aurait un truc à demander mais qui oserait pas trop. Merci de relancer la boîte à musique qui est à portée de ma main et que je manie avec une dextérité sans pareil. Mais tu ne te ficherais pas un peu de ma biiiiip par hasard ? Je te préviens que si tu me rappelles encore une fois, je te vends au plus offrant, je te biiip, biiiip et biiiiiiiiiiiiiiip. D'accord ? D'accord.
- 6h : "Mamaaaan, Mamaaaan" d'un ton plaintif. Quoi encore ? … Qu'est-ce qu'il y a ? … Un fiston qui fait semblant de dormir, en serrant fort les paupières et en se retenant de rire. Alors là, c'est trop, je craque ! Je te rererepréviens que si tu m'appelles encore une fois, je… je… je ne me lèverais pas ! – et ben voilàààà, il était temps.
Fiston a ensuite dormi jusqu'à 8h, pas moi merci.
Et qu'a-t-il fait en se levant ?
"Bonjour Maman", petit bisou et un sourire.
Là j'en suis pas revenue, autant de politesse, ça ne peut pas venir de moi.
Hier, comme à peu près chaque jour, j’ai fait du café. Mais que ta vie est palpitante, tu as fait du café ? Non, sans rire ?
Lecteur sarcastique, quand tu vas voir où nous mène cette petite phrase qui n’a l’air de rien, tu vas en avaler ta plume vitriolée. Garanti. Donc, j’ai fait du café. Avant les enfants je n’étais pas encore une junkie caféïnomane décoiffée au saut du lit, mais j’étais déjà membre honoraire de radinpointcom donc, quand j’allais au bistrot, je commandais invariablement un allongé – l’allongé c’est le signe de ralliement des authentiques radins, y’en a plus et c’est le même prix. Je confirme, c’est dégueu, mais le vrai radin s’en tape, le radin exulte à l’idée d’en avoir plus pour pas un rond. Si, bien sûr, j’aurais pu boire autre chose, mais la malheureuse menthe à l’eau étant servie avec sa bouteille en provenance directe d’une montagne estampillée minérale - c’est bien connu que l’eau du robinet n’est pas potable en France et n’a jamais vu l’ombre d’un nuage, et encore moins d’une montagne, c’est de l’eau de ville, direct du caniveau et hop -, ça fait cher la goutte de pluie venue de pays où il ne pleut pas.
Si la maternité a changé plein de choses en moi, le truc majeur c’est que maintenant je ne peux pas fonctionner normalement sans mes deux mugs de café. Et, comme aujourd’hui je n’ai aucune pudeur, je vais même te dire comment je le bois mon café. En général, il en reste un peu de la veille au fond de la cafetière. Heurk. Oui, mais je viens de me lever, j’ai pris une douche de 3 minutes 8 secondes – lavée, rincée, séchée, et si l’huissier avait accepté de revenir, cette fois-ci j’explosais mon record personnel. Si tu sais encore compter de tête, je dois être levée depuis 4 minutes 56, à la louche, et je n’ai donc absolument aucune papille en activité, par conséquent beurk le café de la veille tout ça, sur le papier je suis d’accord mais en situation c’est plutôt miam, vite du cafééééé. Je remplis donc mon premier mug. Je le passe au micro-ondes 35 secondes. Là, j’ajoute un peu d’eau froide, pour pouvoir le boire tout de suite. Non, je ne peux pas le mettre QUE 25 secondes, les molécules n’auraient pas été assez chauffées, elles ne seraient pas vraiment revenues à la vie et, là, ce serait franchement très dégueu. Je bois la première gorgée – hou j’entends un fiston qui descend les escaliers, vite, vite, encore deux gorgées à l’arrache. Ensuite il y a deux bibs, 3 ou 4 couches à changer – crois-moi, non, tu ne veux pas savoir, des vêtements à enfiler, un aller-retour à l’école, un bébé qui a envie de parler un peu avant de remanger, recouche etc. Je refais chauffer la moitié du premier mug, remets un peu d’eau froide, m’enfile le tout et prépare une seconde fournée – corsée pour supporter les ajouts d’eau et en quantité pour survivre à l’après-déjeuner.
Attention, lecteur acerbe, c’est maintenant que tout ce charabia va prendre sens. Dans notre belle contrée, Mister Coffee, cousin de Mister Cocktail, est la marque de base des cafetières, c’est ce que tout le monde a. Enfin, quand je dis tout le monde, je ne vise pas ceux qui se sont offert une Nesprezzo parce que sinon c’est pas possible que je travaille à la maison, c’est le truc qui tient mon cerveau en vie, la preuve j’en ai une au boulot. Le Mister Coffee fonctionne comme une cafetière normale, sauf que les filtres n’ont rien à voir. Ils ont le fond plat et ressemblent à des petits moules à manqué. L’inconvénient de ce format est que l’eau n’est pas diffusée en profondeur, elle traverse en deux secondes et pour une cafetière de 8 tasses, trois minutes suffisent, du coup on met plus de café pour compenser.
Mais, il faut être honnête, ce format a aussi un immense avantage. Alors que j’étais en train d’attraper l’un de ces filtres hier, je l’ai lâché, vide. Nooooon ! Si, ça arrive, même aux meilleurs d’entre nous. Et le hasard a voulu que Justin passe par là. Sur ce, la journée a continué. Puis la nuit. Et, ce matin, la révélation. Justin, chez qui apparemment la vision du filtre chutant avait fait son chemin pendant la nuit, a attrapé un filtre et l’a lâché de haut.
Le filtre est tombé à plat, en flottant, tout droit comme s'il était dans un tube invisible. Et si on le fait partir le fond en l’air, alors il se retourne tout de suite et chute ensuite à plat, atterrissant au sol sur sa base.
Conclusion : Les Mister Coffee sont aux filtres à café ce que les chats sont aux mammifères, ils retombent toujours sur leurs pattes.
Lecteur de mon cœur, tu reprendras bien un peu de café froid, pour faire passer le goût du vitriol?
Ce que j’aime bien, avec les enfants, c’est les surprises qui vont avec. Et je ne veux pas parler de jolies pochettes en papier rose ou bleu qui seraient livrées avec les monstres.
Non, je veux parler de ces journées où tout part en quenouille, où les dessins qu’on avait prévu de faire – au prix d’un effort maternel au-delà de l’admiration tellement mes mains refusent de dessiner quoi que soit de reconnaissable, je ferais plutôt dans le Rorschach en série, se transforment en négociations épuisantes pour éteindre cette satanée télé que si tu n’appuies pas tout seul sur le bouton avant que j’ai compté jusqu’à 3 je te préviens ça va barder pour ton matricule un deux…
De ces journées où l’on avait prévu d’aller au parc et pas moyen de faire enfiler un manteau, roulage au sol et « Non non non non » en boucle, adios air frais et horizon allant un peu au-delà du canapé.
En fait, vous proposez et les chérubins disposent, avec tact et diplomatie cela va sans dire « Soupe ? Pas bon non », « Dodo pas tout de suite, Dora ouiiiiii ».
Le réveillon n’a pas fait exception à la règle.
C’est sûr qu’avec deux enfants de moins de 3 ans – réveils nocturnes et trop matinaux qui vont avec, on ne s’attendait pas à réveillonner comme des brutes et la boule à facettes n’avait même pas été déballée, pas plus que le DVD « Karaokez les eighties, wizzzz ! ». Mais la table était bougifiée, le foie gras à bonne température et les flûtes de sortie, le grand jeu comme qui dirait, enfin surtout pour les habitués des pizzas surgelées-salade en boîte que nous sommes devenus.
Tout partait du bon pied avec fiston couché et assez vite endormi, malgré une toux encore bien sonore, et mouflette qui cuvait son dernier bib en souriant. Un créneau de 2 heures s’offrait à nous pour faire ripaille.
Le premier réveil en toussant et en pleurant ne s’est pas fait attendre et n’a rien retardé puisque nous n’avions pas encore eu le temps de mordre dans les toasts. On donne à boire – non. On propose un câlin – non. On offre de rester – non. De partir – non. Le fiston ne va pas fort mais se rendort.
Le repas commence, hum que c’est bon, hip oui ressers-moi donc un peu de champagne.
Le deuxième réveil nous cueille sur la fin de l’entrée. Enfin, c’est surtout moi qu’il cueille puisque c’est Maman qui est réclamée, Papa ayant le droit de continuer à déguster les saveurs du Béarn.
Puis vint le fromage – oui, le plat est en option, chez nous c’est le stade suprême de la cuisine contemporaine, plus rien à bouffer, juste l’idée d’un réveillon.
Les troisième et quatrième réveils se sont enchaînés. Bobo. Very gros bobo.
La toubib de la veille avait eu beau arborer un air blasé devant les expectorations de compet lâchées par un fiston tout blanc, 24 heures après nous n’étions plus très rassurés et c’est le cinquième réveil, alors qu’il n’était même pas encore 23h, qui a lancé le mouvement, fiston commençant à inspirer difficilement et ne s’arrêtant plus de pleurer.
Direction le service d’urgence de notre centre médical.
Qui n’a jamais rêvé de se retrouver seul, avec deux gardes de sécurité, trois médecins et une poignée d’infirmières pour fêter les 12 coups, annoncés en grande pompe au micro, par une voix caverneuse résonant dans le vide immense des couloirs mal éclairés ? Non, pas glauque, décalé.
Pendant ce temps on campait dans la salle d’attente pour guetter une éventuelle réaction allergique à la piqûre administrée pour aider fiston à respirer.
Depuis ça ne va pas très fort. Fiston fait des nuits pourries, râle une bonne partie de la journée, est collé à la télé non stop, ne mange que des gâteaux et ne veut même plus de bib de lait ??!!!, c’est la lutte pour lui faire avaler son sirop au paracétamol, seul médoc proposé, vous imaginez l’efficacité du traitement, une toux qui perdure, une école qui rouvrait ses portes aujourd’hui mais sans lui, des températures dans les -5 C et une mère qui passe ses journées à égarer son sens de l’humour.
Mais, ne dit-on pas "Réveillon aux urgences, année pleine de chance" et "Nouvel an à l'hosto, tu gagnes au loto" ?
Il y a de la réclamation dans l’air, de l’injustice à réparer même. Mais comment, fiston voit ses exploits étalés, ses nuits décortiquées et ses biberonnages disséqués alors que les journées de mouflette restent plongées dans un silence assourdissant, voire limite inquiétant ? On suspicionne sévère et on s’interrogationne.
Ce n’est pas mon genre de me défiler, alors laissez-moi vous rassurer sur le sort de la dernière arrivée.
Déjà, on sait que, contrairement à certains qui ont pris tout leur temps avant de faire entendre le son mélodieux de leur hurlement strident, mouflette aime la ponctualité. Elle va même au-delà du concept et, pour elle, avant l’heure c’est déjà l’heure, principe qu’elle applique aux heures des repas comme au reste.
Elle n’est pas de ces bébés qu’il faut réveiller pour manger. Elle se moque de ce qui est marqué dans les livres, non, elle n’attend pas 3 à 4 heures entre ses biberons et, oui, à plus de 2 mois et largement plus de 6 kilos, elle boit encore 6 à 7 fois par jour, et même 8 si ça lui chante… 5 bibs espacés de 4 longues heures, vous voulez l’affamer ou quoi ?
Avec un fiston qui ne crache toujours pas sur ses 4 rations de lait chaud quotidiennes, ça peut donc monter à 12 bibs à nettoyer en 24 heures et, pour que mouflette tétouille sans avaler d’air, les siens sont composés de 6 pièces, à démonter avant savonnage, je vous laisse donc faire le compte des trucs en plastoque à faire reluire.
Oh, et puis non, j’vous le dis, c’est estomaquant, vous allez croire que je me suis lancée dans l’élevage : 64 bidules à ne pas oublier au fond de la bassine, Mesdames et Messieurs, j’ai bien dit 64. C’est peut-être un détail pour vous mais pour nous, ça veut dire beaucoup.
Si j’entre dans le détail de nos vaisselles, c’est bien qu’il n’y a pas grand chose d’autre à raconter concernant mouflette, quelques soucis de tuyauterie mis à part. Elle parle énooormément, sourit en plissant le nez dès que quelqu’un passe dans son champ de vision tellement bionique qu’elle repère les mouches à 10 mètres et elle s’entraîne même à traverser la nuit sans ravitaillement.
Une fin d’année calme et reposée donc ?
Je rappelle qu’il y a 2 enfants dans cette maison et, comme si être en vacances scolaires et sans nounou pour quinze jours ne suffisait pas, fiston a passé les derniers jours à incuber sans qu’on ne se doute de rien.
La chose a été rendue publique hier, quand fiston s’est réveillé en pleurant et en faisant un bruit de forge à l’agonie à chaque sanglot.
Après avoir renoncé assez vite à tout espoir de rendormissement, j’ai collé un enfant un peu amorphe devant la télé, noté une légère fièvre, constaté un appétit pour les gâteaux toujours vaillant, attendu jusqu’à la sieste d’après-midi – sieste émaillée d’appels, de pleurs et de quintes caverneuses, avant d’embarquer le patraque chez le médecin parce que pas envie d’attendre le milieu de la nuit avant de me dire que j’aurais mieux fait d’anticiper, ou pire, nous retrouver comme des pignoufs la nuit de la Saint Sylvestre à poireauter aux urgences, entourés d’intoxiqués par du vin californien vieilli en fûts de chêne. Donc, direction le centre médical, et plus vite que ça.
La toubib a eu l’air de dire que j’aurais pu éviter de me déplacer. P’tête ben mais c’est mon premier enfant, alors je ne suis pas encore spécialiste de la sphère ORL et diagnostiquer une pharyngite doublée d’un croup n’est pas à la portée de la débutante que je suis, very sorry du dérangement.
Je vois vos yeux s’arrondir. Oui, le croup.
Si vous êtes comme moi, vous avez croisé ce mot chez Zola, ou à la cour de Louis the fourtine pour ceux qui sont en contact avec leurs vies antérieures, comme la goutte ou la petite variole. Mais zici, à l’avant-veille de l’aube des années 10 ? Comme quoi.
Après renseignements, le croup peut aller jusqu’à l’impossibilité totale de respirer, avec intervention des secours d’urgence et intubation en soins intensifs. Quand même.
J’ai indiqué qu’un bébé de 2 mois risquait d’être infecté à la maison. Réponse ? « Tant qu’elle respire, qu’elle ne devient pas toute bleue et qu’elle n’a pas trop de fièvre, pas la peine de venir. » Me voilà rassurée.
Depuis, à la maison, c’est pleurs, toux, sommeil en pointillés et humeur en conséquence. J’en regretterais presque la bonne vieille gastro des familles.
Mais les parents font de la résistance et pour ce soir on a des munitions, champagne, foie gras et tarte au citron maison, de quoi tenir jusqu’à des dix heures et demi facile.
Allez fidèles lecteurs, ne tournons pas autour du pot, l’heure est venue de se la souhaiter heureuse et en bonne santé.
39 ans, pyrénéo-parisienne expatriée pour quelques années dans le Maryland avec mon mari Justin, Timothée (4 ans), Alice (2 ans) et notre chat Chesapeake.