mardi, avril 13

Rowentez-vous la vie


De temps en temps, quand la pression atmosphérique n'excède pas les 1186 hectopascals et que l'alignement planétaire le permet, mouflette et fiston siestent en même temps.

Damned, comment passer le temps ?


Ben, vous êtes marrants, je fais quoi, moi, une fois que le lave-vaisselle a été vidé, que le lave-linge lave, que je vous ai régalé d'un nouveau post, que les 200 photos du week-end ont été triées, rangées dans les bons fichiers, la batterie de l'appareil rechargée et les lits mis au carré ? Je ne vais quand même pas faire du ménage, ranger les chaussures, ordonner les tiroirs de ma commode, oser ouvrir la porte du trou noir qui nous sert de placard sur le palier ou tenter la réanimation par récurage intensif de la cinquième poêle flinguée par un steak incrusté à tout jamais dans le téflon. Faut pas pousser.


En d'autres temps, j'aurais cousu. Enfin, j'aurais surtout décousu mais, au bout de quelques semaines, fiston aurait eu un short à déchiqueter au parc ou mouflette un bloomer aux élastiques bien longs comme il faut pour ne pas scier ses cuisseaux dodus. Je dis en d'autres temps car ma machine à coudre, vieille chose orange léguée par ma grand-mère, a décidé de faire sa capricieuse. Pourtant Madame a été dépoussiérée, huilée et cajolée mais rien à faire, le tissu plisse, les points sautent ou font des boucles, je n'y comprends rien, si elle continue je l'échange contre deux barils d'Ariel, il ne faut pas trop me chercher.


Je me suis mise à réfléchir à une nouvelle activité, tant qu'à faire plus utile qu'apprendre à plier les serviettes de table en formes de fleurs exotiques, quand je me suis souvenu d'un achat fait il y a plusieurs mois. Un livre de transferts pour textiles. Des dizaines de beaux dessins ne demandant qu'un peu de chaleur pour métamorphoser un bête tee-shirt en création de la mort qui tue. Bon, pas folle, je me suis dit que j'allais commencer par un débardeur de fiston, un de ces trucs qu'on met en hiver pour protéger des courants d'air mal intentionnés.


Le mode d'emploi est relativement simple, même pour une neuneu de la comprenette comme moi. En gros, faire chauffer son fer à repasser à fond, attendre 5 minutes, pour que ça soit vraiment chaud, et appliquer 2 à 3 minutes en appuyant fort. Juste avant de positionner mon fer, je me suis quand même demandé si 2 minutes ça n'allait pas cramer le tissu, mais j'ai décidé d'être dans la confiance, voyez. Si la nana me dit ça, c'est qu'elle sait de quoi elle parle, c'est son métier à la Suzie.


Alors, premier essai et première constatation, il ne faut vraiment pas bouger d'un poil, je crois que c'est même mieux de le faire en apnée, pour être sûre, parce que respirer c'est flouter le motif.

Deuxième essai, et deuxième constatation, il faut déménager car, pour une raison technique que je ne m'explique pas, les fers à repasser américains sont des mous du genou qui ne chauffent pas suffisamment pour repasser correctement une chemise, alors transférer, vaut mieux pas espérer. 2 ou 3 minutes n'y changeront rien, le tissu ne cramera pas, soit, mais les motifs seront pastels, bien loin des couleurs censées faire mal aux yeux qui caractérisent la créatrice. Pastels ET solubles dans la lessive. Donc, mes délires top créa-tendance attendront la France et mon Calor qui dépote.


Tout ça pour en revenir à mon obsession, catégorie vie quotidienne, l'électro-pourravo-ménager américain. Je vous ai déjà infligé le lave-linge, le lave-vaisselle, l'aspirateur et la cuisinière, complétés aujourd'hui, par le fer à repasser. Je pensais en rester là mais je crois qu'achevant notre troisième année dans cette maison, nous devons atteindre une obsolescence programmée car le fil de l'aspirateur ne tient plus déployé et saute donc de la prise dès qu'on essaye d'avancer, c'est très pratique, les sols ne sont plus aspirés que dans un rayon de 63 centimètres autour des prises, le micro-ondes a passé 3 semaines en réparation parce que son plateau tournant ne tournait plus, la porte du toaster s'obstine à rester à moitié ouverte mais on s'en tape parce qu'on n'a toujours pas compris à quoi il sert puisqu'on a un grille-pain. Grille-pain qui se porte encore bien, merci, ce qui n'est pas le cas du blender, dont le couvercle en plastique a explosé en miettes en atterrissant sur le sol après un geste malencontreux. Du plastique qui ne peut pas tomber par terre, là on touche le fond.


Mais ce n'est pas fini, j'ai appris à mes tristes dépens, un matin tôt avec mouflette dans les bras, que la cafetière refuse de se déclencher si son horloge n'est pas réglée, horloge qui saute à la moindre microcoupure de courant et qui ne se règle pas d'une seule main, cela va sans dire. Quand vous avez affronté les hurlements de mouflette, ulcérée d'avoir été posée alors qu'elle vous bavait d'amour dans le cou, et remis cette satanée machine en route, vous devez rester à côté pour l'arrêter quand elle a fini parce que, sinon, elle continue à chauffer le café à toute blinde, jusqu'à ce que vous vous retrouviez nez-à-nez avec un truc noir et collant qu'on dirait un remake de la catastrophe de l'Erika dans votre cuisine, pas du tout dans l'esprit de l'ami Ricoré.


Je ne dors plus tranquille, et si la série noire continuait et qu'il arrivait malheur à mon sèche-cheveux ?





mardi, avril 6

N'importe quoi


-Albert ?

-Couac ?

-Y’a un truc qui me tracasse depuis deux jours et j’ai comme l’impression que t’essayes de me pigeonner.

-Qu’est-ce que j’ai encore fait, tourterelle de mon cœur ?

- Comment ça ce fait que t’ais pas encore fini les travaux, alors qu’on devrait déjà avoir emménagé ?

- T’es pressée de l’avoir ton p’tit nid douillet, pas vrai ?

- Je commence à en avoir ras le croupion, t’as toujours un poil de retard pour tout.

-Ah ah ah, un poil de retard, elle est bonne celle-là. Lol, ma palombe adorée.

- Albert ?

- Quoi, encore ?

- Tu ne voudrais pas t'activer un peu ?

- Tu vas pas m’en pondre une pendule de cette histoire de travaux !

- Pas une pendule, ramier de mes deux, mais si tu continues à bayer aux voisines, je vais finir par les pondre sur la pelouse, mes œufs !


Voilà - en substance hein, je ne suis pas oiseauphone -, ce que ça se raconte, dès 5h du matin sous nos fenêtres. Ça panique chez les volatiles. Comment, on est déjà fin juillet et personne n’a fini son nid, pas une couvade à l’horizon ?

Ah, mais je vous demande bien pardon, quand il fait 34°C à 16h comme aujourd’hui, c’est qu’on a affaire à un juillet qui pète la forme, c’est bibi qui vous le dis.


Qui c’est qui est contente de coller un brodel pas possible pour trouver shorts, débardeurs, chapeau et crème solaire pour un fiston qui a du mal à comprendre que, oui oui, on est au printemps même si y'a pas de feuilles aux arbres et, non non, pas de ramassage de citrouilles la semaine prochaine, et des tenues légères pour une mouflette qui surchauffe dès que les 25°C sont dépassés – « Mince j’ai tout acheté en 18 mois pour cet été… panique passagère, enfilage… ah ben finalement le 18 mois ne lui va pas si mal… angoisse qui monte… va falloir songer à déballer le 2 ans alors ».


Qui c’est qui est ravie de retrouver les bonnes habitudes estivales, parc avant 10 heures parce qu’après c’est insolation et mort par overdose de réverbération, maison qui avoisine les 27°C et supermarché qui plafonne à 16, des bestioles de la taille de Chesapeake qui volent partout et de préférence vers moi alors que je suis censée garder calme et dignité pour ne pas transmettre cette phobie du bzz bzz à fiston, pas de sortie avant l’heure du bain, pas faim, pas sommeil, chaud chaud chaud.


En avril ne te découvre pas d’un fil.

Vous me la copierez 100 fois celle-là.


lundi, avril 5

vendredi, avril 2

Les fourberies de Chesap


Ah, je ne résiste pas à vous raconter le commencement de cette journée, filmé par Spontix and Sapolin corporate, en vue d’une nouvelle campagne publicitaire, intitulée « Je veux bien économiser l’eau pour sauver la planète à moi toute seule, je suis la plus forte tout le monde le sait, mais le prochain qui prend ce tapis pour une décharge marseillaise, il prend la Spontix dans sa face. Et non essorée, la Spontix. »

Ce jour sombre pour le développement durable a commencé par des tartines par terre, Notello côté parquet, of course, sinon ça ne met pas dans l’ambiance. Notez que, de mon point de vue, des tartines de Notello au petit-déj c’est un jour sombre pour l’avenir diététique de notre progéniture mais, que voulez-vous, Justin s’accroche à quelques privilèges acquis avec la maturité, comme avoir le droit de bâfrer de la pâte à tartiner quand et devant qui il veut, ah le bel exemple, non mais je vous jure. C’est pour ça que je me retrouve à croquer des bâtons de céleris et tremper quelques côtes de blettes pas cuites dans mon café équitable, pour contrebalancer, on est une mère admirable ou on ne l’est pas.

Après quatre aller-retour à l’évier, pour désincruster l’éponge de la matière noire et collante, les choses auraient pu en rester là, c’était déjà pas mal de mon point de vue.

Et Chesapeake a fait son apparition.

Il s’est assis, l’air de rien, au bord du tapis, juste à côté du carrelage, mais l’arrière train au chaud.

Il a commencé à tousser.

J’étais face à mouflette installée sur la table, le popotin en liberté, en plein change.

Le chat tousse ?

Le chat va vomir donc.

Je ne peux pas lâcher mouflette parce que sinon, ça na va pas louper, c’est LE jour qu’elle va choisir pour se mettre à ramper et je vais la retrouver sous la table.

Le chat hoquète, c’est imminent.

QUE FAIRE ?

Fiston commente, « Y va cwacher Pouts ». Oui, Pouts est un des nombreux petits surnoms ridicules dont le pauvret est affublé. Eh non, fiston ne prononce pas les "r", c'est plus wigolo.

Merci, j’avais remarqué.

Qu’une solution, se mettre à croire en l’existence d’un cerveau chez cet animal et tâcher d’y faire entrer un peu de raison.

« Pas sur le tapis ! Tu m’entends abruti ? PAS SUR LE TAPIS ! Va sur le carrelage, bouge-toi de dix centimètres, crétin. BOUGE ! »

Le chat vomit, juste à la lisière du tapis, sur les franges, comme ça le parquet en profite un peu aussi.


J’attaque à l’éponge, j’en étale partout. C’est tiède, totalement écœurant, et fiston continue ses commentaires, pour m’instruire, comme c’est sympa – « A cwaché le chat. C'est kouâââ ? Pas bon. Yack yack. C'est kouâââ ? Bon ? Nooooon ».


La vie reprend un cours normal, même si je tiens Chesapeake à l’œil.


Mouflette me régurgite sur la main et ça coule par terre. Bof, même pas mal.


Sous prétexte d’un câlin subit, fiston vient discrètement essuyer son nez coulant sur ma manche et ça fait floc floc en tombant à ses pieds.


Allez, vite, il faut qu’on bouge avant que la poubelle n’ait envie de se répandre d’elle-même ou que le micro-ondes n’entre en combustion spontanée.


J’arrive à coincer fiston au pied de l’escalier et commence à l’habiller. C’est étrange, tout s’enchaîne sans problème, les deux bras sont dans les manches correspondantes, la jambe est levée, prête à ce que je lui présente le pantalon dans le bon sens et mouflette gazouille. Je commence à croire qu’on sera au parc avant l’heure du déjeuner, je reprends espoir, pour un peu j’aimerais à nouveau la vie.


Chesapeake recommence à tousser, vautré au milieu du tapis.

"Va cwacher Pouts".

Même castré, ce chat reste un mâle, expert en comique de répétition.

Là, tout s’enchaîne, c’est comme un film de Besson dans mon salon.

Je remets fiston sur ses deux pieds, son pantalon encore en main, je me précipite sur le chat qui commence à avoir des spasmes, signe que je n’ai plus qu’une poignée de nanosecondes avant la cata bis, je m’en saisis avec l’idée de faire comme d’habitude, le balancer sur le carrelage.

Mais cette bête doit avoir un peu de mémoire malgré tout, il sait ce qui l’attend et cette petite chose fragile de 6 kilos n’apprécie que moyennement le fait d’être catapultée pendant que son organisme tente de le débarrasser de boules de poils coincées.

Il me voit venir.

Je le coince, m’apprête à effectuer mon lancé à cinq mètres, et là, stupeur.

La bête s’est liquéfiée, il me coule entre les doigts, il m’échappe.

Je le laisse fondre sur le sol, pensant le rechopper plus fermement, mais trop tard, le fourbe a profité de ma surprise pour ventiler son mélange poils-salive-croquettes à la ronde, sur le tapis, le transat, mon bras, mes pompes, le pantalon de fiston et, au final, mouflette est la seule à se tirer indemne du carnage.


Allez, je vous laisse imaginer la phase désincrustage, nettoyage, rinçage, râlage et montage d’escalier pour chercher un pantalon propre, pas trop chaud et pas troué aux genoux.


Un conseil d'amie à Chesapeake, envoie des ondes pour que les prochains anniversaires des copains de classe de fiston ne soient pas déguisés, parce que sinon je connais un certain félin qui pourrait bien se transformer en toque de David Croquette.


A part ça, c’est une belle journée, merci.