Ah, je ne résiste pas à vous raconter le commencement de cette journée, filmé par Spontix and Sapolin corporate, en vue d’une nouvelle campagne publicitaire, intitulée « Je veux bien économiser l’eau pour sauver la planète à moi toute seule, je suis la plus forte tout le monde le sait, mais le prochain qui prend ce tapis pour une décharge marseillaise, il prend la Spontix dans sa face. Et non essorée, la Spontix. »
Ce jour sombre pour le développement durable a commencé par des tartines par terre, Notello côté parquet, of course, sinon ça ne met pas dans l’ambiance. Notez que, de mon point de vue, des tartines de Notello au petit-déj c’est un jour sombre pour l’avenir diététique de notre progéniture mais, que voulez-vous, Justin s’accroche à quelques privilèges acquis avec la maturité, comme avoir le droit de bâfrer de la pâte à tartiner quand et devant qui il veut, ah le bel exemple, non mais je vous jure. C’est pour ça que je me retrouve à croquer des bâtons de céleris et tremper quelques côtes de blettes pas cuites dans mon café équitable, pour contrebalancer, on est une mère admirable ou on ne l’est pas.
Après quatre aller-retour à l’évier, pour désincruster l’éponge de la matière noire et collante, les choses auraient pu en rester là, c’était déjà pas mal de mon point de vue.
Et Chesapeake a fait son apparition.
Il s’est assis, l’air de rien, au bord du tapis, juste à côté du carrelage, mais l’arrière train au chaud.
Il a commencé à tousser.
J’étais face à mouflette installée sur la table, le popotin en liberté, en plein change.
Le chat tousse ?
Le chat va vomir donc.
Je ne peux pas lâcher mouflette parce que sinon, ça na va pas louper, c’est LE jour qu’elle va choisir pour se mettre à ramper et je vais la retrouver sous la table.
Le chat hoquète, c’est imminent.
QUE FAIRE ?
Fiston commente, « Y va cwacher Pouts ». Oui, Pouts est un des nombreux petits surnoms ridicules dont le pauvret est affublé. Eh non, fiston ne prononce pas les "r", c'est plus wigolo.
Merci, j’avais remarqué.
Qu’une solution, se mettre à croire en l’existence d’un cerveau chez cet animal et tâcher d’y faire entrer un peu de raison.
« Pas sur le tapis ! Tu m’entends abruti ? PAS SUR LE TAPIS ! Va sur le carrelage, bouge-toi de dix centimètres, crétin. BOUGE ! »
Le chat vomit, juste à lalisière du tapis, sur les franges, comme ça le parquet en profite un peu aussi.
J’attaque à l’éponge, j’en étale partout. C’est tiède, totalement écœurant, et fiston continue ses commentaires, pour m’instruire, comme c’est sympa – « A cwaché le chat. C'est kouâââ ? Pas bon. Yack yack. C'est kouâââ ? Bon ? Nooooon ».
La vie reprend un cours normal, même si je tiens Chesapeake à l’œil.
Mouflette me régurgite sur la main et ça coule par terre. Bof, même pas mal.
Sous prétexte d’un câlin subit, fiston vient discrètement essuyer son nez coulant sur ma manche et ça fait floc floc en tombant à ses pieds.
Allez, vite, il faut qu’on bouge avant que la poubelle n’ait envie de se répandre d’elle-même ou que le micro-ondes n’entre en combustion spontanée.
J’arrive à coincer fiston au pied de l’escalier et commence à l’habiller. C’est étrange, tout s’enchaîne sans problème, les deux bras sont dans les manches correspondantes, la jambe est levée, prête à ce que je lui présente le pantalon dans le bon sens et mouflette gazouille. Je commence à croire qu’on sera au parc avant l’heure du déjeuner, je reprends espoir, pour un peu j’aimerais à nouveau la vie.
Chesapeake recommence à tousser, vautré au milieu du tapis.
"Va cwacher Pouts".
Même castré, ce chat reste un mâle, expert en comique de répétition.
Là, tout s’enchaîne, c’est comme un film de Besson dans mon salon.
Je remets fiston sur ses deux pieds, son pantalon encore en main, je me précipite sur le chat qui commence à avoir des spasmes, signe que je n’ai plus qu’une poignée de nanosecondes avant la cata bis, je m’en saisis avec l’idée de faire comme d’habitude, le balancer sur le carrelage.
Mais cette bête doit avoir un peu de mémoire malgré tout, il sait ce qui l’attend et cette petite chose fragile de 6 kilos n’apprécie que moyennement le fait d’être catapultée pendant que son organisme tente de le débarrasser de boules de poils coincées.
Il me voit venir.
Je le coince, m’apprête à effectuer mon lancé à cinq mètres, et là, stupeur.
La bête s’est liquéfiée, il me coule entre les doigts, il m’échappe.
Je le laisse fondre sur le sol, pensant le rechopper plus fermement, mais trop tard, le fourbe a profité de ma surprise pour ventiler son mélange poils-salive-croquettes à la ronde, sur le tapis, le transat, mon bras, mes pompes, le pantalon de fiston et, au final, mouflette est la seule à se tirer indemne du carnage.
Allez, je vous laisse imaginer la phase désincrustage, nettoyage, rinçage, râlage et montage d’escalier pour chercher un pantalon propre, pas trop chaud et pas troué aux genoux.
Un conseil d'amie à Chesapeake, envoie des ondes pour que les prochains anniversaires des copains de classe de fiston ne soient pas déguisés, parce que sinon je connais un certain félin qui pourrait bien se transformer en toque de David Croquette.
Oui, mon rythme a fichtrement ralenti ces derniers temps sur ce blog lu par milliers, et pour cause.
J’ai des mots d’excuse en veux-tu, en voilà : la visite d’un copain et son fils de 4 ans – beaucoup de joie dans la maison et un tout petit peu de boulot pour la GO, sans compter une mouflette qui grandit à vue d’œil, je ne rigole pas, si on fait une marque au sol, le temps de boire un café et d’appeler une copine bavarde, elle a pris un millimètre – ce qui muscle mes mollets de façon inattendue.
Quel est le rapport entre la croissance de mouflette et le gras de mon avant-jambe arrière ? Les escaliers, tiens.
Des marches par centaines pour descendre les vêtements en taille 6 mois tout en bas, les laver, avant de les ranger pour de bon - sans rien oublier on a dit, ras le bol des trucs et des machins en 3 mois qui réapparaissent un peu partout et qu’on entasse pour quand on aura le temps de les mettre ailleurs – tout bien plier dans une boîte que je remonte tout en haut tout en haut, que j’y attrape celle marquée « 9 mois », que je la redescends tout en bas, que je recommence l’opération, y ajoute la lessive courante de le régurgiteuse la plus prolixe de la côte est, pense enfin à autre chose, laisse passer trois jours et là, horreur. Mouflette tient à peine dans le 9 mois et il serait malin de lancer la grande opération 12-18 mois.
Heureusement que fiston a adopté un rythme plus cool, une taille par an, tout de suite ça laisse plus de temps libre.
Je pensais que je commençais à être à jour et à avoir un peu de marge avant qu’elle n’explose les coutures de ses fringues en 18 mois, quand Justin a eu le courage de se lancer dans le grand déménagement de son bureau, de l’ancienne et future chambre de bébé, vers notre chambre. Valse des meubles (précédée d’une phase ponçage-peinturlurage), tiroirs à vider, fringues à replier, transporter, organiser… mais au même étage. Bon, maintenant, à moins de l’arrivée d’un petit troize dans l’année – ça c’est pour relancer les commentaires avec des « Noooooooon ! », des « Youppiiiiiiii » et des « T’es pas bien dans ta tête ou quoi ? »* - je pense que les pièces, les meubles, les vêtements et les peluches – si fiston accepte de rétrocéder ce qui ne lui appartient pas de plein droit – sont à leur place, au moins jusqu'à l'automne, dis-je folle d'espoir et de courbatures.
Mais, quand même, ma vie n’est pas que sponsorisée par Tash 3 en 1, j’ai beau être une ménagère musclée du genou, je n’en reste pas moins une tête avec des cheveux.
Comme je ne suis pas la dernière pour les bons plans, cela fait deux ans et demi que j’ai découvert la coiffeuse la plus nulle du monde. Ah si, du monde. Ici, on trouve des formations express, en 3 mois vous voilà transformé en artisan du poil de tête. Sauf que j’en connais une qui a dû zapper les deux derniers, à moins que ça ne soient les trois premiers. A chaque rendez-vous elle arrivait à repousser les limites de l’absence de toute compétence capillaire. On dit qu’après rien c’est fini, il ne peut pas y avoir moins que rien. Eh ben si.
Pour commencer, j’ai commis l’erreur number one en matière de cheveux, suivre le conseil de quelqu’un qui capillairement parlant n’a aucun point commun avec moi. J’ai le cheveu épais, et souple, un vrai cauchemar, alors écouter une fille qui a le poil raide et peu fourni, ce n’est pas malin, même moi je saurais la coiffer.
Ensuite, j’ai enchaîné avec l’erreur number two, confier mon cas difficile, qui demande longues explications et réajustements en plein vol, à quelqu’un dont l’anglais est aussi pourrito que le mien, voire pire. Le peu d’intérêt manifesté ensuite face aux photos de ma coupe toute fraîche sortie des mains d’un collègue parisien aurait dû finir le boulot et me mettre sur la piste d’une déception à venir. Mais pensez, ce n’était pas loin, pas cher, pas besoin de prendre rendez-vous deux jours avant, exactement ce que je cherchais en arrivant ici, avec un fiston de quelques mois et une disponibilité de douze minutes par jour.
Dans la catégorie des trucs qui m’énervent tellement que j’en parle toute seule pendant des heures après-coup, il y a regarder une pseudo-coiffeuse me couper n’importe comment, pile comme j’étais en train de lui dire de ne pas faire – « Si vous pouviez éviter de confondre longueur et épaisseur, parce que là, tout en haut, mes tifs tiennent encore debout tellement vous les avez ratiboisés la dernière fois, alors que dans le cou je peux presque me faire une queue de cheval, ça fait footballeur est-Allemand, esthétiquement y’a comme un malaise, non ? » Apparemment non, pas pour elle.
Je n’ai pas l’air, je sais, mais au fond de moi, sommeille une rebelle. Alors quand, il y a deux mois, je me suis regardée bien en face, dans la glace à trois côtés, j’ai ressenti un tel ras-le-bol en admirant les deux étages parfaitement découpés, à mi-crâne, et le bel épi vertical habituel – sa version de la coupe désépaissie - que j’ai su qu’elle ne me reverrait pas, quitte à tout laisser pousser, tel quel, pendant la grosse année qu’il nous reste ici. Quand c’est trop, c’est Tropico, comme pourrait dire son perroquet qui ponctue les séances de ses « cookie ? cookie ? », À vous donner envie de le coller dans le sèche-linge, pour voir.
Pour me redonner un peu de crédibilité, j’aimerais vous dire que je me suis ensuite lancée dans une enquête poussée, afin de trouver THE coiffeur, le diplômé qui a validé toutes ses UV et qui sait se servir d’un ciseau cranteur, mais non. En fait, j’ai pris celui à peine plus loin et qui ressemble à un salon parisien branché, option Spa et manucure, avec des nanas qui se prennent pour des danseuses en répet avec chignon tiré, hauts noirs moulants et ballerines et qui ne vous décrochent pas un sourire pendant le quart d’heure que dure la coupe. Mais, il y a des shampouineuses qui savent qu’un mitigeur ça peut servir à faire de l’eau tiède, et qui massent le crâne, bonheur suprême. Paraitrait même que le patron offre le café. Si.
La danseuse à l’air dédaigneux l’a confirmé en haussantle sourcil, max de l’expression faciale autorisée, à la fois par le règlement intérieur de son lieu de travail et par son fournisseur de Botox, je me serais coupé moi-même la tignasse que ça n’aurait pas été pire.
Donc, pour l’instant, elle limite les dégâts et accompagne la repousse, comme ça elle se sent moins seule.
Moralité : si tu veux que ça pousse ne cesses-tu de répéter, et que toujours plus court ton scalp est élagué, c’est que bien conne tu as été et qu’il est temps de te barrer. Petit scarabée.
* ça ne serait pas sympa, quand même ? Non ? Ben non en fait. Pas du tout même. Donc, non. Pour ceux qui s’interrogeraient.
Qui ne s'est jamais regardé, un peu honteux, sur de vieux portraitsd'école, l'air constipé surplombant un col roulé kaki en 100% acrylique ?
J'aime bien les photos de classe. On se cherche, étonné de ne pas se reconnaître, puis on se retrouve, mal coiffé et plus moche que dans notre souvenir. Les pires péripéties de l'histoire de la mode défilent au fil des classes. Des pattes d'eph, des jacquards orange et marron et des sabots blancs, des appliqués panthère rose à paillettes sur sweater, des justaucorps pour faire comme si on jouait dans Fame et qu'on était sur le point de faire péter le grand écart au milieu du self, des caleçons, des lunettes à montures en vrai plastique imitation corne, des franges coquées assorties aux chaussures, re des pattes d'eph, de l'eye-liner et des vestes autrichiennes. Gloups, ça fait mal aux yeux.
Pourquoi vous raconté-je tout ça ?
Parce qu'aujourd'hui, c'était Picture Day dans l'école de fiston.
Chouette, des photos moches mais riches en souvenirs pour toute la famille, me suis-je dit, déjà ricanante à l'idée de les collectionner dans un album spécial, rangé sous clé. Quand j'ai parcouru les tarifs, j'ai recommencé, pour être sûre. Rien à moins de 50$, pour 2 photos de taille normale, et jusqu'à 225$ pour le portrait en 70x30 cm. A ce prix, y'a intérêt à pas faire le sourire crispé qui donne l'air idiot. C'est que vous vous le tapez pendant un an, minimum, le poster au-dessus de la cheminée.
Mais, le photographe prestataire n'est pas chien et il connaît votre souci d'avoir le cliché le plus beau possible, alors il vire les taches de naissance, et peut-être même de feutre, pour 10$ supplémentaires. Pour les cicatrices, les rougeurs, les lèvres gercées (si ça se voit, en 70x30 cm, c'est genre 4 fois la taille de la tête du gosse alors imaginez celle des lambeaux de peau morte), ça va, il n'abuse pas, c'est 20$.Si vous avez 2 enfants dans l'école et que vous voulez qu'ils posent ensemble, no souci. Mais faudrait pas chercher à l'entuber le prestataire, il veut bien être sympa mais bon. Alors, c'est bien simple, vous rajoutez 5$, par personne. Et comme le but de la manœuvre c'est d'en faire poser au moins 2 ensemble, eh ben c'est 10$ d'entrée de jeu. Vous voulez qu'en plus, il clique sur le bouton de son logiciel marqué "N & B" et vous sorte vos clichés en noir et blanc, c'est 5$. Non, vraiment, il aime rendre service.
Et puis alors, attention, avec le numérique la notion de temps n'existe plus. Clic, la photo est prise, clac, elle est sur l'ordi du prestataire, et paf, si tout va bien, six petites semaines plus tard elle est chez vous.
Le truc de rien qui me chiffonne, si je mets à part tout ce qui précède, c'est qu'il faut décider et payer avant le jour J. Si, une fois les photos de la fierté de vos vieux jours entre les mains, vous décidez de les renvoyer, direction poubelle, libre à vous. Si vous assumez de jeter votre petit mignon aux ordures, allez-y. Le prestataire vous remboursera tout ou partie, il ne peut pas être plus précis pour l'instant mais je suis sûre qu'il saura être convaincant quand il vous téléphonera pour négocier de vive voix.
Je me suis ensuite plongée dans la feuille me donnant des conseils pour préparer ma merveille à impressionner la péloche.
- Pas de motifs, par pitié, visez un look classique. Le premier qui se pointe avec la tronche de Spiderman en taille réelle va énerver le photographe, vous êtes prévenus. Et un photographe énervé ça pourrait avoir envie de se venger, gratos, méfiez-vous.
- Merci d'indiquer sur l'enveloppe incluant le paiement le sens souhaité pour la mèche ou la frange ou, encore mieux, faire un dessin. Hein ?
- Si votre enfant a des lunettes et que vous souhaitez qu'il pose avec, ajouter 10$, pour le retrait des reflets éventuels.
- Il n'est jamais inutile de rappeler qu'un enfant mange comme un porc et que, donc, les parents seraient inspirés de virer les miettes de leur tronche de goret, idem pour les trucs dans ou autour des yeux, nez et bouche. Pour ce faire, le parent, qui n'a que ça à faire de bon matin, à la bourre après avoir perdu un quart d'heure à chercher quelque chose qui soit sombre, sans motif ni inscription, va reculer de quelques centimètres, pour avoir une vue d'ensemble du sujet et éliminer tout pancake qui dépasse, dépôt organique et autre, merci.
Après avoir lu tout ça, j'ai été prise d'un doute sur la nécessité d'infliger un traitement pareil à fiston, et à mon compte en banque. Oui, mais quand même, ça fait des souvenirs, il pourra dater la fin des coupes de cheveux maison par exemple – pas avant 2025, petite vengeance personnelle de rien du tout. J'étais donc paumée, prête à cocher la case "sans opinion" et à laisser pile ou face décider pour moi. Mais c'était oublier que fiston aime rendre service et, surtout, simplifier la vie des ses parents.
Quelle n'a donc pas été ma surprise quant, rouvrant la porte à la nounou qui venait de partir 3 minutes plus tôt avec un fiston remonté comme une pile à neutrons, tadaaam, j'ai découvert mon Monsieur 100 000 volts le front ensanglanté, mais toujours crépitant d'activité je vous rassure.
Il n'y avait plus qu'à se plier devant un tel sens du sacrifice. Photo de classe ce sera et zéro portrait. J'ai bien lu les petites lignes, le prestataire ne fait pas de chirurgie réparatrice des gros plantages de margoulette sur goudron, même pas pour 50$.
Au programme aujourd’hui, la crise des 2 ans, chez les enfants je précise. « Oh non, M’dame, c’est nul, on peut pas parler des organes reproductifs plutôt ? » Tss, tss, non, c’est crise des 2 ans, point barre, j’ai des trucs à dire. J’entends que les pulsations cardiaques de ceux qui ont déjà traversé cette épreuve s’accélèrent dangereusement, oui vous pouvez être dispensés.
Quelques journées houleuses mises à part, cette fameuse crise des 2 ans me laissait jusqu’ici songeuse. Je me disais « Bon ben si c’est ça, ça va, je ne vois pas pourquoi on en fait tout un plat ». J’en étais presque à penser que fiston allait sauter cette étape soi-disant clé du développement, sans savoir si je devais m’en réjouir ou le traîner de toute urgence chez un pédo-psy.
Mais que n’ai-je savouré davantage cette belle époque, quand mon challenge parental du jour se résumait à saupoudrer ses tranches de bananes de confettis au chocolat pour les lui faire avaler. Ah, que n’ai-je profité davantage des siestes de 2 heures bien tapées. Vous l’aurez deviné, depuis près d’un mois notre réalité a basculé dans une dimension parallèle, une entité aussi pénible qu’inconnue a pris possession de fiston et j’ai bien du mal à la déloger.
Et que je me jette par terre, grosses larmes et vocalises à fond. Et que j’hyper ventile et saute sur place pour le plaisir de réveiller ma sœur et faire hurler ma mère. Et que les repas, qui n’étaient déjà pas une partie de franche rigolade, se sont transformés en guerre des nerfs. Et que tous les prétextes sont bons pour se réveiller la nuit et piquer sa crise. Que les bêtises s’enchaînent à la cadence des saltos d’un championnat du monde de patinage artistique. Que l’eau du bain est déversée à l’extérieur de la baignoire, que les jouets à piles sont immergés dans l’évier, que les goûters finissent derrière le radiateur, que les livres sont déchirés, les couvertures arrachées, les mines de feutre écrasées sur les tapis et mes nerfs allègrement piétinés.
Il faut une heure pour avaler le bib du matin, une de plus pour s’habiller, à quoi s’ajoute la demi-heure d’enfilage de manteau – "Non !!!!", et de chaussures – "C’est Timothée !!!!" Du coup, ma névrose du retard à l’école a pris sa retraite et je verrouille la porte, presque sans défaillir, à l’heure où je serais censée le quitter devant sa classe.
Y’en a qui disent qu’il faut désamorcer par le rire. OK, du blanc de poulet interminablement mâchouillé à table, puis recraché en douce sur le sol de la cuisine ça pourrait éventuellement me faire ricaner, vu que l’état de ma fatigue annihile tout mon bon goût humoristique et me ferait presque glousser à l’écoute de Jean-Marie, sauf que quand je glisse sur ce crachouillis baveux avec mouflette dans les bras, ben non. D’autres grands experts des farfadets possédés conseillent d’entendre ce qui se cache derrière ces crises. Peut-être, mais qui a envie, ou la capacité physique, d’aller écouter derrière les milliards de décibels balancés par un fiston déchaîné ? Ne me regardez pas, j’ai les tympans fragilisés par une flopée de parasynthèses.
Alors, je fais comme la plupart des parents – enfin j’espère, neme répondez pas que vous avez tous suivi des séminaires de dressage -, je vitupère, fais diversion, crie, menace, ris nerveusement, fais la sourde oreille, m’énerve, câline, m’emporte, claque les portes et pointe le doigt. Rien ne marche.
Quand j’essaye de lui expliquer pourquoi je me fâche et que je tente de réparer les dégâts psychologiques probablement irréversibles que mes pétages de plomb du jour ont dû causer, espérant un moment d’entente cordiale, voire d’harmonie apaisée, le seul truc qu’il trouve à répondrec’est : « Pitits Beurres ? », pour ensuite commencer à chouiner « Pitits Beurres tout d’suiiiite ».
39 ans, pyrénéo-parisienne expatriée pour quelques années dans le Maryland avec mon mari Justin, Timothée (4 ans), Alice (2 ans) et notre chat Chesapeake.