mercredi, novembre 10

Elle se marre, elle


Je ne suis pas jalouse de mon mari.


Mais quand même.


J’aimerais bien moi aussi me faire la malle pendant presque 10 jours pour dormir dans des hôtels avec sèche-cheveux et chaîne de cinéma à la demande, lire si je veux, manger au resto tous les jours, sans avoir de courses à faire, de menu à improviser ni de lave-vaisselle à vider en faisant attention avant de le refermer que la mouflette ne s’y soit pas planquée, à dormiiiiiiiiir, oui, des heures d’affilée, sans pleurs à identifier, sans se gourer de chambre parce qu’on a la tête dans le fion et qu’on a cru que c’était lui et non, raté, c’était elle mais maintenant c’est eux deux, jackpot. Je rêve d’oublier de ne pas oublier de racheter du lait, des bananes et des œufs sous peine d’une mise en grand péril de l’équilibre alimentaire familial. J’aimerais pouvoir me mettre en jupe sans avoir à me tortiller devant la glace en pied de la cuisine pour savoir si quand je mets mouflette sur le petit toboggan il n’y a rien qui pourrait aguicher le bon père de famille venu là pour l'heure réglementaire de quality time avec ses enfants. J’aimerais pouvoir mettre mon beau pull noir aussi, le seul qui n’a pas de bouloches parce que je ne le mets jamais car je vous le dis « pull noir le matin, gastro en chemin », et à vous le joli mouchetis façon Pollock sur le 35% cachemire.


Mais bon, j’ai des responsabilités moi, tout le monde ne peut pas se faire remplacer comme ça, au pied levé.


Alors je m’achète des pantalons en velours sur internet et laisse mes jupettes où elles sont, de toute façon elles ne doivent plus m’aller. Je me couche à peine plus tard que mes monstres parce que, c’est bien connu, ce sont les heures avant 21 heures qui comptent. Je m’enfile les restes d’Halloween en guide de dessert et je me demande ce que ma vie va devenir quand j’aurai tout mangé le chocolat.


Me restera plus qu’à tout fumer les Craven A j’imagine.

vendredi, octobre 1

Initials B.B.

Il y a encore quelques jours, j’étais débordée, noyée sous un tas de trucs à faire-penser-organiser-téléphoner, et je me disais que j’allais imploser. Ah, mais que faire pour oublier la tentation d’une semaine toute seule aux Bermudes, sans rien d’autre à me soucier que remettre un peu de crème sur mes épaules avant la fin de mon troisième (cocktail) roman ?

Certaines auraient choisi la solution baby-sitter d’urgence, auraient refilé les monstres pour aller profiter de l’été indien en terrasse en papotant avec des copines compréhensives, seraient allées au cinoche, auraient braqué la zone commerciale la plus proche. Mais pas moi, ça non. Quand il s’agit de se compliquer l’existence, je ne me prive pas, je fonce tête baissée dans les panneaux que Dame Nature tend sur le chemin qui va de ma portière de voiture à ma porte d’entrée.

Samedi fin d’après-midi, retour de promenade. Heure du dîner de mouflette, qui le fait bien savoir, et fiston qui n’a pas volé un passage par la baignoire. Un peu occupée donc. Et là, que vois-je, se traînant lamentablement en essayant d’échapper aux mouches, à quelques pas du perron ? La réponse à mes vœux d’overbookée, une sorte de poupon Corolle qui parle-mange et fait même pipi, mais en version poilue avec les griffes de Freddy.
« Oooooh Maman, un nécureuil, il est mignon Mamaaaan ». Et paf. Il est pour qui le bébé nécureuil d’après vous ? Qui c’est qui a gagné le droit de se taper l’interminable et passionnante lecture de forums spécialisés en rongeurs pour savoir quoi lui filer à becqueter, comment le tenir au chaud, quelle langue lui parler et trouver sa couleur préférée pour les mitaines tricotées main de cet hiver ? Hein, qui ?



Moi, l’overbookée, celle qui croyait ne rien pouvoir faire de plus durant les heures ouvrables, celle dont le niveau d’énergie flirtait avec les -50 vers midi.
Avant tout, lui donner un bain pour le débarrasser des puces et des œufs que les mouches auraient pu avoir le temps de pondre sur lui, puis donner une solution de réhydratation toutes les 3 heures pendant 48h, avec ravitaillement à 4 heures du mat’ la première nuit tellement j’angoissais de le retrouver tout momifié au matin. Ensuite, trouver du lait de brebis pour préparer une mixture plutôt bonne avec de la crème liquide et du yaourt à la vanille. Après avoir réussi à le déposer sur votre balance de cuisine, et à l’y faire rester, les 4 papattes griffues bien à plat, donner 5% de son poids à la pipette toutes les 4 heures cette fois. Puis, lui masser le ventre pour qu’il digère et urine sur vos doigts, voire plus si affinités. Bouteille d’eau chaude à renouveler toutes les 3 heures aussi pour qu’il n’hypothermise pas, ou déposer la moitié de sa boîte sur une couverture chauffante, en faisant gaffe d’isoler le fond de la boîte parce que les fils électriques apprécient bof-bof l’urine de rongeur, et la laine pas mieux.


Préparer et donner le repas des enfants est soudainement devenu d’une facilité déconcertante. Changer une couche, hygiénique presque. Les appels de mouflette avant l’aube, une douce mélodie à côté des couinements qui ont entrecoupé mes cauchemars de nécureuil perdu dans la maison.

Mais pourquoi ne l’ai-je pas écrasé, l’air de rien, en marchant dessus ?
Mais parce que Dame Nature me connaît, elle sait que je suis le plan B de tous les tombés du nid.

J’ai commencé jeune, avec un mulot frigorifié dans une flaque de neige fondue. Roudoudou a été choyé quelques jours avant de repartir vers les siens, entre les murs de la maison où il a coulé des jours aussi paisibles qu’heureux, éperdu de reconnaissance. Ou plutôt, une fois le mensonge parental mis à jour quelques années plus tard, a été choyé quelques jours avant de couler, littéralement, dans un fond de bouteille de bière, laissée près de sa boîte par mon père. Le Roudoudou est mort bourré, toujours plus sympa que transformé en bâtonnet glacé.

Ont suivi deux chatons rejetés par leur mère qui les tabassait sur le bord de la route. Pathétique, comment résister et continuer son chemin ? J’ai réussi grâce à l’aide d’une copine à les refourguer à un poissonnier, bonne affaire pour les matous.


Ensuite, mon plus grand coup d’éclat, ça a été l’agneau tout juste né, que sa mère avait largué en haut d’un monticule rocheux, au fond d’une forêt basque où je faisais un break au milieu de mes révisions de partiels. C’est qu’un agneau pèse déjà 5 bons kilos à la naissance, et que ce n’est pas forcément très coopératif quand un humain s’approche et le prend dans les bras pour lui éviter de crever là, en lieu et place de l’excellent gigot qu’il est en droit de devenir. Une marche de trois bons quart d’heures, imaginez l’exploit.

Puis sont tombées à côté du hamac où j’espérais couler des vacances heureuses deux bergeronnettes toutes petiotes à qui j’ai donné la becquée et qui ont fini par apprendre à voler, puis à se décider à suivre leurs congénères jusqu’en Afrique, mais non sans être venues me dire au revoir. La bergeronnette est très civile.

Je n’ai peut-être pas la main verte, mais la faune est mon amie et elle le sait. En haut de la rubrique « en cas d’urgence », c’est mon nom qui apparaît, je suis connue même du loup blanc.

Quant à mon nouvel ami le nécureuil, et ceci n’est pas le mensonge parental de l’histoire, je lui ai dégoté un recueil top qualité dans une ferme des environs, avec véto bénévoles et forêt adjacente. J’ai même un numéro de référence et je peux téléphoner pour prendre de ses nouvelles. Mazette.
En repartant de la ferme, au premier feu rouge, mes yeux sont tombés sur l’un de ses semblables écrasé, comme j’en vois toutes les semaines en promenant les enfants.
En enquillant l’heure de route du retour, je me suis dit que quand même on fait parfois des trucs pas très rationnels.



jeudi, août 26

On prend les mêmes


Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je me réjouis.


Comme fiston en est à sa seconde rentrée scolaire, je deviens blasée.

A l’heure où l’année dernière le sac de fournitures à acheter était prêt depuis des semaines, étiqueté et rangé dans le coffre de la voiture en prévision de la réunion des parents d’élèves, cette année la liste a passé l’été aimantée sur le frigo, coincée entre le numéro du centre antipoison et un vieux post-it avec des noms de gens qui ont déménagé trois fois depuis.

Mais, la semaine dernière, je me suis dit comme ça « dis-donc feignasse, si ça continue cette année tu vas arriver les mains vides à la réunion, j’te parie que t’es pas cap d’y aller là, tout de suite ».


La feignasse, incapable de résister à un challenge aussi délicatement amené, a donc prit sa voiture, sa liste, et s’est lancée à l’assaut du rayon fournitures le plus proche, mais non sans avoir ingurgité deux petits cafés pour se mettre en forme car la feignasse est fatiguée, cf. billet précédent.


J’ai vaillamment arpenté le rayon pharmacie, pour trouver un spray désinfectant, puis le rayon produit d’entretien pour harponner le dernier lave vitre sous le nez d’un bonhomme qui devait faire les courses pour la première fois de sa vie vu son air dépassé devant les éponges grattounantes. La femme est est un loup pour l’homme alors j’ai poursuivi mon chemin, sans lui proposer mon aide, concentrée comme une malade sur la suite de ma liste « 100 assiettes en cartons petit format ».

Il m’a fallu vingt bonnes minutes de quête effrénée à travers les rayons pour enfin voir qu’au-dessus du paragraphe presqu’entièrement barré par mes soins, une ligne précisait « 4 years old classes ». Et quel âge il a le fiston ? 3 ans. Alors qui c’est qui va remonter d’un paragraphe et tout recommencer ? C’est pas tout les jours que la feignasse gagne un tour gratuit alors elle n’en croit pas sa chance.

Rebelote, des pansements taille normale, du sopalin, une grosse boîte de mouchoirs, un paquet de piles AAA et, rayon épicerie, de la « cream of tartar » pour fabriquer la pâte à modeler, moi qui hésite encore à me lancer dans la grande aventure de la pâte à sel, là j’étais comme deux ronds de flan entre le cumin et le poivre en grains.


Ne manquait plus que le dernier article, un tube de colle, totalement incongru au milieu du reste. Ah bon, parce qu’il ne va pas faire que se moucher, cuisiner de la fausse playdo, lécher des piles, faire les vitres et se blesser ? Il va, en plus, faire des trucs de son âge ?

Direction le rayon officiel de ceux qui vont à l’école.

J’y ai trouvé un attroupement d’employés du magasin, occupés à vider les présentoirs. Mi-août.


Et c’est là que je me réjouis.

L’automne arrive, il faut mettre Halloween en rayon, viiite.

Bientôt, heu… d’ici deux-trois semaines quand même, il fera frisquet la nuit, Joe Dassin tournera en boucle à la maison, il faudra penser à habiller les enfants, les moustiques crèveront par milliers et j’irai même cracher sur la pelouse, pour le plaisir.


mardi, août 24

C'est assez


Je sais, ça fait des siècles.

Je pourrais vous faire croire qu'un astéroïde s'est abattu dans mon jardin, avec en prime un habitant de la planète Zorglub perché dessus. Ou, plus probable, qu'une victoire soudaine à la loterie mexicaine m'a rendue zinzin et fait acheter une hacienda au Chiapas. Mais je préfère m'en tenir à une réalité encore plus incroyabilesque.


Depuis 3 mois j'enchaîne les journées d'une douzaine d'heures de présence parentale, sans école, centre aérée, colonie, nounou, gentille voisine qui serait trop contente d'avoir quelqu'un avec qui jouer, fille au pair, bref, sans solution de replis. Depuis mi-mai.

C'est l'agonie de la mère de famille, l'usure lente et quasi inéluctable de son système nerveux, la menace chaque jour plus réelle du fameux burn out qui la fera se réfugier sous un faux nom dans le Marriott de sa ville, pour passer une journée climatisée, sans être interrompue toutes les quatre secondes pour un câlin, un pipi, un tour de vélo, un truc à manger, sauver le chat d'une mort par étranglement, sans personne pour exiger des vacances, une DS et un i-phone.


On s'extasie sur les prouesses de nos équipes nationales aux Championnats d'Europe. Et nous, pauvres parents, amateurs démunis, nous qui devons être au top de nos performances chaque jour, alors qu'on n'a même pas le Bafa ni la main verte, on la mérite pas not' médaille peut-être ? Où qu'il est l'élu jovial devant le buffet froid ?

J'ai excellé au 100 m, version avec poussette et enfant suicidaire s'échappant sous les voitures.

J'ai triomphé, à fleuret moucheté, d'une bonne brochette de moustiques attaquant du matin au soir et inversement.

J'ai soulevé l'équivalent de quelques éléphants en promenant, chatouillant ou extirpant du bain deux bambins dont une plutôt dodue, mais je ne dirais pas laquelle des deux.

J'en ai fait des longueurs, des heures durant à enchaîner les figures – histoires, dessins, goûters, acrobaties, parc, repas et on recommence.

J'ai plongé, chaque soir plus profond et les pieds en avant, dans un sommeil peuplé d'Elmo grimaçants.


Allez, je ne suis pas ingrate, je n'ai pas réussi cet exploit à moi toute seule. J'ai été très soutenue et entourée par ma fédé, surtout son président. En liaison permanente avec les stocks de filtres et de paquets de café, il m'a entourée des meilleures conditions pour réussir. Merci président.


Mais l'heure de ma reconversion a bientôt sonné, dans deux semaines l'école recommence, trois matins par semaine. Possible que je verse quelques larmichettes de joie cette année.


mercredi, mai 19

Adios muchachos


Quoi ? Non ! Déjà ?

Eh oui.

Dernier jour d'école, après c'est le désert des Tartares jusqu'à mi-septembre.

Mais on n'est pas chez Patriiiiick, on va pas s'quitter comme ça, comme des cons dans l'café d'en bas. D'abord, parce que de 1, on ne dit pas dans l'café mais au Starbuck et, ensuite, parce que de 2, on n'a peut-être pas de vraies majorettes mais on a des parades, oui Môôôssieur, alors on n'allait pas se priver.


Les parents des deux petites classes, réunies pour l'occasion, étaient invités à se présenter pour la dernière heure dans la grande salle qui sert de mini gymnase quand il fait pourri et froid comme en ce moment. On s'est donc installés, un peu hébétés d'en être arrivés là si vite, on s'est remonté le moral "T'as pas de centre aéré ? Mais comment tu vas faire ?", on s'est rassuré comme on pouvait "Ah… J'croyais que le tien était encore en couches", on s'est promis de s'envoyer des e-cartes postales de vacances et d'organiser des tas de goûters-pique-niques-playdate-wine&cheese parce que nos enfants s'adorent et vont pleurer tous les soirs à l'idée de ne peut-être plus jamais se revoir.


Puis la musique s'est mise en route, un truc punchy avec une histoire de Teddy Bear, très approprié puisque nos écoliers sont arrivés, trainant leur peluche préférée dans une boîte à chaussure peinturlurée en classe. Fiston était évidemment le seul à promener un singe rose à cœurs fuchsia et la dame à côté de moi a cru qu'il n'avait pas voulu prendre son vrai doudou parce qu'il avait peur de le perdre.

Tous les parents ont dégainé leurs appareils et caméras, l'un pour le père, l'autre pour la mère puisque la plupart avaient pris une journée de congé pour assister à l'évènement, c'est bien le moins, et les enfants ont fait leur entrée sous une pluie de flashs tellement aveuglante que le tapis rouge de Cannes à côté, c'est soirée Village People au caravaning de la Tranche.

Après quelques lâchages nerveux dus à une trop grande pression médiatique, ils ont paradé comme il faut tout autour de la grande salle et fait coucou de la main au bon moment.


Voilà.

Quoi ? Non ! Déjà ?

Mais noooon.

Maintenant c'est snack, et là, attention. Deux classes réunies et dernier jour pour exposer ses talents de décoratrice, ça donne quoi ?

Un concours de cupcakes.

Des verts avec ombrelles chinoises.

Des bleus avec, plantés sur le dessus, des petits sablés en forme de nounours.

Des roses montés en pyramide, elle-même recouverte de glaçage rose et de confettis en sucre.

Des qui étaient insérés dans de petits cornets de glace, pour faire comme une boule.

Des blancs avec l'année scolaire marquée dessus, ça fait un souvenir, des fois que vous vouliez en garder un par an jusqu'à son bac.


Heureusement, pour l'équilibre alimentaire, y'avait des chips.