samedi, mars 28

J'te cause plus #4


Au risque de vexer atrocement certains de mes lecteurs, la dernière peuplade de square à laquelle je vais m'intéresser n'est pas celle des pères de famille impliqués dans l'élevage de leurs petits. Je ne dis pas que ça n'existe pas, j'en vois même quelques-uns par chez moi, enfin deux pour être honnête, mais c'est justement cet échantillon trop peu représentatif qui m'interdit toute description. Vous ne voudriez pas que je tombe dans le cliché, après autant d'objectivité et de descriptions criantes de vérité, non tout mais pas ça.

Donc aujourd'hui, c'est au tour des nounous, qui sont quand même celles que je croise le plus souvent.
C'est bien simple, dès que la température dépasse les 15°C, elles lancent leur grande opération de privatisation des lieux avec l'annexion des trois bancs disponibles, grâce à une technique bien rôdée d'activation des renforts par téléphone, suivie par le placement des poussettes autour desdits bancs.
Ce qui tout de suite m'amène à évoquer un aspect de leur présence qui me hérisse le poil : l'encombrement de ces fameuses poussettes posées en vrac entre les jeux, alors qu'une pelouse bien tondue leur tend les bras, de l'autre côté du rebord en bois qui marque la frontière.
Le playground n'est pas grand, alors imaginez ce que ça donne avec cinq ou six poussettes simples et trois doubles en plein passage. Sans compter que certains enfants, fiston en tête je l'avoue, sont attirés comme des aimants par les paquets de lingettes qui dépassent, les gâteaux et les jouets entreposés bien en vue dans les paniers.
S'ensuivent alors des moments pénibles puisqu'il faut aller le repêcher la tête enfouie dans les sacs à goûter, faire un sourire poli à la nounou qui n'apprécie pas toujours ce tripatouillage, et recommencer puisque, entre temps, fiston se sera précipité vers une autre poussette.
Là où mes nerfs commencent à se mettre en boule, c'est quand la nounou, gentille mais pas très à l'écoute des signes subliminaux que je lui envoie à l'aide de ma tête qui fait 'non' en bougeant énergiquement de gauche à droite, tend une poignée de gâteaux apéro à fiston trop content, et que je dois intervenir pour lui redonner ses machins en précisant qu'à 11h30 ça ne va pas m'aider à le motiver pour déjeuner. Devant la colère de l'enfant injustement spolié de son droit à se goinfrer de merdouilles quand bon lui semble, elle lui refile un bonbec. Là, il n'y a plus qu'à traîner un enfant hurleur jusqu'à la maison.

Vous vous interrogez, "mais pourquoi cet acharnement à gêner avec leur poussette ?" Mais parce que les enfants dont elles s'occupent passent un sacré bout de temps assis dedans pardi. Je rappelle qu'aux beaux jours elles arrivent en rangs serrés dès 10h, jusqu'à 12h30, puis reviennent de 16h à 18h, minimum.
Vous pensez que les enfants gambadent et s'amusent joyeusement pendant plus de 4 heures, qu'elles leur organisent des courses, des matchs de frisbees, qu'elles font la farandole, qu'elles les poussent dans la balançoire jusqu'à plus soif ? Mais vous croyez avoir embauché Mary Poppins pour 15 dollars de l'heure ou quoi ?
Entre les mouflets qui restent collés dans les jupes et empêchent de prendre le soleil tranquille, ceux qui commencent à vouloir s'échapper vers le grand bac à sable en contrebas et qu'il faudrait suivre – et donc quitter les pinecos et s'éloigner du banc – ceux qui râlent tellement fort qu'on n'arrive plus à suivre sa conversation téléphonique et qu'une mise à l'écart assis dos aux autre enfants calmera bien mieux que de grands discours, ceux qui sont scrupuleusement gavés toutes les heures, ce ne sont pas les raisons qui manquent de finir harnaché dans sa Ferraren.

Bien sûr qu'il y a des nounous qui proposent des activités, qui s'impliquent un peu, qui n'ont pas l'air de mourir d'ennui en permanence, mais celles-là je les vois moins souvent, elles passent le temps de jouer une petite heure et repartent vers d'autres choses à faire. Flippez pas, je suis sûre que c'est celle-là la vôtre.

Fut un temps où les nounous de mon parc me faisaient bon accueil.
Quelques-unes étant francophones, je n'étais pas qu'un œil de Moscou en puissance, prête à aller répéter à leurs employeurs les râleries sur leurs congés payés un peu chiches, j'étais surtout l'occasion de discuter un peu. Fiston était accueilli avec de grands gestes, il se marrait, elles aussi, c'était sympa.
Comme vous êtes fines mouches, vous notez l'emploi du passé.
Ben oui, à l'automne dernier, déprimée de ne trouver personne pour me remplacer quelques heures par semaine, j'ai eu l'idée à ne pas avoir, j'ai commis l'erreur fatale, je me suis dit "mais au fait, puisque je m'entends bien avec elles, je pourrais leur demander si une de leurs copines ne chercherait pas des heures". Aussitôt pensé, aussitôt fait.
Et c'est comme ça que j'ai trouvé Perfect nannie, belle-sœur de la nounou avec qui je m'entendais le mieux.
Et c'est comme ça que j'ai fini par virer quelqu'un en moins de deux secondes pour la première fois de ma vie.
Et c'est comme ça que ces nounous se sont mises à m'ignorer du jour au lendemain, à ne plus répondre à mes "bonjour".
Elles me causent plus. Elles me font même grave la tronche. Ambiance.

Heureusement que les nounous d'origine africaine ne peuvent pas encadrer celles d'Amérique latine, et réciproquement. Le syndicat des nounous latinas s'est tout de suite désolidarisé et elles continuent à me sourire, les Asiatiques et les Russes aussi. Les discussions sont limitées mais je me sens quand même moins seule.
Sans elles c'était la fin des haricots, je n'avais plus qu'à changer de parc.

vendredi, mars 20

J'te cause plus #3

Et oui, presque trois semaines n'étaient pas de trop pour arriver à reprendre le cours de ma saga hivernale sur les spécimens du playground.
N'allez pas croire que je me la suis coulée douce en regardant les jours filer. La fatigue est venu s'incruster sans date de départ et a rendu la perspective d'écrire un texte aussi riante qu'une course d'endurance sous la pluie.

Puis est arrivée la gastro. Vous ne le savez peut-être pas, moi j'étais truffée d'illusions la concernant, mais la gastro est à déflagrations multiples : même deux jours après les dernières manifestations, tout peut repartir de plus belle, de préférence quand on est seule avec fiston pour la nuit et qu'on aurait bien fait un truc de dingue pour fêter ça, genre se coucher à 9 heures et pioncer d'une traite jusqu'au lendemain.

Depuis je fais ce que je peux, je me drogue avec assiduité, un cacheton quotidien et les forces reviennent, le printemps aussi et tout le monde est content.
Seulement, ce n'est pas pour autant que je peux me jeter sur mon ordi afin de rattraper un retard que je n'ose même plus regarder dans le blanc de la page, ben non, c'est le printemps je vous dis, donc il faut d'abord régler son compte au pollen qui recommence à nous ensevelir, ranger tout ce qui ne l'a pas été depuis la Chandeleur, sans oublier tout ce qu'il vaut mieux passer sous silence.

J'en étais donc aux Perfect Mums, que je vais réduire à PM car n'abusons pas des forces de la convalescente, vous êtes trop bons, merci.
Déjà, la PM n'aurais jamais, mais alors même pas dans ses pires cauchemars, mis son blog en veille pendant trois semaines, car la PM se tient à des standards de qualité qui visiblement me passent bien au-dessus de la raie des cheveux. La PM, même après ingestion accidentelle de mort aux rats, fait les cookies à l'avoine bio qu'elle s'était engagée à apporter pour l'anniversaire du fils d'une de ses copines car la PM n'a qu'une parole, elle.

Vous peut-être pas, mais la PM a des copines de gym, PM elles aussi, qui se retrouvent à six heures du mat' pour transpirer en rythme, avant le lever des petits chéris parce qu'il ne faudrait pas amputer le temps précieux qui leur est imparti en journée. Et, comme la PM est aussi une épouse exemplaire, elle ne s'attend pas à trouver le café fumant et les muffins confiturés sur la table quand elle rentre de ses séances de torture, non, c'est elle qui prépare le ptit-dej et les lunch bags de sa famille, en rentrant. Et puis pour les muffins, heu, j'ai oublié de dire que la PM est très mince, qu'elle se pèse au moins tous les jours et qu'elle est un peu obsédée par son indice de masse corporelle, le tout sans en avoir l'air parce qu'elle veut que sa fille aime son corps tel qu'il est.

L'idée c'est que la PM est partout : à l'école des plus grands où elle assiste l'instit quelques heures par semaines et se porte toujours volontaire pour encadrer les sorties, assise au premier rang quand il y a une lecture à la bibli pour les moins de deux ans, aux entraînements de baseball et aux cours de danse, au supermarché bio où elle explique la photosynthèse à sa grande fille pendant qu'elle fait découvrir le goût de l'ananas au cadet. Elle a un avis sur toutes les expos parce qu'elle est une mère mais n'en a pas moins un cerveau. Elle est au courant de toutes les activités sympas et gratuites du coin et vous les récite, par zones géographiques, tranches horaires ou classes d'âges.
Elle a un énorme agenda truffé de contacts téléphoniques et de listes de choses à faire, acheter, penser, organiser, ranger, téléphoner, déposer, et on comprend vite que c'est une femme très occupée.
Elle cuisine avec ses enfants, elle joue, elle leur lit des volumes encyclopédiques chaque soir au coucher, elle chante, elle danse, fait pousser des tomates, se déguise, invite les amis de ses enfants pour dormir sous la tente dans le jardin, organise des fêtes d'anniversaire originales que tout le monde copie, elle sait dénouer les problèmes mathématiques et faire des nattes indiennes.

Au playground, on la reconnaît facilement parce que c'est celle qui installe une grande couverture de pique nique pour ses enfants et ceux de sa copine sur la pelouse en contrebas. Elles ont tout prévu, des verres rigolos en plastique, différentes boissons fraîches, des tas de cookies faits maison, des fruits, des jeux à la pelle et une surveillance discrète mais efficace. A côté, avec notre ballon à moitié dégonflé et la bouteille d'eau écrasée, on a un air un peu pouilleux et, pour un peu, fiston lancerait une procédure d'adoption.
La PM a toujours un mot d'encouragement prêt à fuser, même quand c'est pour fiston qui s'est faufilé pour essayer de lui piquer un frisbee.
Tout est sous contrôle.

Ce que la Perfect Mum adore par-dessus tout, c'est que vous la regardiez avec admiration et que vous lui disiez qu'à sa place vous ne vous en sortiriez pas. A ce moment là, elle rit fort et fait semblant d'avouer qu'elle est comme vous, débordée et inefficace, juste pour le plaisir de vous entendre vous exclamer tout le contraire.

Vanitas vanitatum perfectmum et omnia vanitas.


samedi, février 28

J'te cause plus #2


Voilà des jours que je presse mon ciboulot pour mettre au point une définition du Monde du dessous, une description claire et nette, deux-trois phrases limpides qui tailleraient si bien le costume de cette mère underground que vous vous seriez exclamé "Ah, mais j'en connais, oh, en fait c'est moi", mais comme je cherche encore et que je me vois mal mettre ce blog en veilleuse jusqu'à la Trinité en attendant que la clarté frappe mes méninges fatiguées par un hiver qui a trop duré y'en a marre, le printemps c'est quand il veut, et parce qu'essayer de noyer le poisson ça fait rigoler cinq minutes mais pas plus, tant pis, je me jette dans la fosse aux concepts tout pourris qui tiennent pas la route.

Pour vous donner quand même une idée, je dirais que le Monde du dessous rassemble les parias du playground, celles qui sont un peu à côté de la plaque d'une manière ou d'une autre.
Présenté comme ça, vous vous sentez immédiatement concerné, non ?
Et pourtant, je suis une mère du Monde du dessous.
Voilà, maintenant que j'ai fait mon coming out, ça va détendre l'atmosphère.
"Oh mais non, pas toi, tu es trop… enfin, t'es pas assez…"
Et pourtant si, voyez plutôt.
Je suis étrangère et je parle pas pareil que les autres à mon enfant.
Pour les unes, je suis trop élégante pour un mardi matin au parc du coin, entendez que j'ai fait l'effort de virer mon bas de pyjama et que j'ai même mis un pantalon non molletonné et prévu pour être porté à l'extérieur de chez soi, alors que pour les autres je suis un affront sur pattes à Oscar de la Renta.
En général, je n'emporte pas de nourriture pour une heure de toboggan à cinq minutes à pieds du frigo parce que dans mon pays on est convaincu qu'un enfant peut survivre jusqu'à 3, voire 4 heures sans nourriture.
Je suis capable de me fâcher, de dire non et de ne pas céder à un bon gros caprice, ignorant les roulements de fiston au sol et les regards choqués des Perfect Mums alentour, ce qui suffit déjà en soi à m'exclure de cette dernière catégorie.

Dans le Monde du dessous, il y a aussi celles qui sont un peu baba aux entournures, bandana dans les cheveux et pied nu en hiver dans leurs sabots fourrés. On se dit qu'elles ont raison de ne pas se prendre la tête, vieille salopette deux fois trop large et taches de compote sur le tee-shirt, mais leur coolattitude ne résiste pas à l'arrivée de quelques Barbies girls.
On la voit alors s'approcher du cercle pour tenter un "Hi Kirstie, hi Jen !", donnant à entendre aux autres nullasses comme moi qu'elle, au moins, connaît leurs prénoms. Son bonjour ne récolte jamais plus qu'un regard lointain et à ce moment la baba revit ses années lycée, ses tentatives pataudes à copiner avec ces filles trop populaires pour accepter quelqu'un de pas assez comme elles.
Mais ce qui est encore plus pathétique que ces atermoiements d'une trentenaire mal habillée qui rêverait de luncher avec Barbie, c'est quand la fille de la baba, appelons-la C., se fait pousser sur l'escalier du grand toboggan par Skipper, la fille d'une des Barbies ici présente.
C. fait comme on lui a appris et demande à l'autre fille de s'excuser en lui disant qu'elle lui a fait mal.
Skipper fait comme sa mère et ne tourne même pas la tête, dégringole le toboggan et repart dans l'escalier.
C. redemande à Skipper de lui présenter ses excuses, parce qu'elle lui a fait vraiment mal, ou peur, bref.
Skipper s'en tape le coquillard et part ailleurs avec ses amis.
C. se tourne vers sa mère et lui demande, en pleurant, d'obliger Skipper à lui demander pardon.
La baba se retrouve alors bien dans la mouise puisqu'il est hors de question qu'elle se mette à courir après Skipper, la seule chose à faire en pareille circonstances étant de s'adresser aux parents. Or, la baba sait parfaitement qu'elle ne peut pas interrompre le cercle pour un truc de ce genre, elle qui travaille si fort à ce qu'un jour une des filles lui réponde enfin.
Que faire ?
C. pousse sa mère à intervenir, de plus en plus fort, et deux têtes du cercle viennent de se tourner pour voir qui peut bien être aussi nuisible à leurs tympans délicats.
Que faire ?
La baba traîne sa fille hurlante à l'autre bout du parc pour la consoler dans un coin et lui expliquer que Skipper ne s'est pas rendue compte de l'accident et que donc elle ne peut pas lui demander de dire "I'm sorry".

Dans le Monde du dessous, il y a aussi celles qui sont juste bizarres, pas nettes, un peu fêlées.
Celles qui font de la balancelle avec leur fille de six ans en mettant tout leur poids dans le mouvement et en hurlant, hystériques, "Out of controoool !", jusqu'à ce que leur fille terrifiée soit éjectée en vrac deux mètres plus loin.
Celles qui vous voient tous les jours et demandent, tous les jours, l'âge de fiston.
Celles qui viennent au parc avec leur fils de 4 ans qui a des difficultés de concentration et qui vous expliquent, faux fusil de chasse hyper réaliste cassé en deux et cartouches à la main, que viser la cible électronique posée au pied d'un arbre n'a rien d'un jeu pour sa famille, c'est un exercice scolaire.

Le Monde du dessous abrite aussi les décalées, celles qui à 40 piges s'habillent et se coiffent comme leurs mères de 75.
Celles qui s'improvisent instits et épèlent tout ce qu'elles disent à longueur de journées : "Oh, regarde le e-c-u-r-e-u-i-l, il est en train de m-o-u-r-i-r ".
Celles qui ne parlent que sous forme de questions : "Est-ce qu'il y a quelque chose de mieux qu'un peu de lait quand on a soif, hein Johnny ? Tu t'amuses bien Johnny ? On va bientôt y aller, okay Johnny ?"
Celles qui ajoutent un peu de vodka ou de rhum dans leur thermos de café pour se donner du courage.
Celles qui seraient perdues sans leurs anti-dépresseurs.
Celles qui mangent le goûter de leurs enfants en douce parce qu'elles ont la dalle, oh non ça c'est mal.

Nous toutes avons bien de la chance parce que les Perfects Mums disent bonjour au Monde du dessous, elles, mais c'est normal, elles sont parfaites.

Allez, un peu de patience et vous saurez ce qui les rend si parfaites.




jeudi, février 19

J'te cause plus #1

Je vous aurais volontiers fait une saga sur mes vacances de quinze jours les pieds dans la mer des Caraïbes, mais comme j'ai préféré annuler et rester sous la grêle et dans le froid, je me rabats sur My playground drama de fin d'hiver, que même HBO peut se brosser pour l'avoir en exclu, c'est tout pour vous. Comment je vous gâte, si remerciez-moi, y'a pas de raison.

Mais quelle idée bizarroïde, annuler les Caraïbes et labourer le mulch de son parc pour y trouver des trucs à raconter? Vous n'avez pas tort mais, croyez-moi, il s'en passe des choses entre les balançoires et les toboggans, des trucs pas très nets même. A côté de ça, les Caraïbes c'est de la gnognotte et je ne me déplace pas pour si peu.

Autant que vous le sachiez tout de suite: le playground, c'est la cour de récré, et je ne dis pas ça à cause des garçons qui se poursuivent en brandissant des branches d'arbre à la pointe acérée et meurtrière. Ni à cause des filles qui conciliabulent en secret dans le dernier wagon du petit train et s'arrêtent tout net dès qu'une autre fille s'approche pour jouer avec elles, s'éloignant en riant et la laissant pleurer toute seule en queue de convoi.
Tout ça est finalement très classique.
Non, les vrais coups bas partent de plus haut. Les remarques vachardes et les coups d'œil qui n'en pensent pas moins se savourent entre grandes personnes, et je dirais même entre femmes si je n'avais pas peur de me faire traiter de sexiste traître à la cause.

Dans le playground le plus proche de chez moi, celui que je connais le mieux donc, il faut choisir son camp. En gros, je dirais qu'il y a 4 catégories d'adultes : la Barbie girl, le Monde du dessous, la Perfect mum et les Nannies.

Aujourd'hui vous allez faire la connaissance de Barbie girl.
(L'auteur décline toute responsabilité si à la lecture de ce billet I'm a Barbie girl in a Barbie wo-o-orld se met à trottiner dans votre tête, z'avez qu'à avoir des références musicales potables, Come on Barbie, let's go party!)

Pour commencer, la Barbie girl n'est pas obligée d'être blonde mais c'est quand même mieux, même si dans la sous-section 2 des statuts du groupe il est rajouté que châtain clair avec balayage c'est limite mais ça peut encore passer. Bien sûr le brushing n'est pas optionnel.
La Barbie est une ancienne membre de l'équipe des cheerleaders de son lycée, à savoir les greluches supportrices de leurs équipes mâles de sport co, en mini jupettes et culotte assortie au maillot et ouf de soulagement car vu la hauteur du jeté de jambe… dois-je rappeler que les matchs sont des lieux où s'exprime la joie de se barber en famille sur des gradins ?
La Barbie girl, et ça lui est très utile dans sa vie de tous les jours, est passée maître en maniement de pompons, hurlement de "Youhou" et classement alphabétique " J-U-N-I-O-R H-I-G-H, JUNIOR HIGH!!!! Youhou!!!" et elle est souvent devenue un peu sourde à force.

Si Barbie préfère rester avec d'autres Barbies dès qu'elle met le nez hors de chez elle, c'est parce que le meilleur plan botox de la ville ou le dernier truc médicalement certifié pour perdre trois kilos en deux heures ça ne se partage pas avec la première venue.
Donc, la Barbie girl retrouve ses semblables au playground. Elle est toujours bien habillée – enfin, ni jogging ni pyjama - maquillée – houlà, beaucoup trop - et ne recule jamais devant un abus caractérisé de laque et crêpage de queue de cheval.
Pour le plan d'occupation du sol, les Barbie girls lâchent leur marmaille et se plantent, en cercle, en plein milieu de l'aire de jeu, ce qui leur permet d'être vues de partout, et donc, limite les risques d'avoir à se déplacer pour faire un contrôle visuel de la situation. C'est qu'il ne manquerait plus qu'elles aient à intervenir dans les jeux de leurs enfants bien repassés et priés de ne pas se rouler dans la boue.

Elles arborent la même longueur de cheveux, le même nez et font semblant d'ignorer que le monde autour hallucine sur leurs implants mammaires. Elles rigolent en cascade et leur cercle ne connaît pas les temps morts d'une conversation normale. Il faut faire vite, faire rire et faire envie, en moins de 8 minutes, temps moyen de parole imparti à chacune. Le cercle ne se rompt pas et la tentative d'un "Bonjour les filles" de la part d'une désespérée de la catégorie numéro 2 ne récoltera pas même un regard. Le cercle est sourd au Monde du dessous.

Il peut exceptionnellement arriver que la Barbie girl se retrouve seule en terrain découvert. Elle dégainera aussitôt son portable et ne le lâchera qu'une fois bien à l'abri derrière le volant de son énooorme SUV, ou peut-être pas d'ailleurs car la Barbie girl sait à peine conduire avec ses deux mains libres et trouve que papoter avec ses pinecos plutôt que regarder la route c'est plus le fun dans sa vie.
Le Barbie truc c'est d'avoir un forfait i-phone illimité, sinon elle est obligée de faire ses courses en silence et seule et ça c'est la loose de la Barbie.

Mais le Monde du dessous n'est pas loin, il rôde.



vendredi, février 13

An apple a day


Toute préoccupée que j'étais par fiston malade, mais aussi par la perspective d'un Justin Newyorkant sans gants ni manteau, et donc finissant par me chourer la polaire que j'avais emportée, je me suis finalement laissé convaincre par une grand-mère passée 5ème dan en matage de virus et un Justin décidé à arpenter du musée.
Et puis ce n'était pas comme si on partait à l'autre bout du pays, ou que l'occasion risquait de se représenter de sitôt.
Et des voisins étaient prêts à accompagner chez le pédiatre en cas de besoin.
Et ce n'était que pour 2 jours.
Et il fallait bien que je fête le retour de mon boîtier de chez Nikon, juste à temps.
Et pas du tout, je ne cherche pas à me justifier.

New York, nous voilà.

D'habitude nos nuits à New York c'est plutôt auberge de jeunesse avec lits superposés et radiateur glougloutant toute la nuit, pieux squatté chez les parents d'un ami ou chambre d'hôtel microscopique ouvrant sur un mur. Mais là, attention les mirettes, on se l'est joué aventuriers des temps modernes, parieurs sur internet. Le principe et simple : vous choisissez un quartier, un nombre d'étoiles et vous indiquez la somme que vous consentez à payer pour la nuit. Après, c'est le site qui vous dit si votre enchère a été acceptée, et si oui, par quel hôtel. Suspens suspens.

C'est comme ça qu'on a choisi Times Square, autant assumer sa touriste attitude jusqu'au bout, et qu'on s'est vu attribuer une piaule au Hilton, excusez du peu.
Bon, je ne vais pas cracher dans la soupe, ça vous changera, mais quand même : pas de bouteille d'eau, deux pauvres sachets de sucre pour le café, 1 unique kleenex remis en boule dans sa boîte et même pas de gel douche, j'ai dû me laver au shampoing, c'est moyen niveau confort international standardisé 4 étoiles à tous les étages, ça.

Comme j'avais une soif de chameau en rupture de jeûne, je suis allée dans la salle de bain pour remplir le verre à dent. Tellement chlorée que même l'eau à l'intérieur de la javel n'avait pas pu survivre, infect, pouarc, vite mon crachoir.
Donc, parce que c'est le Hilton et que la maison ne recule devant aucun sacrifice, j'ai ouvert le minibar.
A quoi reconnaît-on la ploucasse de service ?
Au geste qu'elle fait pour attraper un mini-micro tube de N et N's pour voir à quoi ça ressemble, "Oh ben à $4 ça doit faire dans les 50 cents le confetti au mauvais chocolat que y'a même pas de vrai beurre de cacao dedans".
La ploucasse, non seulement attrape le tube de N et N's, ce qui déclenche un ressort pour pousser vers l'avant le tube suivant, mais elle ouvre des yeux ronds quand le cadran plein de numéros sur le haut du petit frigo se met à afficher "$4" en clignotant et en bipant. La ploucasse réalise alors que c'est comme ça qu'ils comptabilisent ses consos. Trop tard ! La ploucasse, radine, se dit "Ah ben non alors, les bâtards, manquerait plus que ça", et elle reglisse le tube dans la tirette, ce qui immanquablement redéclenche le ressort. Le frigo rebip, reclignote et refacture $4. N'est pas ploucasse qui veut.

Ensuite on a visité Times Square. Il faisait froid, y'avait des vendeurs de places de spectacle partout, tenant des extraits de critiques de journaux qui disaient, quelle que soit la pièce, que c'était le spectacle le plus "Waouh de l'année", le plus "Incroyable du siècle" ou le plus "Drôle jamais joué à Broadway". Plein de vendeurs de bonnets aussi et, prise dans l'ambiance, j'ai même failli m'en acheter un, avec les tresses sur les côtés que si t'as une moustache on te prend pour Depardieu jouant Obelix.

A Times Square c'est plein de lumières et c'est un peu Lost in translation, mais en anglais et sans décalage horaire. C'est rigolo, ça clignote, ça fait de la musique, c'est rouge, bleu, doré. C'est rigolo, ça ne s'arrête jamais, ça fait plein de bruit, on a mal à la tête, ça sent la frite et y'a pas moyen de manger ailleurs que dans une chaîne de restos. C'est rigolo, y'a pas une place de parking à douze blocs à la ronde, et quand je dis pas une, c'est pas une. C'est rigolo parce que pour économiser les $54 que facturait l'hôtel pour se charger de notre voiture, on a fini par échouer dans un parking privé à un quart d'heure de marche et payé $40.

A Times Square, il y a un énorme "Les jouets c'est nous", et tous les parents de jeunes enfants nous avaient dit "Allez-y, vous allez trouver un super cadeau pour votre fiston". En avant, marche.
Fiston peut toujours se rhabiller pour le cadal, mais son père, par contre, a flashé sur la démonstration d'un tout petit hélicoptère, tout léger, "Même si il tombe, il peut pas se casser, regarde, les hélices sont molles, c'est génial… Mais non, ça ne serait pas raisonnable… hein, ça ne serait pas raisonnable ? Et si on colle Chesapeake au régime pendant trois mois, ça le fait, non ?"
Donc, depuis, Justin se prend pour le héros de Supercopter et je nourris le chat en cachette.

Et puis il y a eu une demi-journée au MOMA aussi.
Visiter le MOMA 24 heures après la Barnes, c'est comme jeter sa fournée de macarons ratés et déguster des Ladurée à la place en se disant que dans la vie y'a des trucs pas croyables tellement ils sont parfaits.

Et puis à New York il y a le hasard, un ami de Paris envoyé par son boulot et croisé le temps d'un dîner.

Et puis il y a des découvertes, des chocs, des "Mais qu'est-ce qu'ils m'ont foutu chez Nikon, je suis paumée dans mon menu, j'y retrouve plus rien… Mais, attends, non, j'y crois pas !".
Et il y a des Justin qui "Allons bon, qu'est-ce qui ne va pas encore avec ton Nikon, t'as des taches ?"


Ce
n'est
pas
mon
boîtier.

mardi, février 10

Renoir comme une taupe

Allez, le suspens a assez duré et comme l'immense majorité d'entre vous l'avez deviné, nous avons finalement quitté le navire et laissé la grand-mère s'occuper du convalescent, le tout sans même nous prendre pour de mauvais parents, tant qu'à faire, hein.

Comme un arrêt à Philadelphie était prévu de longue date pour aller découvrir la Barnes Foundation, on s'est dit qu'il serait toujours temps après la visite de poursuivre la route vers le nord, ou de tourner les talons et revenir au chevet du malade.

Je préfère vous mettre en garde, on ne va pas "à la Barnes" comme on va chez le coiffeur.
On réserve 20 à 40 jours en avance, en indiquant, par ordre décroissant de préférence, ses plages horaires d'arrivée. Si on est bien informé, on réserve aussi une place de parking, ce qui évite d'avoir à se taper deux kilomètres à pied sous la neige car la Barnes est en pleine zone résidentielle, avec zéro place pour se faire un créneau des familles sur verglas, rien.

Une fois garées, Mesdames, il faut ranger vos escarpins car tout talon inférieur à 2 inches de diamètre est considéré comme potentiellement fatal au parquet, même pas marqueté permettez moi d'ajouter. Mephisto doit sponsoriser le lieu puisque ça nous fait tout de même un talon de quasi 5 centimètres de diamètre, voilà déjà de quoi chambouler mon sens esthétique de haute volée.

Si vous avez des ados en stock, examinez attentivement leur pull. Les vêtements qui ne moulent pas le corps doivent être déposés au vestiaire ("fit snugly", c'est pas moi qui le dis). Et non, ne vous dites pas que pour simplifier les choses, ils n'ont qu'à faire la visite en tee-shirt. Vous avez oublié qu'à la fin de votre inscription en ligne, on vous a prévenu que les locaux sont maintenus à une température constante de 70°F (21°C°), et que donc une petite laine n'est pas de trop.

Vous laisserez vos caméscope, appareil photo, bloc note et pinceaux mâchouillés au vestiaire puisqu'il est même interdit de faire des croquis, si jamais vous faisiez dans la copie d'impressionnistes au stylo 4 couleurs c'est rapé, et vous veillerez à rester à une distance de 18 inches de tous les objets (46 centimètres). Pour ce dernier point, n'ayez crainte, un très beau scotch noir collé au sol est là pour vous le rappeler.

Ce que je vous recommande, mais ce n'est bizarrement pas conseillé, c'est le port de la minerve, extrêmement utile au bout d'une heure de visite à se tordre les vertèbres vers le plafond, non pas que ledit plafond ait un intérêt particulier, mais c'est quand même lui qui a la meilleur vue sur pas mal d'œuvres, grâce à un type d'accrochage et de disposition des tableaux connu sous le nom de "Plus y'en a, mieux c'est".

Vous me direz, "Mais arrête donc de râler deux secondes et enchante-nous avec les peintres que tu as admirés, fais-nous rêver en évoquant leurs palettes, donne toi un peu de mal et parle de la peinture burdol !"
Puisque vous le prenez sur ce ton, je vais partager avec vous une théorie qui m'est venue en cheminant gaiement de salle en salle, gentiment cornaquée par deux gardes et trois chiens de berger : Renoir n'avait rien d'original, le pauvre gars était juste myope. J'irais même plus loin en déclarant devant témoins que Renoir est à la peinture ce que David Hamilton est à la photo, et David Hasselhoff à l'automobile pendant qu'on y est.
Ne croyez pas que je dis ça à la légère, j'ai eu incroyablement le temps de peaufiner cette affirmation qui s'apprête à ébranler le monde de l'art puisque la Barnes ne lésine pas et offre à vos regards, non pas 50, ni 100, ni 150, mais 181 Renoir Mesdames et Messieurs, oui 181, 1-8-1.

J'aime pas Renoir.
Pas une salle sans au moins une paire de toiles floues avec des femmes à la peau rose comme un petit cochon de lait et au regard aussi expressif que ledit petit cochon d'ailleurs. Tiens, v'là que me vient une question : y avait-il un charcutier dans la famille Renoir, je ne sais pas, même un vague oncle ? Ceci pourrait expliquer cela.
A intervalles réguliers venaient des paysages qu'on aurait dit le sud, made by Cézanne en personne. 69 quand même.
59 Matisse mais c'est pas les meilleurs, 46 Picasso et alors là, on se demande encore où ils étaient les 46. Je rappelle que 1-8-1 Renoir Mesdames et Messieurs, mes cornées et rétines ont pris des mesures drastiques d'auto-protection et sont allées tchatcher avec celles de Justin, dehors. A pas vu les Picassi.

En sortant nous avons téléphoné et les nouvelles du malade n'étaient pas terribles. Pas alarmantes non plus mais pas top quand même. Il neigeait, Justin avait oublié son manteau à la maison, nous n'étions qu'à deux heures de route… dans les deux sens…

Siiiiiiiii, je le refais !

To be continued.



jeudi, février 5

I want to wake up in a city

Si fiston lit ces lignes, qu'il soit assuré de toute mon affection, et de toute celle de son père itou, là n'est pas le sujet.
Oui, mon fils peut lire mon blog si il veut, c'est un geek, un vrai. C'était pas difficile à comprendre vu l'énergie qu'il dépense à me faucher le mulot pour cliquer dessus comme un stakhanoviste et à se hisser sur la pointe des orteils pour assommer mon clavier de son poing baladeur si l'occasion lui est donnée, soit à chaque fois que je perds de vue son potentiel de faiseur de boulettes à la chaîne et que je commets l'erreur fatale de lui tourner le dos.
Mais là encore, ce n'est pas le sujet.

Vous l'ignorez, mais nous sommes passés à un cheveu d'un drame majeur. Enfin, quand je dis "nous", c'est pas vous, c'est juste nous, Justin et moi, à moins que vous aussi ayez frôlé l'annulation du week-end de farniente new-yorkais, ce qui n'est pas statistiquement impossible mais relativement peu probable alors arrêtez de tout ramener à vous.

Tout s'annonçait au poil : une grand-mère expérimentée et pas du tout impressionnée par les cascades et galipettes de l'énergumène, un Nikon tout beau – Hein ? Quoi ? Mais alors Tu l'as récupéré ? Ne vous affolez pas, nous y reviendrons - , un temps annoncé magnifique et un hôtel en plein Times Square.
Seulement voilà, je ne savais pas que mon salon avait été choisi par une bande de virus mal élevés comme camp de base en vue de l'invasion éclair du Maryland, opération qui restera dans l'histoire sous le nom de "Liquidation totale".
Fiston a rendu les armes le jeudi matin, la veille de notre départ. Comme je ne suis pas une mauviette, surtout quand c'est les autres qui souffrent, je ne me suis pas affolée, j'ai laissé la nature suivre son cours comme le ruisseau qui dévale la montagne et la poussière retourner à la poussière, si vous voyez ce que je sous-entend pas du tout lourdement.

Quand les choses ont commencé à se précipiter et que fiston s'est transformé en enfant super sage, genre je reste assis devant la télé sans broncher, avec télécommande à portée de main et je ne la remarque même pas, je me suis dit qu'un passage chez le pédiatre ne serait peut-être pas inutile. Quand, une heure après, le même enfant tout sage s'est mis à refuser toute boisson en devenant de plus en plus blanc et calme, on est partis.
Après trois-quarts d'heures d'attente durant lesquels le fiston s'est endormi dans mes bras, j'en étais à me dire qu'une amputation spontanée de mes deux avant-bras archi-ankylosés n'était pas à exclure quand m'est venue l'idée brillante de déposer le petit malade sur la table d'examen, faite pour ça, elle.
Le diagnostique n'a pas pris dix plombes, ni le remède. Il fallait le réhydrater. Une infirmière lui a ouvert de force le bec en me demandant d'aller coller un micro comprimé sous sa langue. Au troisième essai j'y étais presque mais cette folle a lâché, alors moi j'ai largué vite fait le truc sur la langue et basta. Je veux bien que ce soit plus efficace sous la langue mais c'est pas elle qui s'est portée volontaire pour aller mettre ses doigts au milieu des 16 dents acérées.
Trente secondes après le gobage de cacheton, "A boire!" a déclaré le fiston. Retour maison.

Et c'est là que s'est posé le terrible cas de conscience.
Un enfant qui n'est pas au top mais qui s'hydrate, donc sur le chemin de la guérison, une grand-mère qui en est à son 6ème petit enfant alors pensez donc, c'est pas une petite gastro de rien qui va l'émotionner, et nous, hésitants mais quand même hyper motivés pour nous casser, faut nous comprendre, ça n'était pas arrivé depuis 20 mois.

Alors, mais alors ?

New Yorki ou New Yorka pas ?

New Yorki pendant deux heures ou pendant deux jours ?

To be continued.

Ouiiiii, je sais, c'est super énervant.


jeudi, janvier 29

La douloureuse

Aujourd'hui est arrivée une facture de la part de mon dentiste chez qui, souvenez-vous, j'ai été torturée au nom d'une croisade sans pitié contre le tartre.

Ici, tout ce qui concerne le domaine de la santé est compliqué : les contrats d'assurance sont à rallonges avec plein de lignes écrites si petit que l'aide du télescope Hubble n'est pas superflue, des astérisques, des exceptions, des clauses qui disent que si vous avez eu une angine entre 1985 et 1996 vous ne pouvez pas devenir bénéficiaire, et encore moins si votre deuxième prénom commence par un C.
Du coup, quand la compagnie accepte de vous assurer à prix d'or, vous êtes jouasse, un peu comme si vous aviez remporté le deuxième prix du conservatoire de Mulhouse en accordéon musette.
Mais, avant de vous vautrer dans l'euphorie et le soulagement – ayé, je peux faire du parapente dans le Grand Canyon, j'ai une assurance santé – relisez votre police attentivement et réalisez qu'en fait, pour les dents et les yeux, c'est mieux de payer un autre organisme. C'est normal, c'est pour tout le monde pareil.

C'est donc munie de mon assurance spéciale, que pour les dents, que je suis allée chez mon dentiste. La simple visite de routine annuelle s'est transformée en vision de gencive putréfiée et dents tombant sur mes chaussures à cause d'un peu de tartre mal placé. Mon instinct a été de fuir. Une anesthésie, pour un détartrage ? Et ça va coûter combien d'abord ?
Le prix annoncé par le secrétariat s'étant avéré supportable, surtout face à la perspective de finir édentée d'ici la fin de mon séjour, j'ai dit oui.
Une fois anesthésiée, l'assistante a passé un temps fou à examiner chaque dent, avant d'énoncer un chiffre, à une autre assistante. Déjà, j'aurais dû me méfier parce qu'un cabinet où l'assistante a sa propre assistante, c'est louche. Ecran plat dans chaque pièce de soin, canapé design, coussin brodés, décor floral et bougies allumées à 9 heures du mat dans la salle d'attente, c'est super louche.

Maintenant que j'ai reçu la facture, je sais le pourquoi des petits chiffres énoncés pendant un laps de temps qui aurait suffi à réaliser le détartrage – et m'aurait ainsi permis de profiter de l'anesthésie à son efficacité maximum : c'était pour que l'assurance sache, dent par dent, l'avancée de mon tartre, afin de dire, dent par dent, oui on prend en charge, ou pas.
Vu le complément de la facture ma bouche ne devait pas être si en péril que ça parce que l'assurance a refusé pas mal de dents on dirait.

Quand j'ai quitté le cabinet, la secrétaire m'a fait remplir un petit carton avec mes coordonnées dessus pour me l'envoyer au moment du prochain contrôle, soit dans trois mois, puis deux fois par an minimum.
Mais bien sûr.
Je crois qu'ils vont devoir faire sans moi pour financer la nouvelle table basse du salon d'accueil, faudrait voir à pas trop me prendre pour une vache à billets verts.

dimanche, janvier 25

Quand te reverrai-je ?

Pour répondre à l'émerveillement compréhensible de certains : oui, en ce moment ça bombarde sur ce blog, c'est un pilonnage de textes tous meilleurs les uns que les autres, je sais vous aviez perdu l'habitude et ça vous perturbe un peu.

Mais calmez votre joie et sortez les klinesques, cette fête du blog va s'interrompre momentanément pour cause de visite familiale et excursion à New York prévue en fin de semaine prochaine.
Vu comme ça ce présente, j'ai bien peur d'avoir deux jours peinarde à New York, sans poussette, sans pause dégringolade de toboggan, sans couches ni rien… mais sans appareil photo non plus.
Je vous rappelle que mon beau Nikon a été déposé début décembre, pour une réparation de quatre à six semaines, mais quand ils disent six semaines c'est vraiment au cas où, parce qu'en général en quatre c'est plié nous a assuré le vendeur qui se voulait connaisseur.
Si nous savons encore compter sur nos doigts, au quatrième top cela fera très exactement sept semaines depuis cette déclaration un tantinet optimiste.
Mais que s'est-il passé ? Mon Nikon s'est perdu au fond d'un carton et n'a pas pu appeler à l'aide vu que j'ai gardé sa batterie ?

Pour la faire courte, tout est de la faute de Rick.
Rick travaille chez Nikon, pas dans la boutique photo où j'ai déposé mon appareil et qui n'a fait que l'envoyer pour réparation à la maison mère, vous suivez ?
Rick n'est pas réparateur, il reçoit les appareils endommagés et j'imagine qu'il doit remplir une sorte de feuille de route, avec les coordonnées du boîtier et le nom de la famille à prévenir d'urgence en cas d'accident opératoire.
Rick, au moment de relever le numéro de mon Nikon, s'est dit "tiens, c'est pas un numéro américain, c'est zarbi, il faut que je fasse quelque chose", avant de mettre la feuille de côté.
Et puis Rick est parti en pause sandwich, il a reçu un sms de son pote Jeff qui lui disait "tro kifé la K-rin, tel mi", a donc tel Jeff, a savouré les commentaires fleuris portés sur l'anatomie et les compétences variées de ladite Karine, avant de retourner dans son cagibi pour tuer les heures le séparant d'un happy hour prévu de longue date avec son autre pote, Trevor.
Et puis la vie de Rick s'est poursuivie et au cours des semaines suivantes, il a assisté via sms au départ de K-rin, remplacée par une Kristie un peu trop olé-olé pour Jeff puis par une Jena, il s'est tapé quelques cuites, a eu des soucis avec son colocataire un peu amoureux de lui mais solvable, est arrivé en retard trois fois au taf en quinze jours, s'est remis au boulot parce que c'est la crise et que sa mère l'a fait flipper au téléphone en lui disant que si cette fois-ci il se refaisait virer, il ne pourrait pas revenir chez elle parce qu'elle a transformé son ancienne chambre en salon jeux et détente pour ses deux chiens et que maintenant ça va bien, à 27 ans il peut quand même s'assumer.

Un mois s'était écoulé quand Justin est entré dans la vie de Rick, qui essayait laborieusement de se reprendre en main.
C'est la boutique photo qui a donné le numéro de Rick à Justin, s'étonnant comme nous de ne pas avoir de retour prévu pour mon appareil sur leur fiche de liaison avec la maison mère.
"Salut Rick, c'est Justin, dîtes-moi où est-ce qu'il en est-il le Nikon à ma femme ?" a-t-il demandé en substance et en anglais.
Au bout du fil, un long silence meublé par un bruit de papier qu'on agite.
Très long le silence, et très agités les p'tits papiers.
"Ah ouai, ça y est, j'ai compris. Le truc c'est qu'il est pas de chez nous vot' appareil, alors j'ai besoin de ses papiers d'identité, genre facture d'achat, garantie, pour prouver que vous l'avez pas acheté au black chez les Chinois à New York, et que vous avez bien payé toutes les taxes."
"Intéressant… mais vous aviez l'intention de décrocher votre téléphone pour nous le dire, ou vous comptiez uniquement sur vos pouvoirs télépathiques ?"
Rick a dû sentir un léger agacement poindre sous la causticité de son interlocuteur, et il se l'est joué employé des temps modernes :
"Pour accélérer le processus, vous pouvez me faxer la photocopie de la facture, pour moi ça marche".

Fax envoyé il y a plus de deux semaines. Depuis, nous attendons que la pièce arrive de je ne sais pas où, parce que mon boîtier ne se fabrique plus, et qu'ensuite le tout soit renvoyé dans la boutique photo. ça va être serré pour New York.

Depuis, Rick a changé de colocataire et s'en mord les doigts parce que Trevor est un porc et que c'est le Bronx maintenant chez lui. Jeff s'est barré en Californie pour suivre Jena qui veut faire l'actrice et son boss l'a dans le collimateur pour une histoire de photographe pro à qui il aurait soi-disant raccroché au nez en essayant de prendre sa nouvelle copine, la K-rine en double appel. ça craint mec.


jeudi, janvier 22

Il avait la frite

Il y a deux jours, 20 janvier, Obama a prêté serment et deux millions d'enthousiastes ont fait le pied de grue dehors, frigorifiés mais avec la satisfaction de pouvoir dire plus tard "oui, j'y étais, regarde toutes ces photos d'anoraks et de cache-oreilles en moumoute, et ben c'était là, juste derrière, à deux kilomètres".
Je ne les envie pas car moi aussi j'ai eu mon 20 janvier, je n'étais pas devant le Capitole, mais à vol d'oiseau je n'étais pas si loin.

A journée historique, réveil matinal.
Après avoir tout tenté pour rendormir un fiston incorruptible, j'ai dû me résigner à lancer le mouvement à six heures et des cacahuètes. J'avais un fond de migraine depuis la veille et je le précise pour que vous mesuriez le courage quasi héroïque qu'il m'a fallu pour débarbouiller, nourrir, habiller et divertir un enfant mal luné pendant toute la matinée.
J'avais ficelé le plan d'aller camper chez une voisine, avec rehausseur, purée, jouets et tout le toutim vers 11 heures pour pouvoir suivre les événements sur son écran géant, vu que ne n'ai pas d'antenne sur ma télé, et encore moins le kaybeule qui coûte mensuellement l'équivalent de trois reins à Bogota et je n'en ai que deux, c'est-y pas la misère.

C'était sans anticiper une règle immuable sous notre toit : enfant levé tôt = enfant chouineur = enfant qui sieste de bonne heure. Donc à 11 heures j'en étais à tenter de gaver la bête et il n'était plus de temps de nous transbahuter avec armes et bagages à quelques rues de là.
Que faire ? Je ne pouvais quand même pas passer à côté de l'arrivée des anciens présidents en rangs serrés avec têtes de circonstances. Et comment prendre la mesure de la solennité des choses sans profiter des commentaires éclairant nos lanternes sur la couleur d'une cravate ou la longueur d'une jupe ?

Je n'ai peut-être pas le kaybeule, ni d'antenne, mais j'ai quand même allumé le récepteur, au cas où le miracle Obama aurait fait surgir CNN.
Avec un peu l'impression d'être dans l'arrière salle d'un salon de coiffure cubain, étant donné la qualité, l'image est tout de même apparue, waouh, il casse tout ce Barack.
Le seul canal qui ne diffusait pas de soap en espagnol était ABC, donc va pour ABC. J'ai ensuite bougé la télé, jusqu'à obtenir une qualité d'image qui ne relève pas de la torture rétinienne.
La présentatrice s'enthousiasmait sur le temps splendide et je ne pouvais que la croire sur parole vu que les parasites sur l'écran donnaient l'illusion d'une tempête de neige sur la ville.

J'ai aperçu les prestations de serment de Biden et Obama, entre les coupures d'image à chaque passage d'hélicoptères – et ils n'ont pas manqué -, un changement de couche, des chemises à étendre de toute urgence et une sieste à mettre en route.
C'est sûr que je n'ai pas vu, ni entendu grand-chose, mais hier c'est quand même moi qui ait expliqué à l'audience médusée – Justin et Chesapeake - le pourquoi des écharpes violette de Bush senior et de son épouse, ainsi que de quelques autres sénateurs, ah!

Pourquoi, bouillez-vous ?
Mais parce qu'en ce jour historique, on célébrait la Nation, pas les divisions, donc il n'y avait pas de républicains (dossards rouges), ni de démocrates (dossards bleus), mais des Américains (rouge + bleu = violet).

Et qu'on ne vienne pas me dire que ce n'était pas ça, l'info du jour.
D'ailleurs, si vous étiez sur le point de jeter cet affreux blouson vert et violet que vous portiez en 3ème, réfléchissez bien : rassembler ses adversaires c'est la marotte d'Obama, alors je parie sur le grand retour du purple et c'est Prince qui va chanter de joie sous la pluie (une référence subtile, limite subliminale, s'est glissée dans cette dernière phrase et le titre n'est pas en reste, sauras-tu les démasquer ?).