Je ne suis pas jalouse de mon mari.
Me restera plus qu’à tout fumer les Craven A j’imagine.
Je ne suis pas jalouse de mon mari.
Me restera plus qu’à tout fumer les Craven A j’imagine.
Moi, l’overbookée, celle qui croyait ne rien pouvoir faire de plus durant les heures ouvrables, celle dont le niveau d’énergie flirtait avec les -50 vers midi.
Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je me réjouis.
A l’heure où l’année dernière le sac de fournitures à acheter était prêt depuis des semaines, étiqueté et rangé dans le coffre de la voiture en prévision de la réunion des parents d’élèves, cette année la liste a passé l’été aimantée sur le frigo, coincée entre le numéro du centre antipoison et un vieux post-it avec des noms de gens qui ont déménagé trois fois depuis.
Mais, la semaine dernière, je me suis dit comme ça « dis-donc feignasse, si ça continue cette année tu vas arriver les mains vides à la réunion, j’te parie que t’es pas cap d’y aller là, tout de suite ».
Il m’a fallu vingt bonnes minutes de quête effrénée à travers les rayons pour enfin voir qu’au-dessus du paragraphe presqu’entièrement barré par mes soins, une ligne précisait « 4 years old classes ». Et quel âge il a le fiston ? 3 ans. Alors qui c’est qui va remonter d’un paragraphe et tout recommencer ? C’est pas tout les jours que la feignasse gagne un tour gratuit alors elle n’en croit pas sa chance.
Rebelote, des pansements taille normale, du sopalin, une grosse boîte de mouchoirs, un paquet de piles AAA et, rayon épicerie, de la « cream of tartar » pour fabriquer la pâte à modeler, moi qui hésite encore à me lancer dans la grande aventure de la pâte à sel, là j’étais comme deux ronds de flan entre le cumin et le poivre en grains.
Direction le rayon officiel de ceux qui vont à l’école.
J’y ai trouvé un attroupement d’employés du magasin, occupés à vider les présentoirs. Mi-août.
L’automne arrive, il faut mettre Halloween en rayon, viiite.
Bientôt, heu… d’ici deux-trois semaines quand même, il fera frisquet la nuit, Joe Dassin tournera en boucle à la maison, il faudra penser à habiller les enfants, les moustiques crèveront par milliers et j’irai même cracher sur la pelouse, pour le plaisir.
Je sais, ça fait des siècles.
Je pourrais vous faire croire qu'un astéroïde s'est abattu dans mon jardin, avec en prime un habitant de la planète Zorglub perché dessus. Ou, plus probable, qu'une victoire soudaine à la loterie mexicaine m'a rendue zinzin et fait acheter une hacienda au Chiapas. Mais je préfère m'en tenir à une réalité encore plus incroyabilesque.
C'est l'agonie de la mère de famille, l'usure lente et quasi inéluctable de son système nerveux, la menace chaque jour plus réelle du fameux burn out qui la fera se réfugier sous un faux nom dans le Marriott de sa ville, pour passer une journée climatisée, sans être interrompue toutes les quatre secondes pour un câlin, un pipi, un tour de vélo, un truc à manger, sauver le chat d'une mort par étranglement, sans personne pour exiger des vacances, une DS et un i-phone.
J'ai excellé au 100 m, version avec poussette et enfant suicidaire s'échappant sous les voitures.
J'ai triomphé, à fleuret moucheté, d'une bonne brochette de moustiques attaquant du matin au soir et inversement.
J'ai soulevé l'équivalent de quelques éléphants en promenant, chatouillant ou extirpant du bain deux bambins dont une plutôt dodue, mais je ne dirais pas laquelle des deux.
J'en ai fait des longueurs, des heures durant à enchaîner les figures – histoires, dessins, goûters, acrobaties, parc, repas et on recommence.
J'ai plongé, chaque soir plus profond et les pieds en avant, dans un sommeil peuplé d'Elmo grimaçants.
Quoi ? Non ! Déjà ?
Eh oui.
Dernier jour d'école, après c'est le désert des Tartares jusqu'à mi-septembre.
Mais on n'est pas chez Patriiiiick, on va pas s'quitter comme ça, comme des cons dans l'café d'en bas. D'abord, parce que de 1, on ne dit pas dans l'café mais au Starbuck et, ensuite, parce que de 2, on n'a peut-être pas de vraies majorettes mais on a des parades, oui Môôôssieur, alors on n'allait pas se priver.
Tous les parents ont dégainé leurs appareils et caméras, l'un pour le père, l'autre pour la mère puisque la plupart avaient pris une journée de congé pour assister à l'évènement, c'est bien le moins, et les enfants ont fait leur entrée sous une pluie de flashs tellement aveuglante que le tapis rouge de Cannes à côté, c'est soirée Village People au caravaning de la Tranche.
Après quelques lâchages nerveux dus à une trop grande pression médiatique, ils ont paradé comme il faut tout autour de la grande salle et fait coucou de la main au bon moment.
Quoi ? Non ! Déjà ?
Mais noooon.
Maintenant c'est snack, et là, attention. Deux classes réunies et dernier jour pour exposer ses talents de décoratrice, ça donne quoi ?
Un concours de cupcakes.
Des verts avec ombrelles chinoises.
Des bleus avec, plantés sur le dessus, des petits sablés en forme de nounours.
Des roses montés en pyramide, elle-même recouverte de glaçage rose et de confettis en sucre.
Des qui étaient insérés dans de petits cornets de glace, pour faire comme une boule.
Des blancs avec l'année scolaire marquée dessus, ça fait un souvenir, des fois que vous vouliez en garder un par an jusqu'à son bac.