samedi, novembre 29

La tache


Je peux dater avec exactitude le moment où mon appareil photo a cessé d'être l'incarnation de la perfection technique à mes yeux, pour commencer à me gratouiller les nerfs dans le mauvais sens du poil.
Nous étions sur un bateau, en vacances chez des amis aux Seychelles, et le cul bien bordé de nouilles si vous voulez mon avis.

Aparté : si vous ne résidez pas à proximité d'une mer un peu chaude, d'une montagne un peu jolie, d'un village un peu médiéval ou d'une campagne un peu attrayante, pas la peine de poser candidature, vous ne serez pas mon ami, ou alors je ne viendrai jamais vous voir.
J'arrête tout de suite ceux qui s'apprêtent à me laisser des messages sur le thème… alors comme ça je ne suis pas assez bien pour toi, parce que Madame pense qu'on crève tous d'envie de le voir son Maryland ? tu sais ce qu'elle te dit ma ville moche de 58 329 habitants ?
Déménagez ou taisez-vous, merci.

Le ciel était limpide, la mer transparente et l'alternance de bancs de sable et de corail nous offrait toutes les teintes de bleus et de vert imaginables. En somme c'était beau. Je me suis alors dit que ça valait bien la 359ème photo du jour, et j'ai collé mon œil à l'oeilleton.
Le paysage est apparu, mais avec un petit quelque chose en plus, le genre de détail qui énerve et qui flingue tout, une horrible tache de poussière en haut à droite, bientôt rejointe par une plus petite, en plein milieu parce que c'est plus pratique pour gâcher tous les clichés.
Je suis restée calme, descendue dans ma cabine pour nettoyer tout ce petit monde, boîtier et objectif, soyons fou. Les taches continuaient à me narguer et il me semblait même en voir une troisième.
Je restai zen, no panic, genre photographe de guerre qui en a vu d'autres et qui ne s'en laisse pas compter, re-nettoyage de printemps, re-tache.
Là, j'ai eu une pensée jalouse envers les photographes de Roland Garros qui déposent leurs appareils au stand et vont boire un café avant de récupérer leur matos aspiré du sol au plafond.
Après un cinquième nettoyage, et une aggravation de la situation, je me suis dit qu'il était temps d'arrêter et que ce devait être l'humidité, malgré les nombreux sachets absorbants qui tapissaient mon sac. Pour être honnête, je me le suis dit après ce cinquième nettoyage, mais aussi après avoir envisagé la soulageante possibilité de prendre le boîtier et de le fracasser contre le mur, quitte à faire un trou dans la coque.

J'ai passé le reste des vacances à pourrir des photos, et à râler parce que des fois, on a beau savoir qu'il y a toujours Photoshop pour se récupérer derrière, c'est quand même déprimant.
Si je vous dis que les Seychelles c'était en février 2006, vous comprendrez – parce que je vous idéalise complètement et que je vous imagine fort en calcul mental – que jusqu'à hier matin ça fait un nombre hallucinant de photos pourries par des taches en tous genres, le phénomène ayant eu plutôt tendance à s'aggraver avec le temps et les changements d'objectifs. Allez, je dirais au bas mot 3 ou 4 milliers de clichés.
Et, si j'ai bien le logiciel, et même un livre pour me dire comment m'en servir, Photoshop ne m'a pas encore été présenté en bonnes et dues formes, alors mes nerfs ont peu à peu lâché.
Donc, un matin d'énervement plus explosif, j'ai remis la bête les boyaux à l'air, j'ai trituré, dépoussiéré comme une maniaque, soufflé, humecté, astiqué, fait briller… pour retrouver mes jolies taches.
Allez hop, j'ai tout rangé, juré de ne plus jamais faire une photo dans ces conditions, déprimé… pour à nouveau embarquer mon tortionnaire en vadrouille.

Mes mots avaient dû être trop violents pour lui et mon désaveu sincère, il ne pouvait plus continuer dans ces conditions de récriminations incessantes et mon D70S s'est fait hara-kiri, miroir bloqué, message d'erreur, barré en congés sans solde et sans préavis.

J'ai fulminé, re-trituré les entrailles sans vie, en vain. En pleine parade de Thanksgiving, sommet de l'agitation culturelle de par chez moi, je me suis retrouvée seule, avec deux objectifs à présent orphelins sur les bras et un chagrin de matin de Noël, quand non seulement on n'a pas les bonnes piles pour faire fonctionner le jeu qu'on a reçu, mais qu'en plus c'est pas celui qu'on attendait.

Après une étude de marché poussée, réalisée grâce aux prospectus publicitaires, je me suis vite rendue compte qu'une réparation coûterait sans doute moins cher qu'un boîtier neuf. Direction E Street en ce matin de Black Friday, le jour de toutes les folies dépensières.

Verdict : boîtier réparable, c'est heureux.
Juste comme ça, un peu poussée par Justin, je lui parle de mes taches.
Il me demande si j'ai bien nettoyé le chip.
Ben oui, merci, ça va, je sais qu'il faut nettoyer mon appareil, je suis pas débile non plus.
Il me fait une petite démonstration, avec un genre de coton-tige géant, visiblement prévu pour ça.
En observant la tête carré de son engin, et en l'entendant dire que la forme est différente selon les appareils, je me dis qu'il serait bon de reposer une question, pour être sûre.
Mais, quand vous dites le chip, vous voulez dire le miroir ?
Ah non, le miroir on n'y touche pas. Non, c'est le chip qu'il faut nettoyer.

Vous savez où il est, le chip ?
… Montrez pour voir.

La lumière s'est faite mes amis. Je suis une photographe libérée, je sais où est mon chip, adieu taches et crises de nerfs (là c'est Justin qui est content).
Il se trouve que j'ai possiblement pété mon boîtier à trop y triturer, mais c'était pour l'édification de la nulle qui est en moi, celle qui veut faire de belles photos sans jamais avoir pris un cours de sa vie. No comment.


jeudi, novembre 27

Avent l'heure

Si vous n'avez pas encore préparé, en famille et avec amour, votre Christmas pudding, ce qui est toujours mieux que seule – encore que – et énervée par cet abruti de chien qui vient exprès sur votre pelouse faire ce qu'il a à faire, c'est que le Holiday spirit ne vous est pas encore tombé dessus ou que vous n'aimez pas cuisiner.

Vous trouvez que l'ambiance n'y est pas, que c'est la crise et que tout le monde tire la tronche ? Ou vous le faites exprès, ou vous avez abusé de l'infâme bûche crème au beurre que vous avez cru bon d'acheter en avance et congeler pour gagner du temps. Mais allez, un petit effort que diantre.
Vous ne remarquez rien, entre le rayon des boîtes de chocolats géantes tellement promotionnées qu'on se demande si c'est du vrai chocolat à l'intérieur et celui des bougies parfumées ? Mais l'ambiance justement, toute prête à vous faire acheter un rêne gonflable pour votre bout de jardin.
En avant Jingles bells et Mon beau sapin, envoyez les flocons de neige géants en polystyrène suspendus au faux plafond. C'est parti kiki comme dirait fiston.
Dans le fond, faire ses courses à cette époque de l'année, c'est comme la saison de la chasse quand on est un lapin, il y a un avant et un pendant, et pendant c'est comme d'habitude mais en moins bien.
L'autre jour, le temps d'acheter un cadre photo, une selle de vélo et un bonnet de père Noël pour le chat, j'étais en overdose de Let it snow, Let it snow, Let it snow, d'autant que sur la question je suis hyper susceptible depuis que la semaine dernière le thermomètre se l'ait joué plongeur des abysses et que les gourous de la météo ont piétiné mes nerfs en annonçant une neige qui n'est jamais venue, laïlaïlaïlaï.
Et oui, pour la modique somme de 4,99$, Chesapeake est à nouveau victime de l'humour glacial et sophistiqué de ses maîtres, mais c'est pas moi, c'est Justin qui m'a forcée.

Maintenant, si vous ne vous êtes pas laissé emporter par cet esprit festif qui donne envie de boire du vin chaud devant la cheminée, juste parce que vous n'êtes pas manuels et ne savez pas comment assembler la jolie petite maison en pain d'épices, avec bonbons décoratifs et personnages en cannelle, c'est ballot.
Savez-vous que c'est obligatoire de fabriquer ses Christmas cookies, et de les décorer soigneusement avant de les offrir à ses nombreux voisins pour qu'ils aient des sucreries à refourguer au chien ? Attention, c'est sérieux.
Comment comptez-vous participer à la Holiday cookie and Caroling party du bout de la rue ? Je vous rappelle que vous êtes censé arriver les bras chargés de ces petites gourmandises en formes d'étoile, de bonhomme de neige ou de gingerman. Et, à moins que vous ne fassiez partie de la chorale improvisée qui va massacrer la plus grande quantité possible de chants de Noël en prenant son temps – 4 heures ayez pitié -, et que vous arrivez malgré tout les mains vides, j'aimerais bien savoir ce que vous allez faire, sans rien avoir à décorer au sucre coloré pendant qu'on cancane sur canapé.
M'étonnerait pas que l'hôtesse soit horriblement déçue par votre comportement et qu'elle vous raye de sa liste d'invités à sa Easter egg hunt party d'avril prochain.

Allez, c'est pas tout ça mais j'ai une dinde à faire cuire et un sapin de Noël à décorer.

Happy Holidays à ceux qui le veulent bien.

mardi, octobre 28

J'ai le bras long

Allez, cette fois c'est parti, l'hiver arrive. Le chauffage est en route et j'ai dû racheter des mouchoirs en papier, si c'est pas une preuve ça.
Et que fais-je aux premiers frimas ? J'ouvre le placard de la chambre et je revisite mon petit musée des horreurs.

Il y a le choix : entre les deux pulls beiges qui sont feutrés depuis un bête accident de machine l'année dernière, les pleins de bouloches, les troués, le turquoise horrible qui ne me va pas du tout et que Justin déteste mais qu'était pas cher, les jolis qui résistent mais qui sont synthétiques et tout le monde sait que l'acrylique ça ne réchauffe personne, les super décolletés parce que c'était la mode et qu'un col qui couvre à peine le nombril c'est bronchite assurée, celui que j'aime bien mais dont les manches sont trop courtes, pour résumer la situation, c'est la dèche, je n'ai plus rien à me mettre. Là je sanglote.

Après un tour rapide mais néanmoins exhaustif – trois boutiques – de ce qu'offre my beautiful city, les bras m'en tombent, ce qui est au final est assez pratique car tous les pulls croisés dans les vitrines n'ont pas de manches, ou à peine.
Je n'ai jamais été abonnée à Elle et je ne suis pas très au fait de ce qui se fait, mais là quand même… ça me semble aussi bien pensé que les maillots de bain tricotés au crochet qui ont fleuri sur tous les bords de mer.

Ce matin il faisait 5°c. Je suis censée mettre un pull à manches ultra courtes, avec un tee-shirt à manches ¾ en dessous ? Ah oui parce que, en plus, pour dégoter un tee-shirts à manches longues c'est quasi sans espoir. Et pour que mon look soit au top, était-ce bien utile de tailler ces pulls à hauteur de nombril ou de genoux, avec à peu près rien entre les deux ? Je pose la question parce que là, moi pas comprendre et moi un tout petit peu énervée.
La vaccination contre la grippe est limite obligatoire dans ce pays, certes, mais est-ce une raison pour obliger les femmes à grelotter bras nus ? Ah mais si, bras nus, parce que la plupart des manteaux ne couvrent pas au-delà du coude et n'ont que deux boutons à tout péter, c'est plus joli comme ça.

Il faudrait préciser aux hommes qui dessinent les vêtements que nous, les femmes, ne sommes pas magiquement télé transportées vers nos lieux de travail surchauffés et que de nos chez nous au métro, bus, garage, crèche, bureau, supermarché etc., il y a le dehors. Merci.


samedi, octobre 25

Toy story

Nous l'avons échappé belle.

Au moment de la naissance de fiston, une bonne fée américaine lui a offert un chaton en peluche.
La belle affaire, me direz-vous. Et bien non, pas jolie-jolie justement, car vlà-t'y-pas qu'un an plus tard ce beau geste s'est révélé empoisonné, encore plus fourbe que le coup de la pomme offerte à Blanche Neige par la sorcière.
Judy, si tu me lis, non, je ne te traite pas de sorcière, c'est une métaphore franco-grimmesque, je t'expliquerai.

Pourquoi m'en prendre à ce pauvre chaton qui a priori ne m'a rien fait quand je laisse Chesapeake s'en tirer à bon compte alors qu'il continue à semer ses poignées de poils partout et que les rares fois où il daigne s'en occuper, c'est pour mieux les vomir sur le tapis ?
Mais parce que le chaton est devenu en l'espace de quelques jours le doudou. Oui, the fiston's doudou, l'officiel.

Et si je vous dis que notre chère amie américaine est tombée en amour de cette peluche toute mignonne alors qu'elle était de passage à Londres, vous comprendrez mieux le problème.

J'ai assisté impuissante à l'attachement de fiston. J'ai eu beau essayer de faire diversion - le petit chien avait dû lui dire un truc pas sympa et l'enfant a la rancune tenace, alors oust le chien, l'éléphant était trop rugueux ou alors c'est sa trompe qui ne lui revenait pas mais niet, et le grelot du lapin lui tapait sur les nerfs, je n'ai rien pu faire, le chat s'est installé dans le rituel du soir, acclamé par un "miaou" perçant du fiston tout heureux de le retrouver et de l'enlacer pour s'endormir.
Le mois d'août en France a été la consécration, le copain incontournable qu'on retrouve quand tout change sans arrêt et qu'on ne reconnaît plus rien. J'aurais pu lui acheter tous les poneys de la création, c'était trop tard, le couronnement du doudou avait eu lieu et voilà.

C'est ma marraine qui m'a mis la puce à l'oreille.
Tu en as un autre de rechange, au cas où ?
Au cas où quoi ? Les périls qui guettent tout doudou qui se respecte ont défilé sous mes yeux: un oubli, un accident de Kenmore, un vol, un enlèvement et que sais-je encore, une fugue même pourquoi pas.
En interrogeant les parents de jeunes enfants autour de moi, j'ai réalisé que j'étais vraiment l'inconsciente de service et que si j'avais eu de la chance jusqu'ici, ce n'était pas la peine de tenter le diable. Deux versions de doudou identiques et interchangeables, c'est le minimum. Trois pour être tranquilles. Quatre pour les anxieux ou les grandes familles. Cinq pour être vraiment sûrs. Six c'est extrême mais ça ce pratique.
Je l'aurais bien fait tatouer mais le véto a refusé.

Donc, en route pour dégoter le jumeau du chaton londonien. Heureusement, il avait été acheté dans un grand magasin facile à identifier : un badge sur la poitrine de la peluche qui dit "my first Harrod's kitten" – ce qui m'avait bien fait ricaner en recevant la bête, sur le thème, et vous noterez au passage l'ironie implacable de mon existence : "vu comme il est beau c'est sûr que je vais courir à Londres m'en payer toute une tripotée", la même inscription brodée sous une des pattes de l'animal au cas où l'acheteur soit un peu lent à la comprenette, et l'étiquette arborant le logo du magasin cousue sur le côté. Avec tout ça, j'ai cru que c'était un cadeau publicitaire, ouarf suis-je bécasse parfois.
Sur le site internet, j'ai dégoté la bête, chérotte mais que n'est-on prêts à faire pour sauver ses soirées ? Je garnis mon panier, je remplis mes coordonnées postales et bancaires et alors là, tout le bien que je pensais des nouvelles technologies est allé rejoindre celui que j'ai pu penser de l'electro-ménager américain, il y a de ça bien longtemps c'est vrai.
Les frais de port d'un pov machin de 214 grammes ont presque quadruplé le montant, aboutissant au prix du gramme le plus élevé depuis l'invention de la peluche synthétique. Ils me l'envoient en hélico le chaton ou quoi ?

Et voilà comment un geste tout plein de bonnes intentions s'est révélé empoisonné.

Mais comme on est pleins de ressources, on a débusqué un ami qui allait être de passage à Londres et qui, parce que sa générosité n'a pas de bornes, a accepté d'aller se faire écraser les arpions et subir les tentatives d'étouffement par foule en délire devant le sanctuaire dédié à Dodi et Diana, tout ça pour que fiston puisse dormir tranquille avec son chaton qui n'a même pas de nom.
Jonathan : remerciements, reconnaissance et tout le toutim mais bon, tu aurais pu en prendre deux… c'est malin, il va falloir que tu y retournes.

mercredi, octobre 1

Sur les bancs publics


Laissez-moi vous parler de ma découverte des squares à la française.

Au bout de trois-quatre jours à courir derrière un bipède plus qu'enthousiasmé par ses nouveaux super pouvoirs de marcheur – et une fois passée la bouffée de nostalgie sur le thème "ici je me serais déjà fait des copines" – je me suis mise à regarder autour de nous.
Déjà, on n'imaginerait pas, mais s'aventurer dans le bac à sable c'est comme se transformer en gladiateurs jetés dans la fosse aux lions : on a le droit de pousser, de pincer, d'arracher les jouets ou les cheveux, surtout si la nounou regarde ailleurs, et lancer des poignées de sable. Peu nombreuses sont les interventions pour expliquer qu'il faut apprendre à partager et que non, ce n'est pas fair play d'aveugler son adversaire.
Fiston, habitué aux interventions toutes enrobées de politiquement correct à l'américaine, en est resté comme deux ronds de flan. Personne pour s'assurer qu'il allait bien, pour s'excuser platement, lui refiler la carte d'un bon avocat ou lui rendre le jouet injustement arraché. Enfin si, moi, mais je me suis sentie un peu seule.

Mais si au square les enfants se tapent, s'éclaboussent, trichent et deviennent meilleurs copains en quinze secondes, pas de quoi fouetter les pigeons.
Le pittoresque est plutôt à chercher du côté de la mère de famille.

Prenons d'abord le cas un peu à part de la femme enceinte, déjà mère parce que sinon on ne voit pas bien ce qu'elle ferait à passer ses aprèm au square.
La femme enceinte américaine est toute dévouée à son ou ses enfants, limite elle fait comme si elle n'avait pas mal au dos ou les jambes enflées. Elle court, chante, pousse les balançoires, certaines vont même jusqu'à se plier dans le toboggan avec le petit dernier. La femme enceinte américaine – enfin, celle qui ne reste pas planquée chez elle en repos obligatoire, est sportive et mange au moins cinq fruits et légumes par jour.
La femme enceinte française est contente parce que sa meilleure copine est enceinte en même temps qu'elle. Du coup, elle vont au square avec leurs enfants et elle font comme si ils n'existaient pas, le temps de se détendre, assises sur un banc, et de papoter en se fumant une bonne clope. La femme enceinte française n'est pas très branchée fruits de saison.

Et quand elle commence à en avoir assez des sollicitations permanentes de ses enfants, la mère de famille américaine inspire, se greffe un sourire épanoui et redouble d'efforts pour que sa progéniture s'occupe seule quelques minutes pour pouvoir décompresser en culpabilisant de ne pas se donner à 200 %. La mère de famille américaine refoule.
La mère de famille française, elle, régale ses voisines de banc d'un tonitruant "Jennifer je te préviens, si tu n'arrêtes pas de me faire ch… je t'en colle une et tu viendras pas chialer". La mère de famille française se défoule.





edit : merci pour les messages sur le thème "quand te reverrai-je, blog merveilleux". J'apprécie.

mardi, juillet 22

Je l'ai fait

Alors cette fois-ci, aucun doute n’est plus permis, je suis entrée en phase d’acculturation aiguë.

Il y a d’abord eu les premiers signes, des petits rien sans gravité : les biberons que l’on calcule directement en onces, les degrés Fahrenheit du four que l’on manie avec de moins en moins d’hésitation, acetaminophen que l’on est capable de réciter huit fois de suite à l’envers et l’effort qu’il faut faire pour se souvenir que dans notre pays on dit paracétamol.

Puis le phénomène a pris de l’ampleur, le cerveau a été salement amoché : on s’est mis à fabriquer des mots parce qu’ici c’est permis : je dis « poignardage » si je veux, on hésite devant une boîte d’œufs parce que « poules élevées en liberté » c’est pas la même chose que bio, ça d’accord, mais le plus mieux en oméga-3 c’est lequel ?, au feu rouge on tourne à droite sans se poser de questions, flèche ou pas flèche, ben oui ici on a le droit, le matin au parc on croise des mères de famille en bas de pyjama et on s’en aperçoit à peine.


Mais je tenais encore tête, JT de France 2 en cure intensive, défilé du 14 juillet et soupe à l’oignon, mes racines tenaient bon.
Jusqu’à samedi dernier.
C’était le matin, fiston dormait et Justin se concentrait dans le bureau. Calme plat et silence.
Sans réfléchir, juste comme ça, pour voir, pour rigoler, pour essayer… pour faire comme toutes les autres ici qui sortent en chemise de nuit enfilée sur un jean, OK, mais ongles faits et jolies sandales s’il vous plaît, je me suis peint les ongles des pieds.
En moins de deux, mes bouts d’orteils sont devenus groseille et je suis entrée dans le moule.
J’avais beau savoir que sortir les ongles nus est le summum de l’indécence et du moche pour beaucoup de
washingtoniennes, jusque là ça ne m’avait pas empêchée de dormir, spécialité encore réservée à fiston.
Mais maintenant que le pinceau s’est coincé dans l’engrenage, suis-je condamnée à des peinturlurages réguliers, oserai-je remettre mes tongs et rien d’autre ?
Oh my god, me v’là avec les soucis de Sue Helen, le whisky en moins, c’est pas la preuve de mon intégration ça ?

Il aura fallu deux jours à Justin pour se faire à mon nouveau look, moi je me suis maté les pieds toute la journée en résistant à l’envie de m’appeler Madame et fiston a beaucoup rigolé en poursuivant mes orteils pour les manger. Chesapeake, lui, a eu quand même un peu peur alors il m’a tapé les pieds plusieurs fois, pour s’assurer qu’il les avait convenablement assommés, et les a ensuite longuement reniflés. Oui, j’ai bougé, juste pour le plaisir de le faire sursauter.


Après leur avoir démontré qui était le patron, notre valeureux carnivore n’a plus voulu quitter ses nouveaux amis.


mardi, juillet 1

Emballé c'est pesé

Bon, ce coup-ci ça y est.
Les voisins sont partis, les blogs se mettent au vert les uns après les autres et ma boîte email ne me délivre même plus mes deux messages hebdomadaires. Vous êtes tous partis ou quoi ?

Pour patienter, je n’ai plus qu’à lancer le compte à rebours avant notre départ vers la mère patrie.
Plus qu’un mois et des poussières.

J’aimerais beaucoup être de celles qui font des listes hyper détaillées de tout ce qu’il faut emballer. Celles qui n’ont pas besoin de passer leur voyage à stresser et à passer mentalement en revue tout ce qu’elles ont oublié d’irremplaçable.
J’aimerais, mais je ne suis pas comme ça.

Depuis que je prépare mes affaires toute seule, soit le début de l’adolescence, ça se fait toujours la veille au soir, tard et fatiguée. Je m’énerve après le gilet noir que je ne retrouve plus, celui qu’il me faut absolument, parce qu’il est noir justement et qu’il va avec tout.

Si j’ai de la chance, j’ai suffisamment de fringues propres en stock, sinon ben tant pis, je fais une lessive en arrivant – si je suis en famille parce que sinon, je lave dans la nuit, et je sèche l’unique jean, encore bien humide au petit matin, au fer à repasser. Oui madame, c’est du vécu.

Les chaussures. Toujours trop. Il y a celles qui vont avec les pantalons, mais qu’on ne mettrait jamais avec une robe, et celles qui font vraiment été et que si jamais il pleut on aurait l’air ridicule avec. Ne pas oublier celles pour marcher, les confortables qui pèsent deux kilos et que je mets donc aux pieds pour partir.
Bref, trop de place pour des pompes qu’on ne mettra finalement pas une fois, du coup il faut sabrer sur le reste.

Non, pas sur le sèche-cheveux, je tiens à conserver ma dignité, même en
zone humide. Ni sur les bidons de crème solaire indice 255, il en va de ma survie épidermique.
Tant pis, je tranche, j’évacue, je limite, je me rassure avec le shampoing et le gel douche tous neufs qui feront de la place au retour.

Et oui, parce qu’on revient toujours plus chargés qu’on est partis.
Des livres qu’on ne peut pas laisser derrière soi
– pensez, Mary Higgins Clark, ce serait dommage - un collier de coquillage acheté sur la plage pour une misère multipliée par douze, quelques babioles dénichées pendant les soldes parce que c’est plus marrant d’aller dans la réplique exacte de la boutique qu’on a en bas de chez soi quand on est à des centaines de kilomètres de là, quelques fromages de chèvre décidés à rentrer à pied, ou trois kilos de gros sel gris parce qu’il était tellement moins cher qu’à Paris.

Et ça c’était quand je partais encore relativement légère – un concentré d’absolue nécessité d’une petite vingtaine de kilos.
Cette année, je m’apprête à retraverser l’Atlantique munie de fiston, pour un mois, la fin des vacances avec le retour en solo. Je ne vais pas couper à un minimum d’organisation.
Si le compte est bon, ça fait deux personnes, donc au moins deux valises, un sac cabine et une poussette pour seulement deux bras. Aïe, là on est mal.
Ne me reste plus qu’à invoquer Shiva et le saint-esprit du rangement pour m’épauler dans cette épreuve du feu.

Si ça se trouve, je vais même me mettre à faire des listes.


dimanche, juin 29

On est mieux chez soi

Je ne sais pas chez vous, mais par ici le voisinage fleure bon la crème solaire et les saucisses grillées. Les maisons se vident, les piscines gonflables sont en promo et même les centres commerciaux ont un air dépeuplé.

C’est que bientôt c’est le 4 juillet et son week-end de trois jours, c’est le moment de partir en vacances si vous êtes américains et décidés à vous mettre du fun jusque-là.

Franchement, trois jours, avec toutes les formules clé en main direction Cancun ou Mexico, il y a largement de quoi décompresser de toute l’année écoulée.

Trois jours de repos bien mérité avec casinos, cocktails géants, un ou deux spectacles en soirée, un tour de ville en bus, voire carrément une expédition vers quelques vestiges aztèques sur la journée, et chaise longue au bord de la piscine pour que les enfants se dégourdissent les pattes le reste du temps, c’est pas palace ça ?

Allez, on n’est pas pingres, si vous avez explosé vos objectifs de l’année, vous avez le droit de poser un quatrième jour, mais là, attention, c’est les vacances du siècle.

Quatre jours et c’est l’Europe qui vous ouvre les bras.

Londres, Paris et Bruxelles sur deux jours, après vous avez tout le temps d’improviser une petite virée en Russie ou voir Venise et mourir, d’épuisement.

Mais là j’exagère, nos voisins partent toute une semaine. Fainéants.


vendredi, juin 27

Me v'la bien

De la menthe s’est mise à pousser à foison dans le coin potager de mon jardin, comme ça, sans que je ne fasse rien. Elle est tellement magnifique que c’est presque vexant de n’y être pour rien. Les désastres floraux d’à côté sont bien de moi, mais là, ben non.
Comme elle s’est débrouillée sans moi jusque là, je fais très attention à ne surtout pas m’en occuper.
Elle s’arrose quand il pleut et va pour le mieux.
La menthe est l’amie de la nulle en jardinage, j’aime la menthe.

Quand il pleut ça sent bon, on se croirait sous la cascade Bollywood chewing gomme.
Mon nez est donc ravi, le jardin sent la force du menthol et je reste plantée devant toutes ces branches à chercher le meilleur moyen de rentabiliser cette verdure qui a l’air décidée à annexer tout l’espace disponible d’ici deux ans.

Rassurez-vous, oui, je sais que la menthe ça se mange aussi.
Avec des concombres, dans le taboulé, sur des fraises ou dans du thé.
Là j’ai l’air d’être intarissable sur la question et vous êtes sur le point de me confondre avec l’auteur de « La menthe, mille et une façons de l’accommoder », avec ma photo en tablier à carreaux vert et blanc.
Et bien non, pas du tout, je viens de vous déballer, là comme ça et sans chichi, toutes mes ressources en la matière et c’est mon drame.

Je me torture le ciboulot. Des carottes râpées à la menthe ? Des yaourts ? Avec du poisson ? En décoration, mais à coups de deux feuilles par ci par là, je ne suis pas au bout du stock. En gelée, à l’anglaise ? En masque pour le visage ? En gratin avec des courgettes ?

Vous avez le droit de prendre ça pour un appel désespéré et décider d’abréger mes souffrances en me refilant vos précieuses recettes de familles ancestrales et mentholées, il faut savoir partager.


En quiche ?


mardi, juin 24

Evergreen


Samedi, un tour de lac.